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TMK : sous le diplomate se cache un poète-philosophe
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TMK : sous le diplomate se cache un poète-philosophe
Joseph Tsang Mang Kin, ancien enseignant du collège Royal de Port Louis, diplomate, courant d?une chancellerie à une autre, d?une instance onusienne à une autre européenne ou africaine, occupé autant à assurer le développement de son île Maurice natale qu?à arrondir les angles entre pays africains anglophones et francophones (voir l?express d?hier), étouffe-t-il pour autant en lui le poète aux multiples racines culturelles. La presse indépendante se pose cette question d?autant plus anxieusement que TMK profite d?une mutation aux Affaires étrangères à Maurice au début des années 1980 pour créer, avec Hassam Wachill, une Société d?Ecrivains mauriciens.
Sa réponse est heureusement des plus rassurantes. TMK redevient poète, sinon à plein temps, du moins à pleine âme, à Bruxelles où Raymond Chasles et lui s?enrichissent de l?apport éminemment poétique et musical d?un Jean Claude d?Avoine. Avec celui-ci, en effet, il ne saurait être question qu?Erato et Euterpe cèdent la priorité à des considérations diplomatiques fussent-elles sucrées. A Paris, ce ne sont pourtant pas des rencontres littéraires qui manquent avec Loys Masson, Jean Fanchette, Edouard Maunick, Jean Georges Prosper. Les soirées poétiques bruxelloises sont assez fructueuses pour engendrer une de nos rares revues poétiques pas trop éphémères, L?Etoile et la Clef.
TMK admet le rôle unificateur du créole. De vulgaires patois peuvent le faire dans des pays où domine une oligarchie abusant des langues universelles. Il ne convient toutefois pas de mélanger serviettes et torchons en matière linguistique. Pour se faire comprendre de tous les Mauriciens, le recours au créole, parler unificateur, s?impose. En revanche, si l?on veut instruire ou communiquer avec le reste du monde, le créolophone a intérêt à utiliser une langue universelle.
Le créole n?est plus une langue ostracisée à Maurice, depuis les années 1950, grâce, en grande partie, à Guy Rozemont, à Jacques Cantin et à Serge Lebrasse. La poésie créole reste à peaufiner. Elle atteindra la perfection quand elle pourra traduire Shakespeare ou Baudelaire sans les défigurer. Le créole s?imposera comme langue quand nous commencerons à rédiger des manuels de physique ou de mathématiques dans un créole authentique et non pas en créolisant des expressions françaises ou anglaises, en abusant des zézaiements. Nous ne pouvons pas régresser aux années pré-Indépendance, rien que pour plaire à des idéologues tiers-mondistes, misérabilistes, dépassés car se référant toujours à Marx et à Eugeb. Faut-il rappeler, ici, que ces idéologues prennent soin de faire admettre leur progéniture au QEC ou au Lycée Labourdonnais. Nous attendons toujours, par ailleurs, le journal entièrement rédigé en créole.
La culture, selon TMK, est l?ensemble des réalisations sociales, artistiques, politiques, d?une communauté humaine, ses organisations, ses langues, ses religions, sa musique, ses arts, ses croyances, à un moment donné de son histoire. Elle est forcément dynamique. Elle est un tronc qui est l?aboutissement de multiples racines, s?enrichissant de terreaux différents. Notre culture confluente est aussi delta car s?ouvrant sur le reste du monde. L?erreur funeste serait qu?elle se transforme en cul de sac en raison d?un chauvinisme exacerbé.
La culture mauricienne préexiste à nos existences individuelles. Nous n?avons pas à la construire puisqu?elle est déjà là quand nous naissons. Nous n?avons qu?à nous élever jusqu?à elle et à nous laisser inspirer et animer par ses différentes sources vives et agissantes. Nous devenons Mauriciens en intégrant harmonieusement nos différences ou encore en anathématisant d?anciennes allergies mais pouvant encore nous contaminer. En nous, l?Européen doit vénérer l?Islam, le Musulman la Chine, l?Indien l?Africain, l?Africain l?Inde, le Chinois l?Afrique. Nous devons résister à la tentation de demeurer des fragments de Mauricien.
La culture n?est jamais embrigadement. Si conquête il doit y avoir, elle doit être celle du coeur en Liberté et en Vérité. Le Mauricien authentique ne craint pas d?être aux avant-postes, en avance sur son temps, en avance sur les autres. Ils ne suivent pas. Pas de mal à cela. S?ils ne le font pas aujourd?hui, ils suivront demain ou après-demain. Il suffit de contempler le chemin parcouru. Les générations se suivent et les cloisonnements communalistes s?estompent harmonieusement. Les prochaines générations seront heureusement plus mauriciennes, dans le meilleur sens du terme que la nôtre. Elles seront encore plus fidèles que nous à nos différentes traditions ancestrales mais en même temps elles s?accepteront mieux que nous davantage mauriciennes et heureuses de l?être. Le culte du passé est régional. La culture de l?universel représente l?avenir. Le Mauricien a toutes les chances de devenir avant d?autres peuples un homme universel. Nous pouvons devenir les prototypes d?une nouvelle Humanité. A chacun de nous de décider s?il sera un Mauricien d?hier, d?aujourd?hui ou de demain.
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