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L?Amérique reprend des couleurs?
Après une longue campagne très disputée, les électeurs américains ont voté hier pour élire leur nouveau président. Jusqu?à hier soir, les sondages donnaient un net avantage au sénateur métis.
Au moins 130 millions d?Américains se sont exprimés dans l?isoloir pour désigner le successeur de l?impopulaire George W. Bush et choisir la direction que prendra le pays pour les quatre prochaines années.
La succession du 43e président des Etats-Unis s?annoncait difficile. Le nouveau président, appelé à relancer l?économie du pays, gérer les guerres d?Irak et d?Afghanistan, composer avec un déficit public proche de 500 milliards de dollars et restaurer l?image du pays à l?étranger.
A 14h00 GMT hier, les bureaux de vote étaient ouverts dans toute la moitié orientale du pays. Ils ont fermé dans l?Indiana et le Kentucky à 18h00 (23h00 GMT) et le vote a pris fin au cours des dernières heures dans les 48 autres Etats.
Près de 31 millions d?électeurs s?étaient déjà prononcés dans la trentaine d?Etats où le vote anticipé était autorisé. Mais en Pennsylvanie, dans l?Ohio, en Virginie, qui sont autant d?Etats clefs, de longues files d'attente se sont formées dès les premières heures de la matinée. Ian Edwards, 60 ans, a mis un bulletin Obama dans l?urne. «C'est très simple, une mauvaise guerre, une mauvaise économie, une mauvaise image à l?étranger», énumère ce directeur général d?une entreprise spécialisée dans les technologies qui a voté à Cincinnati.
<B>McCain, une copie de Bush</B>
Tyler White, qui a voté à Scottsdale, dans l?Arizona, a, lui, choisi de faire confiance à la stratégie des républicains en Irak car il redoutait une hausse des impôts si Obama est élu. «Mes parents sont dans la tranche supérieure d?imposition et ont l?impression que Barack Obama n'est pas la bonne personne.»
Rompant avec la tradition, les candidats ont tous les deux continué de faire campagne mardi. Barack Obama s?est rendu dans l?Indiana après avoir voté chez lui, à Chicago, avec son épouse et ses deux filles sous l?objectif des caméras de télévision.
John McCain devait se rendre pour sa part dans le Colorado et le Nouveau-Mexique, deux Etats qui ont voté Bush il y a quatre ans. Hier, les deux candidats avaient écumé les états clés où devait se jouer l?élection et martelé leurs arguments de campagne.
Obama avait une nouvelle fois présenté McCain comme une copie de Bush et critiqué ses insuffisances en matière économique. Le sénateur républicain avait, lui, présenté son rival démocrate comme un libéral qui allait augmenter les impôts.
Le sénateur de l?Illinois était donné en tête dans les sondages dans au moins huit états remportés par Bush en 2004, dont la Floride (27 grands électeurs) et l?Ohio (20 grands électeurs). Il dispose d?une avance confortable dans tous les états gagnés par le candidat de son parti en 2004, John Kerry.
Des victoires dans des états traditionnellement républicains comme la Virginie, le Colorado, l?Indiana ou la Caroline du Nord lui donneraient de fortes chances d?entrer à la Maison blanche.
Le sénateur de l?Illinois a pris un avantage décisif sur son adversaire républicain à la faveur de la crise financière, les électeurs lui faisant apparemment davantage confiance sur les dossiers économiques. Il est en outre apparu solide lors des trois débats qui l?ont opposé à John McCain, ce qui a pu dissiper les doutes de certains électeurs.
Son adversaire républicain était lui confronté à la tâche herculéenne de conserver la Maison-Blanche dans le camp républicain malgré l?impopularité historique de l?administration sortante.
<B>Taux de participation historique </B>
■ Les Américains se sont rendus aux urnes en bien plus grand nombre qu'auparavant. Barack Obama y est, semble-t-il, pour quelque chose. En effet, durant les 30 dernières années, le taux de participation a toujours été entre 54 % et 61 %. Les partis ont toujours cherché à motiver leur base à aller voter et à gagner assez d'électeurs indépendants. Barack Obama et ses troupes ont cette fois-ci poussé des centaines de milliers d'électeurs qui n'avaient jamais voté à s'inscrire sur les listes électorales et à exercer leur droit de vote. Des vedettes d'Hollywood ont fait de même. Les spécialistes des élections s'attendaient même à une participation de 80 % voire 90 % dans certains États, ce qui a changé la composition de l'électorat. Par exemple, la Virginie vote traditionnellement républicain sauf que Barack Obama menait dans les sondages et 250 000 nouveaux électeurs avaient été enregistrés par les responsables de la campagne démocrate.
Qui plus est, l'élection est historique, dans les deux camps. Ce serait un premier Noir à la Maison-Blanche pour les démocrates et une première femme vice-présidente chez les républicains. Ainsi, pour réécrire l?histoire, quelque 130 millions d'électeurs sur 300 millions d'Américains se sont rendus aux urnes hier. En 2004, 126 millions s'y étaient rendus et 111 millions en 2000.
Notons que le taux de participation est calculé en fonction du nombre de citoyens en âge de voter et non par rapport aux inscrits sur les listes électorales.
Le vote avant son décès de la grand-mère d'Obama pris en compte</B>
Le vote par internet de Madelyn Dunham (ci-contre), grand-mère maternelle de Barack Obama, sera pris en compte, a annoncé mardi la porte-parole du candidat démocrate à la Maison-Blanche. «Le vote par correspondance compte», a déclaré Linda Douglass.
Madelyn Dunham, 86 ans et qui souffrait d'un cancer, est décédée lundi à Honolulu. C'est Barack Obama qui a annoncé sa mort dans un communiqué commun avec sa soeur Maya Soetoro-Ng.
«C'est avec une grande tristesse que nous annonçons que notre grand-mère Madelyn Dunham s'est éteinte paisiblement après avoir lutté contre un cancer.»
Cette dernière avait voté par Internet et, comme pour tous les votes par correspondance, il sera pris en compte par les autorités électorales de Hawaii lorsque l'île du Pacifique fermera ses bureaux de vote, quelque six heures après la fermeture des derniers bureaux de la côte est des Etats-Unis.
RÉACTIONS
● <B>Castro : McCain est «vieux, belliqueux, inculte» </B>
Fidel Castro, qui avait déjà déclaré qu'Obama serait le moindre mal, a récidivé. A ses yeux, John McCain est «vieux, belliqueux, inculte, peu intelligent et sans santé» et il a «largué des dizaines de tonnes de bombes sur la ville de Hanoï, sans remords de conscience», alors que son rival démocrate est «plus intelligent et cultivé».
● <B>Olmert : «Obama et McCain sont des amis d'Israël» </B>
«Barack Obama et John McCain, je les connais tous deux et je sais qu?ils seront toujours des amis d'Israël», a assuré Ehoud Olmert selon le quotidien israélien Yedioth Ah ronoth. «Le président des Etats-Unis sera amical et nous pourrons parler avec lui», a-t-il ajouté, avant d'affirmer que l'accord de paix avec les Palestiniens, prévu «d?ici la fin de l'année», n'est «pas lié à l?identité du président» américain.
● <B>De Villepin : «Obama ressemble au monde nouveau» </B>
Dominique de Villepin s'est opposé à l'administration Bush au déclenchement de la guerre en Irak. L'ancien Premier ministre français voit dans l?élection présidentielle l?ouverture d'une nouvelle ère, dans laquelle le candidat démocrate peut réinventer un rêve américain... Mais l?Amérique ne sera plus jamais toute- puissante, prévient l'ancien ministre des Affaires étrangères.
● <B>Zapatero espère que l'élection américaine sera un «facteur de confiance» </B>
«J?espère du résultat électoral un grand regain de confiance dans l'économie», a affirmé le chef du gouvernement espagnol, sans se prononcer sur sa préférence pour l'un ou l'autre des candidats. M. Zapatero a plusieurs fois exprimé, depuis sa réélection en mars, le souhait de passer à un «nouveau chapitre» dans les relations avec les Etats-Unis.
<B>Quand Barack Obama séduit la planète... </B>
■ Du Kenya au Japon, en passant par le Nigeria et le Pakistan (ci-dessous), ils en «pincent» pour lui. Quel que soit le résultat de ces élections, la planète retiendra le charisme d?un homme : Barack Obama. Aussi bien aux Etats-Unis que dans les coins les plus reculés de la planète, le sénateur noir de l?Illinois déchaîne les passions ? des plus légitimes aux plus insolites. Petit tour du monde de l?Obamania. Il n?y a pas qu?aux Etats-Unis que Barack Obama fait des émules car l?engouement qu?il suscite est contagieux. Ses fans au sein de la communauté hispanique lui ont dédié un site, les «Amigos d?Obama», une chanson «Viva Obama !» et, par-dessus tout, développé une ferveur qui s?exporte vers le Mexique voisin. Les partisans latinos du candidat se disent touchés par ses origines modestes et son discours qui fait fi des clivages ethniques et prône le changement. «Nous cherchons désespérément (un porte-voix) qui parle avec authenticité. (...) C?est de leadership, pas de phrases toutes faites dont nous avons besoin», explique Miguel Orozco.
A des milliers de kilomètres, au Kenya où une bière porte désormais son nom, c?est plutôt l?ascension politique d?un fils du pays que l?on salue. Dans la patrie du père de Barack Obama, la popularité du candidat démocrate est incontestable. En 2006, il y recevait un accueil triomphal. Sarah Hussein Obama, sa grand-mère paternelle, est la première de ses fans.
Plus inattendue est la ferveur que Barack Obama suscite dans la ville japonaise d?Obama, petit port de pêche de 32 000 âmes. Situé à 400 km de Tokyo, «la petite plage» (signification de Obama) espère bénéficier de la notoriété qu?induirait la victoire potentielle du sénateur noir de l?Illinois. Mais pour le maire de la ville, Toshio Murakami, ce n?est pas qu?une simple opération de communication pour attirer les touristes.
<B>Les Défis économiques qui attendent le président </B>
Le nouveau président devra s'atteler à des difficultés économiques d'une ampleur sans précédent depuis la crise des années 1930. Le point sur les principales questions en suspens.
● <B>CRISE FINANCIERE </B>
Trouvant son origine dans les crédits immobiliers à risque, les "subprimes", la crise financière est la pire qu'aient connue les Etats-Unis depuis la Grande dépression des années 1930.
Selon les économistes, le pays est entré en récession et la situation pourrait s'aggraver au moment où le successeur de George Bush prendra ses fonctions le 20 janvier.
Barack Obama prônait un deuxième plan de relance économique. Evalué à 175 milliards de dollars, il intégrerait des travaux d'infrastructures et une nouvelle vague de crédits d'impôt. John McCain proposait pour sa part un plan spécifique à la question du logement doté de 300 milliards de dollars, financé en partie des 700 milliards de dollars du plan de sauvetage et d'assainissement du secteur financier récemment voté par le Congrès. Dans l'esprit du sénateur de l'Arizona, il s'agirait de reprendre les crédits immobiliers que les ménages ne peuvent plus rembourser. Il le considère comme le meilleur moyen de «sortir de l'ornière» l'économie américaine.
● <B>SANTE </B>
Les deux candidats ont fait de la réduction des coûts de la santé et de la réforme du système d'assurance-santé une priorité économique. McCain confierait l'assurance-maladie aux salariés et non plus aux entreprises. Il supprimerait les réductions fiscales sur les assurances médicales payées par les entreprises et les remplacerait par des crédits d'impôts pour les ménages (2.500 dollars pour les personnes seules, 5 000 dollars pour les familles). Le sénateur républicain voudrait également faire jouer la concurrence en permettant de contracter une assurance maladie en dehors des limites de son Etat de résidence.
Obama proposerait lui un programme national d'assurance qui ouvrirait aux particuliers et aux PME le système dont bénéficient les employés fédéraux. Il serait financé en partie par une taxe des employeurs qui n?offrent pas à leurs salariés une couverture médicale.
● <B>ENERGIE </B>
La dépendance des Etats-Unis sur le pétrole importé est considérée comme une menace à la sécurité nationale et à son économie.
McCain plaidait pour une approche globale avec de nouveaux forages pétroliers en mer, la mise en chantier de 45 centrales nucléaires et des investissements dans les sources d'énergie renouvelables (éolien, solaire).
Obama se disait ouvert à de nouveaux forages en mer et à l'énergie nucléaire mais mettait en exergue un effort massif sur les mesures d'économie d'énergie et les investissements dans des énergies renouvelables.
● <B> FISCALITE </B>
La politique fiscale a dominé les derniers jours de la campagne, McCain accusant Obama de prôner une politique redistributive abusive, Obama taxant McCain de privilégier les grandes entreprises au détriment de la classe moyenne.
McCain proposait de doubler les exemptions fiscales pour les personnes à charge (ce qui les porterait à 7 000 dollars), de ramener de 35 % à 25 % le taux d'imposition maximale des entreprises et d'autoriser les entreprises à déduire pendant un an de leurs impôts leurs dépenses en équipements.
Obama veut taxer pour sa part les bénéfices exceptionnels engrangés par les compagnies pétrolières afin d'accorder aux contribuables une ristourne sur leur facture énergétique. Il affirme que 95 % des foyers américains bénéficieront d'une baisse de leurs impôts.
Il promet également un crédit d'impôts remboursable de 3 000 dollars pour chaque emploi créé aux Etats-Unis dans les deux ans à venir et il veut revenir sur les réductions d'impôt accordées par George Bush aux deux tranches les plus élevées.
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