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DÉnonciation oser briser le silence

2 novembre 2008, 01:00

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«Je n?avais que sept ans? Ils m?ont séquestrée et ont abusé de moi à tour de rôle », marmonne, Sheila, 31 ans. Meurtrie, cette femme ne peut effacer le visage de ses assaillants ? ses cousins.

Ces derniers l?ont violée alors qu?elle était en vacances chez sa grand-mère.

« Je n?ai jamais rien dit. J?entendais leur voix dans ma tête, martelant qu?ils me tueraient si je parlais? ».

Depuis des années, elle a enfoui ce lourd secret. Idem pour Marco, 21 ans, témoin d?une agression perpétrée par sa bande d?amis : «On rentrait d?une soirée arrosée quand on a aperçu un mendiant. Certains d?entre nous voulaient s?amuser ; ils ont commencé à le malmener et à le rouer de coups. C?était horrible, il gisait au sol et saignait. J?étais impuissant? ».

Comme Sheila, Marco aurait pu aller à la police, révéler ce délit mais le silence l?a emporté. Dénoncer : ce mot l?a torturé des nuits entières. Mais au réveil, il avait déjà disparu. Volontairement ! Face à une infraction vécue, on préfère occulter, éluder. On s?en éloigne pour ne pas s?impliquer tout simplement.

Sentiment paradoxal de culpabilité

En septembre dernier, par exemple, une mère a surpris son époux, abusant sexuellement de son petit garçon. Mais elle a préféré se taire et « régler cette histoire en famille ». Une telle situation est loin d?être un cas isolé. La police estime qu?environ 40% des méfaits ne sont pas dénoncés à Maurice. Pourquoi ? Il y a plusieurs explications.

En priorité, le silence est lié à un sentiment de peur. «Quand une personne est victime d?un délit, elle peut ne pas le dénoncer suite au choc et à la peur de surmonter ce traumatisme », estime Cayum Jahangeer, psychologue. Le traumatisme et la peur sont souvent amplifiés par d?autres facteurs, dont des tentatives d?intimidation et de représailles des agresseurs.

« Dans beaucoup de cas, les victimes ou témoins craignent que les assaillants ne leur mènent la vie dure. Par exemple, ils peuvent le transférer ou le renvoyer si le délit a été commis dans le milieu professionnel. Ils peuvent aussi les harceler par des appels téléphoniques et se venger de leurs victimes », ajoute Doorgesh Ramsewak, ancien Directeur des poursuites publiques (DPP).

Paradoxale­ment, plusieurs victimes et témoins de délits ne dénoncent pas leurs agresseurs, rongés par un sentiment de culpabilité face à ces derniers.

Par exemple, une victime de harcèlement sexuel peut craindre de briser la carrière de son supérieur qui en est l?auteur. Dans le cas d?une agression, un témoin peut renoncer à la dénonciation par loyauté envers ses pairs.

En sus des facteurs psychologiques entravant la dénonciation, il y a aussi des implications sociales. Victimes et témoins de délits redoutent le regard d?autrui s?ils rapportent le délit aux autorités. Bien souvent, les gens prennent plaisir à répan-dre les détails de l?affaire en public et entachent la réputation de la victime. Et maintenant, si les membres de la famille s?en mêlent, cela exerce une pression additionnelle qui va accabler davantage la victime.

Cette pression devient alors répression, surtout en situation où la famille est directement impliquée, comme dans l?inceste. Résultat : les lèvres seront scellées et le délit non révélé! De plus, la dénonciation ne semble pas vraiment être inscrite dans notre culture. « La plupart des gens ne veulent pas s?impliquer dans les affaires, qui selon eux, ne les concernent pas. Ils se trompent car n?importe qui peut être victime d?un crime », affirme Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children.

La dénonciation des délits entraîne aussi des enjeux économiques. « Lorsqu?un cas est rapporté, une enquête sera faite. S?il y a matière à poursuite, l?affaire aboutira en cour. Cela nécessitera un témoignage à découvert et une présence au tribunal », souligne un représentant de l?Independant Com-mission Against Corruption (ICAC). Toute victime ou témoin n?est pas forcément disposée à se libérer de ses obligations professionnelles pour les besoins de l?affaire.

« La justice est lente. Cela prend plusieurs années avant que les dénonciations n?aboutissent et que la cour ne prononce son verdict », déclare l?ancien DPP.

En paix avec sa conscience

Certes, les raisons de la non-dénonciation sont légion. Mais faire l?impasse sur des délits n?est pas une solution. Il est important de les révéler. « D?abord, il faut dénoncer les crimes pour que le coupable soit puni et pour prévenir d?autres délits du même auteur », ajoute l?Ombudsperson for Children. Elle poursuit que l?impunité a quelques fois un impact psychologique négatif sur la victime. « Sur le plan personnel, le deuil ne sera pas fait car on se sent toujours victime tant que justice n?est pas faite. On a souvent des personnes frustrées qui ne trouvent pas la paix intérieure », précise Cayum Jahangeer.

Et oui, cela sera sur votre conscience ! La non-dénonciation des délits, surtout ceux dont on a été témoin, n?est pas sans sanction ! En vertu de l?article 39 du code pénal, cela peut être qualifié de non-assistance à personne en danger. Dans certains cas, le témoin devient complice et peut être jugé au même titre que l?agresseur. Et au final, en essayant de dissimuler le délit, vous pouvez vous retrouver en prison !

Mieux vaut donc être en paix avec sa conscience et tout révéler. Le simple fait de se confier est déjà un pas en avant.Vous pouvez aussi vous tourner vers les structures d?aide, qui facilitent la dénonciation. Ainsi, vous contribuerez à ce que justice soit rendue.

OU S?ADRESSER ?

CORRUPTION : Il faut contacter l?Independent Commission against Corruption (ICAC). Cela peut se faire dans l?anonymat. Les inspecteurs de cette institution mèneront une enquête confidentielle, qui vérifiera la véracité des dénonciations. Si tel est le cas, l?affaire se poursuivra en cour. Si vous avez peur des représailles de la part de la personne dénoncée, sachez que la loi vous protège contre toute tentative d?intimidation ou de menaces. La personne en question peut même encourir une amende allant jusqu?à Rs 50 000 ou une peine d?emprisonnement.

Une hotline est également à votre disposition, soit le 800.42.22.

MALTRAITANCE ET ABUS SEXUELS : Des structures mises en place par le ministère des Droits de la femme sont indiquées. Si un enfant est victime de maltraitances et de sévices, le cas peut être rapporté à la Child Development Unit. Une hotline est mise à votre disposition, soit le 113. Et pour les cas de violence domestique, la Family Welfare Unit peut vous soutenir. Un deuxième numéro vert ? le 119 ? est opérationnel.

VOL : Le Neighbourhood Watch, un réseau permettant aux voisins de s?entraider et d?instaurer une surveillance mutuelle et régionale, peut vous aider.

Celui-ci a été lancé par la Crime Prevention Unit de la police, après des recrudescences de vols perpétrés dans certaines zones de l?île. En cas de cambriolage et d?intrusion sur votre propriété, composez le 999.

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