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Bihar, de la terre inconnue à la patrie retrouvée
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Bihar, de la terre inconnue à la patrie retrouvée
Elle a fait le chemin inverse. A la rencontre d?elle-même. Shundell Prasad Jha, réalisatrice, est de la race des gens déterminés. Dans ses veines coule le rythme des grandes traversées. Ce goût de l?aventure qui fait franchir le «kala pani», la mer noire. A la découverte d?autres terres. A la découverte d?autres soi.
La réalisatrice guyanaise, d?origine indienne et installée à New York, est chez nous actuellement pour montrer «Once more removed». Sa visite chez nous est une initiative conjointe du Mahatma Gandhi Institute et de la Mauritius Film Development Corporation, dans le cadre des célébrations du 174e anniversaire de l?arrivée des travailleurs engagés.
Ce film documentaire à l?approche toute personnelle ( voir hors-texte) qui raconte comment Shundell Prasad-Jha a reconstruit son arbre généalogique. Quitter New York. Retrouver la Guyane. Pour mieux explorer Muzaffarpur et Azamgarh, au Bihar, terre d?origine de ses ancêtres.
Plongeant d?emblée dans la sphère privée, quand elle est interrogée sur ses motivations, c?est avec des yeux pétillants que Shundell Prasad-Jha raconte comment elle a rencontré son mari, Amit Jha sur le tournage de son deuxième film. «Il était mon monteur pour ce documentaire qui parle des mariages forcés à Islamabad au Pakistan. Très vite, j?ai découvert qu?il était originaire de Madhubani, une localité voisine de Muzaffarpur, la terre de ma famille du côté de ma mère. Je me demande si ce n?est pas une motivation».
Mais comme il ne s?agit pas là d?un scénario de Bollywood mais bien d?une quête personnelle, Shundell Prasad-Jha sourit. Se reprend. Et dit, «mais ça, c?est seulement si vous croyez à ce genre d?histoires».
La vérité c?est que, «I grew up in New York looking indian», explique-t-elle. «Je suis proche de la communauté indienne à New York. L?histoire de ma famille c?est d?avoir quitté deux fois son pays.» Le premier voyage a été celui de l?ancêtre qui a quitté le Bihar pour les champs de canne de la Guyane. Le second, est celui de Shundell qui à l?âge de six ans, quitte ce pays d?Amérique du Sud avec ses parents, pour s?installer à New York. «Ce double déracinement est à l?origine de mon besoin de savoir d?où je viens. Je suis hindoue, mais je ne parle pas l?hindi. Nous allons au temple toutes les semaines, sans savoir d?où nous venons, en Inde.»
Une mission
Autant de questions qui alimentent sa «quête». Une «mission» qui prend forme au cours de sa dernière année en film studies à l?université de New York. «Pour la thèse, j?ai décidé de faire un film sur la recherche généalogique pour retrouver mes racines en Inde».
Ce qui commence comme un projet de fin d?études, en 2002, deviendra «Once more removed» un documentaire projeté pour la première fois en 2006, à New York. «A l?époque, j?allais avoir mon diplôme et je me demandais comment je pouvais entrer dans le monde adulte sans comprendre qui je suis».
Depuis, «Once More removed» a été montré à Delhi, Calcutta, Hyderabad, à Toronto, en Guyane et à Atlanta. «Après avoir vu le film plusieurs personnes m?ont dit que je suis courageuse, mais ce n?est pas moi qui ai du courage, c?est ceux qui ont quitté l?Inde qui sont courageux».
Shundell Prasad-Jha, 28 ans, a remonté quatre générations jusqu?à l?aïeul qui a embarqué à Calcutta pour la Guyane en 1846. «Maintenant que je l?ai fait, je me sens complète. Je suis si heureuse d?avoir rétabli le lien avec l?Inde. J?ai compris que je porte un héritage. Celui de gens qui ont travaillé dur, de gens qui n?ont pas eu peur, qui étaient persévérants. Je me dis que je suis pareille.»
PROJECTIONS
«Once more removed» sera à nouveau diffusé demain au centre social de Mahébourg à 17 heures et mercredi 5 novembre à la «Mahatma Gandhi Secondary School» de Flacq à 10 heures. Shundell Prasad-Jha anime également des ateliers sur la réalisation de films documentaires aujourd?hui et demain au «Bharati lecture theatre» du MGI.
VU POUR VOUS
> «Once more removed», émouvantes retrouvailles
Des gendarmes armés. Qui disent qu?il est l?heure de partir. L?heure de quitter la centaine de visages de Muzaffarpur. Il y a comme une boule au fond de la gorge. Elle fait battre le coeur de Shundell Prasad-Jha. L?américaine vient à peine de retrouver des cousins de son grand-père, dans cette localité perdue au fin fond du Bihar. Elle a fait tout le chemin de Greenwich village, New York, jusqu?à cet endroit où le temps semble s?être arrêté. Où la misère teinte toutes les beautés.
C?est le choc des cultures. Aggravée par la barrière du langage, car le bhojpuri lui échappe. C?est cette justesse là qui fait que partout dans le monde, la diaspora peut s?identifier à Shundell Prasad-Jha. A plusieurs reprises, elle demande à ceux qui l?accompagnent, «qu?est-ce que je dois faire ?» Mais il faut déjà partir. Après des mois de recherche.
Petit bond dans l?espace et le temps. «Once more removed » s?ouvre directement sur Calcutta. Le port d?où a embarqué l?aïeul de Shundell Prasad-Jha. La réalisatrice ? qui met en scène la reconstruction de son arbre généalogique - s?adresse directement au spectateur. Lui explique point par point sa démarche. Fait intervenir sa mère qui lui dit qu?elle ne l?accompagnera pas. Son père, avec son accent qui n?a rien d?américain. Ses grands-parents établis à Toronto. Sa grand-tante en Guyane.
Avant le grand saut au Bihar. La réalisatrice ne nous épargne rien de ses démarches administratives. Ses visites aux archives, au magistrat de district, qui insistera pour qu?elle ait une escortée armée, «parce que je suis citoyenne américaine». Jouant de la juxtaposition des images d?archives aux prises de vue du présent, «Once more removed» donne la parole à une série d?intervenants, dont Bharrat Jagdeo, président de la Guyane.
Et si la caméra s?attarde souvent sur les attitudes, les regards perdus de Shundell Prasad-Jha, c?est pour mieux voir ceux de ces Bihari qui l?accueilleront en grand nombre. Et qui la regarderont partir en poussant une clameur à l?unisson.
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