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Premiers pas pour Maurice, île durable

3 novembre 2008, 01:00

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Le travail a commencé. En fait, on en est encore au stade préparatoire. C?est que pour baliser les allées qu?on empruntera pour porter le projet Maurice, île durable (MID), il est nécessaire de faire des études préliminaires. Trois étudiants ingénieurs de l?université de Technologie de Compiègne (UTC) en France, représentant une quinzaine d?autres, sont venus à la découverte de Maurice afin de mieux percevoir les réalités et les potentiels de l?île dans la perspective du projet.

Dans le cadre de leur travail préliminaire, les étudiants cherchent à «comprendre les mauriciens, aborder des thèmes de manière plus concrètes dans la mesure où nous n?aurions pas eu la même information sans venir», explique Julien Palfart. Dans le même souffle, Benoît Bullard parle lui de «ressenti». C?est effectivement cela qui doit nourrir le projet : quelles sont les attentes des citoyens ? Se dédouaner du discours institutionnel pour retranscrire, au niveau de la conception scientifique, de l?évaluation des potentiels réels, les axes envisageables qu?il faudrait développer pour le projet MID.

L?université de Maurice est sans conteste un acteur majeur de MID. Le Professeur Joël de Rosnay a lourdement insisté sur le rôle crucial que peut et doit jouer la recherche scientifique en proposant des voies innovantes de développement, des procédés ou produits à vocation économique. La mise en relation avec les industriels est alors indispensable. L?équipe d?étudiants de l?UTC travaille donc de concert avec l?UoM. Leur atelier-projet s?inscrit dans leur cursus. Mais bien au-delà, il leur permet d?utiliser leurs connaissances au profit du projet, d?autant que «le regard extérieur permet d?être certainement plus critique» font ressortir les trois jeunes gens.

«Les départements de chimie et de biologie mènent des travaux très pointus sur la fermentation lignocellulosique, les parfums et les plantes médicinales. Malheureusement, ils ne sont pas assez connus.»

Durant leur semaine mauricienne, les trois ingénieurs en devenir ?tous trois sont en dernière année Génie des Systèmes Urbains ? ont donc eu beaucoup à faire. Renforcer les liens entre l?UTC et l?UoM suite à l?accord de coopération signé le 15 octobre dernier, recueillir des données qui seront traitées par l?ensemble du groupe à Compiègne, visiter des sites révélateurs du potentiel et de la réalité ou des contraintes locales, établir des contacts tant au niveau institutionnels que privé? bref, mieux comprendre les attentes locales du projet.

Regard extérieur et critique

Ce premier atelier-projet jette donc les jalons d?une réflexion globale. Les étudiants devront d?ici la fin décembre rendre un rapport à l?ambassade de France avant d?en présenter un autre en collaboration avec les professeurs et chercheurs de l?UoM. Julie Brossier plaide, en outre, pour une équipe de coordination plus étoffée afin que l?information circule au mieux. Le partage de l?information est primordial dans un tel projet.

Cette formule d?atelier-projet devrait être relancée vers le mois de mars 2009 si les parties, à savoir l?UTC et l?UoM, s?accordent à ce sujet. C?est pourquoi cette mission est, somme toute, importante. Les données recueillies permettent d?ajuster les travaux, la réflexion en conséquence. Surtout, le premier rapport sera nécessaire à la poursuite du travail. Il vise bien à en définir les axes. Par ailleurs, la partie mauricienne «pourra également rebondir sur les pistes que nous aurons définies. Aussi, notre équipe de quinze étudiants à l?UTC regroupe des profils assez différents, cela enrichit la réflexion commune».

A n?en pas douter, le regard externe, dépouillé de toute velléité ou intérêt particulier, ne peut qu?aider à établir un plan de travail critique, qui au demeurant n?a pas valeur de sacro-sainte vérité. Les étudiants ont bien insisté sur le fait qu?il s?agit d?une collaboration, d?un apport externe à la réflexion qui est menée pour faire de ce projet une réalité. Le sens critique est de fait indispensable.

Pour la suite, les étudiants de Compiègne souhaiteraient que les étudiants de l?UoM participent pleinement des ateliers-projets à venir. Julien Palfart précise: «beaucoup d?étudiants nous ont aidé durant cette semaine. Ils se sont montrés très curieux et intéressés par le projet MID. Ils ont posé de nombreuses questions». «Ils suivent l?information, s?intéressent, se documentent. Les projets à venir retiennent leur attention», renchérit Benoît Bulard.

Un projet de société

Pour que l?UoM puisse jouer pleinement son rôle dans le projet MID cette coopération avec l?UTC, et pourquoi pas avec d?autres institutions, doit être renforcée. Cela permettra notamment aux chercheurs et étudiants mauriciens de mieux faire connaître leurs recherches. Joël de Rosnay avait d?ailleurs rappelé que «les recherches sont remarquables ici. Les départements de chimie et de biologie mènent des travaux très pointus sur la fermentation lignocellulosique, les parfums, les plantes médicinales. Malheureusement, ils ne sont pas assez connus».

Au final, l?atelier-projet qui s?inscrit dans la coopération entre l?UTC et l?UoM est une manière somme toute innovante de penser le projet MID. Pour autant, Julie Brossier, Julien Palfart et Benoît Bulard ne cantonne pas la portée de la réflexion menée par les quinze étudiant de l?UTC au seul aspect technique et scientifique. «Le but est d?embarquer tout le monde. Globalement, il faut travailler dans une logique de démocratie participative parce que c?est un projet de société», souligne très justement Benoît Bulard.

D?ici le mois de janvier, l?UoM aura également rendu son rapport conjointement à celui de l?UTC. On aura alors une définition plus complète de MID et une première ébauche des avancées envisageables. Cela ne pourra sans faire sans le concours des acteurs institutionnels et du secteur privé. En vérité, ils sont déjà conscients de leur rôle ayant rencontré les étudiants de l?UTC.

LES UNIVERSITES, DES ACTEURS CLES

La convention de coopération, cofinancée par l?Ambassade de France, entre l?UoM et l?Université de Technologie de Compiègne (UTC) vise la mise en place d?un dispositif pédagogique de formation dans le cadre du projet Maurice, île durable (MID). Ce dispositif qui s?étale sur une période initiale de trois mois a pour objectif de mener une «étude exploratoire pour la mise en ?uvre du projet MID». Pour ce faire, quinze étudiants ingénieurs du département de Génie des Systèmes Urbains de l?UTC mènent des ateliers-projets qui nourriront la réflexion et proposeront des pistes concrètes de mise en ?uvre. Cette initiative a le mérite d?apporter un regad extérieur et critique sur le projet MID. Ceci est nécessaire afin de ne pas se laisser aller à la complaisance ou l?euphorie. Les ateliers-projets se déclinent de la façon suivante :

■ Définition transversale et pluridisciplinaire du concept d?île durable

■ Evaluation du potentiel de production d?énergie à partir du biogaz (technologies, coûts?)

■ Comparaison entre La Réunion, île verte et Maurice. La Réunion a près de 10 ans d?avance sur Maurice en matière d?énergies renouvelables. A l?horizon 2030, on peut envisager que les îles s?urs deviennent des modèles en matière de développement durable

■ Evaluation des conditions de production des énergies solaires, sous ces différentes déclinaisons (photovoltaïque, éolien?)

■ Evaluation des possibilités pour l?industrie hôtelière d?utiliser les énergies renouvelables. A bien des égards, l?hôtellerie pourrait être un fer de lance. Conscient de l?enjeu, une réflexion est menée au sein de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM) et des actions concrètes déjà prises.

■ Etude de la filière cannière et donc de l?utilisation de la canne à des fins écologiques.

CERNER LA DEMANDE MAURICIENNE EN ENERGIE

■ Les étudiants de l?Université de Technologie de Compiègne vont s?intéresser aux pics de la demande locale en énergie. Cette demande n?est, bien entendu, pas constante. Ainsi, on observe un premier pic tôt le matin entre 6 h 30 et 8 h 00 environ, ce qui correspond au réveil de la population et donc aux premières grosses demandes en énergie. Après ce pic la demande diminue mais stagne à un niveau suérieur à celui du seuil constant de demande. Ce n?est que vers 18 h 00?18 h 30 qu?un deuxième pic apparaît. A cette tendance quotidienne, il faut ajouter les exceptions liées à des festivités du calendrier culturel ou religieux local. Par ailleurs, durant l?année on remarque que la demande en énergie est plus importante en été qu?en hiver (climatisations gourmandes en énergie), que le pic du soir est également plus important que le pic du matin, et qu?enfin la demande de la semaine est plus importante que celle du week-end ou des jours fériés (activités économiques et industrielles). A Maurice, ce sont les centrales bagasse-charbon, fonctionnant sur le principe de cogénération, qui répondent à la demande constante en énergie. Lorsque le seuil de demande constante est dépassé, ce sont les centrales thermiques fonctionnant à l?huile lourde qui complètent la demande énergétique. Ce n?est donc que très rarement que la centrale à gaz de la Nicolière est sollicitée compte tenu du coût d?opération particulièrement élevé. Le volet énergétique doit bien prendre en considération tous les aspects de la production et de la consommation d?énergie, mais également de son acheminement. On considère qu?environ 10 % à 12 % de l?énergie produite est perdue lors de son acheminement entre la zone de production et la zone de consommation. C?est pour cela que le concept de dé-centrale doit être adopté. Une production très centralisée ne peut convenir. Les petits producteurs indépendants d?énergie sont donc appelés à un rôle fondamental dans la nouvelle grille énergétique qui devrait se mettre en place à la faveur du projet MID.

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