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Go Obama !

2 novembre 2008, 01:00

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Barack Obama est-il dangereux ou est-il digne d?être le 44e président des Etats-Unis ? C?est la réponse que livrera, dans deux jours, le peuple américain, à un monde impatient de connaître le dénouement de cette élection historique ? qui ne manquera pas d?influer, comme Hollywood, sur le reste du monde.

J?ai la chance de pouvoir suivre, depuis ces six derniers mois de Washington, D.C., cette campagne électorale pas comme les autres, de vivre ses maints tournants sur le terrain. Et je ne peux que m?incliner, davantage que la candidature de Barack Obama elle-même, devant le phénomène politique ? l?Obamania ? qui transforme les Etats-Unis. C?est l?incarnation de la force du rêve d?une nouvelle génération qui aspire à être reconnue davantage pour ses compétences que pour toutes ses appartenances sociales (religieuse, ethnique, socioprofessionnelle ou autre). C?est aussi une opportunité pour les Etats-Unis, dont la réputation internationale a été considérablement ternie sous les deux administrations Bush, de se projeter de nouveau comme un exemple crédible en termes d?un modèle démocratique sur le reste du monde.

Comme de nombreux observateurs internationaux, de l?autre côté de l?Atlantique, l?influent hebdomadaire britannique, « The Economist » reconnaît également qu?« Obama a brossé le portrait le plus détaillé et le plus convaincant d?un avenir meilleur pour l?Amérique et pour le monde ». Il y a unanimité que le candidat démocrate a fait campagne avec plus de style, d?intelligence et de discipline que son adversaire. On dit qu?il n?a pas l?expérience de l?âge, il le reconnaît, et c?est pour ça, dit-il, qu?il s?entoure de Joe Biden, Ted Kennedy, Warren Buffett, Al Gore, Bill Clinton, pour ne citer que quelques-uns.

En face de lui, durablement en retard dans les sondages, John Mc Cain, petit-fils d?amiral commandant, héros de la guerre du Vietnam, ne baisse pas les armes. Formé à l?école militaire, il est habitué à prendre les coups et à en donner, sur et sous la ceinture. La tactique « anything can happen » des républicains consiste à lier Barack Obama tantôt au terrorisme, tantôt au socialisme. Ce faisant, les républicains tentent clairement de diviser l?Amérique en deux : celle qui campe sur ses positions, version Mc Cain/Palin, ou celle qui aspire au changement, au c?ur du message d?Obama/Biden.

Au milieu de ce tumulte provoqué par le Krach de Wall Street, entre toutes sortes d?accusations d?adversaires acharnés par-ci et arrestations de néonazis par-là, les paroles d?un républicain, connu et reconnu pour sa longue expérience des affaires nationales et internationales, sont passées quelque peu inaperçues. Cet homme, c?est Colin Powell, ancien secrétaire d?Etat de l?actuel président Bush.

Récemment en soutenant la candidature du démocrate Obama, il a mis au jour les viles tactiques de la campagne de son propre camp pour « détruire » le premier non-blanc à pouvoir prétendre à la Maison-Blanche. Un acharnement qui focalise sur la personne d?Obama.

Attardons-nous sur ce qu?a affirmé Colin Powell. Héros militaire comme Mc Cain, Powell s?est dit dégoûté par les mensonges de ses pairs républicains qui tentent de s?accrocher au pouvoir à n?importe quel prix. Powell a raconté comment les cadres de son parti ont fait naître et circuler la rumeur selon laquelle Barack Obama serait un « musulman ». Powell aurait pu s?arrêter là, mais il est allé plus loin. Et il est important, pour cerner la psychologie républicaine dans cette campagne de le suivre dans son raisonnement. Powell ajoute : « The correct answer is Obama is not a muslim ; he?s a Christian. He?s always been a Christian. But the really right answer is, what if he is a Muslim ? Is there something wrong being a Muslim in this country ? The answer?s no ; that?s not America ! »

Dans le camp démocrate, on est fort conscient de la portée historique de la candidature d?Obama. Mais la stratégie démocrate est d?éviter un référendum pour ou contre la personne d?Obama. Elle met alors l?accent sur l?économie du pays, sur la guerre au Moyen-Orient qui embrase toute la région et brûle la crédibilité US sur la scène mondiale. Les démocrates font, accessoirement, état d?une étude « Gallup » qui dit que l?effet âge jouerait davantage contre McCain que ne jouerait l?effet race contre Obama.

Finalement s?il est possible que les voix qu?engrangerait McCain pour cause de préjugés raciaux soient compensées par celles de nouveaux électeurs qui s?inscrivent massivement sur les listes électorales que circule une armée de volontaires démocrates, qui orchestrent une campagne très organisée et efficace.

Si Obama est élu le 4 novembre, il le sera à ses qualités propres, à sa campagne et non à cause de sa couleur de peau. S?il perd, on pourra effectivement parler de l?effet « Bradley » : une sur-déclaration des intentions de vote pour un candidat noir dans les sondages, mais qui ne se traduit pas dans l?isoloir, où l?instinct primaire revient souvent au galop. Les politologues de tous les pays ont coutume de dire que les électeurs ne votent pas en fonction de leur intérêt, mais de leur identité.

Dépasser l?origine raciale pour s?intéresser au candidat, à son programme, à son plan d?action. C?est finalement à ce test de maturité citoyenne que sera jugé le peuple américain au soir du 4 novembre. L?Europe, le monde arabo-musulman, l?Asie, l?Afrique... tout le monde a les yeux braqués sur les Etats-Unis. Une victoire d?Obama ne pourra que bousculer les vieilles idées politiques reçues, dans le monde entier, y compris à Maurice. Ce sera une façon de remettre en perspective que la question raciale n?est peut-être plus aussi déterminante que nous le font croire les politiciens de l?ancienne génération. Go Obama !

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