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Le journal intime du steward Caterino

2 novembre 2008, 01:00

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«Il y a de quoi se foutre en l?air pour ne plus souffrir. » C?est ce qu?écrivait le steward français Christophe Caterino en juillet 2007, deux mois après son interpellation à l?aéroport de Plaisance en possession de 51 863 comprimés de Subutex, un produit de substitution de l?héroïne.

Bien qu?il ait toujours affirmé s?être fait « piéger » en voulant « rendre service » à un collègue, Christophe Caterino a été jugé et reconnu coupable il y a dix jours. Mais ce n?est que demain qu?il sera fixé sur sa peine. Il saura alors s?il doit retourner derrière les barreaux, où il a déjà effectué cinq mois de détention préventive.

Durant cette période, le steward tenait une correspondance avec ses proches.

Ce courrier, mis en ligne sur le site Internet de son comité de soutien1, prend la forme d?un journal intime. Nous en publions des extraits. Ils reflètent l?extrême angoisse d?un jeune homme terrorisé par l?univers carcéral.

■ <I>Dimanche 10 juin 2007</I>

<B>« C?est comme si j?étais chez les fous »</B>

« Je pense avoir atteint mes limites, je suis à bout, je suis désespéré. [?] Je souffre intérieurement comme personne ne peut imaginer. [?]

Je pense au pire. [?] Il y a de quoi se foutre en l?air pour ne plus souffrir. [?] je ne peux l?accepter. [?]

J?ai envie de pleurer, de crier, de cogner mais je ne peux pas. [?] C?est comme si j?étais chez les fous ici, un véritable hôpital psychiatrique. [?] Je ne sais plus combien de temps je vais pouvoir tenir.[?] Je vous en supplie, ne me lâchez pas. »

Vendredi 15 juin 2007 </I>

<B>« Je passe ma journée à tenir mon froc »</B>

« Chaque minute, c?est un put? de combat. Etre sur ses gardes, ne rien accepter, ne rien demander, faire attention aux vols. [?] Il y a de tout ici : viol, meurtre, vol, drogue, il y en a pour tous les goûts. J?ai perdu 7 kilos, j?ai vu ça avant-hier au médical où l?on subit une batterie de questions. Je nage dans mes shorts et pantalons, la ceinture et les cordons sont interdits, alors je passe ma journée à tenir mon froc en marchant pour ne pas me retrouver à poil. »

Lundi 18 juin 2007</I>

<B>« On me harcèle pour une cigarette »</B>

« Je viens juste de rentrer dans ma cellule, je n?ai personne à qui parler, à qui me confier. Je n?ai plus goût à rien. [?] Je suis là, à moitié enterré dans ce taudis, enfermé avec des violeurs, des braqueurs, des meurtriers. Psychologiquement, c?est dur à supporter de vivre avec tous ces gens.

Je suis constamment en alerte pour ne pas me faire piquer mes biens personnels. On me harcèle pour une cigarette car ici, TOUT se vend et s?achète.

On nous donne un pain et du thé à 6 h 30, du riz froid à 10 h 30, deux pains et quelques légumes à 15 h 30.

La télé est allumée en permanence, tous scotchés devant des dessins animés de 6 h 30 à 16 h 30, le son à fond. Un peu plus loin, un haut-parleur des années 40 diffuse une radio locale, volume à fond. Et quand je rentre dans ma cellule à 16 h 30, ils remettent une couche de musique jusqu?à 20 heures dans les couloirs, histoire de bien t?achever le cerveau !

C?est comme si j?étais à la foire du Trône, avec des détenus à la place des enfants, de 6 h 30 à 20 heures. Ensuite, il ne me reste qu?une heure car à 21 heures, c?est l?extinction des feux. Plus moyen de lire ou d?écrire jusqu?au matin, pas de toilette, juste un bol, au cas où? »

■ <I>Samedi 7 juillet 2007</I>

<B>« Il y a tellement d?histoires de violences »</B>

« Beaucoup de personnes, ici, craquent chaque jour. Des bagarres, des gens qui pleurent, d?autres qui sont figés dans leur coin, en proie à de terribles angoisses et moi, je suis au milieu de tout ça, étranger de surcroît qui ne comprend pas grand-chose au créole. [?] J?essaie de calmer ma rage et mon stress, c?est un travail quotidien.

Quand je suis dehors dans cette cour, je suis en permanence en alerte pour qu?il ne m?arrive rien. Il y a tellement d?histoires de violences que je ne peux pas vous raconter dans cette lettre par peur de la censure. »

Dimanche 22 juillet 2007</I>

<B>« J?ai envie de me foutre en l?air »</B>

« Vous n?avez même pas idée de l?état dans lequel je suis. [?] Tous les jours je suis harcelé et je dois rester calme, courtois et ferme à la fois. Il n?y a rien à faire ici, juste attendre. [?] Je fais quelques pompes dans ma cellule et j?essaie le yoga, mais par manque de place je suis vite gavé. Je suis à deux doigts de péter les plombs. [?] Par moment, je n?ai qu?une envie c?est de me foutre en l?air. Faites-moi sortir d?ici avant qu?il ne soit trop tard. »

(1) : http://maydaychristophe.blogspot.com.

Les dates clés de l?affaire

● 13 mai 2007, réception des valises.

Un « ami » de Christophe Caterino lui remet deux valises à transporter à Maurice. Il s?agit d?un dénommé « Michaël », officier de sécurité chez Air France. Ils se rencontrent à l?aéroport de Paris-Charles-de-Gaule ,à quelques heures du décollage.

14 mai 2007, arrestation à Plaisance. L?ADSU interpelle le steward à sa descente d?avion. Il est en possession de 51 863 comprimés de Subutex, pour une valeur de Rs 50 millions. C?est la plus grosse quantité de Subutex jamais saisie à Maurice.

5 octobre 2007, libération sous caution. Après 144 jours de détention préventive, Caterino retrouve une semi-liberté.

5 septembre 2008, début du procès. L?accusé plaide non-coupable. Il reconnaît avoir transporté les valises mais nie en connaître le contenu.

24 octobre 2008, le verdict. Caterino est jugé coupable d?importation de Subutex.

3 novembre 2008, la sentence. Elle sera prononcée par le magistrat Pritviraj Feknah.

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