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«L?express» en quête du plat national des Mauriciens

28 octobre 2008, 01:00

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Aujourd?hui Divali, les familles mauriciennes vivront à l?heure du partage et des échanges. Nos plus aimables familles hindoues se feront un plaisir de partager avec leurs voisins, coreligionnaires ou pas, les gâteaux aussi nombreux que variés et succulents, préparés par elles pour le Dipavali ou Festival des Lumières (diva étant la lampe à huile utilisée dans les cérémonies hindoues pour vénérer les divinités). La réciproque n?est pas toujours au rendez-vous, tout comme le retour de l?ascenseur. Ces familles hindoues exemplaires n?en ont cure. Elles continuent, année après année, à multiplier les moutayes et à les partager en abondance, sans aucun souci de récompense et même de gratitude. Le bonheur de partager leur suffit.

Pour les familles non hindoues, le plaisir de pouvoir savourer ces douceurs inhabituelles l?emporte souvent sur le devoir de gratitude envers ce bel exemple de bon voisinage et d?esprit de partage. Ces moutayes sont tellement savoureux qu?ils sont engloutis avant même qu?on ait eu le temps d?esquisser un merci, même en esprit. La faute à trop bon. Pas gagne lé temps dire merci !

La succulence propre aux moutayes du Dipavali nous invite à rappeler le souvenir d?un débat alimentaire, initié par l?express en octobre 1983, en posant la question : Avons-nous un plat digne d?être appelé national ? Le Dr Philippe Forget lance alors ses meilleurs journalistes pour interroger autant le tout venant que les connaisseurs. Le résultat de ce micro-trottoir ne manque pas de surprendre. Ainsi un connaisseur, passant pour un maître en art culinaire, jette sans hésiter son dévolu sur? pouah !... le quatre-quatre manioc, relevé, il est vrai, de viande salée (introuvable en 2008). La masse ne le suit heureusement pas, optant plutôt pour le riz-curry ou encore pour le bouillon de brède-rougaille.

Le maître-queue insiste pourtant. Le quatre-quatre manioc serait endémique à Maurice. C?est que l?étranger aurait meilleur goût que nous. La daube seychelloise de manioc s?apparente tout juste à notre 4x4 bourratif et touffe-chrétien. La préparation en serait d?ailleurs différente. Pas cons, nos dalons. Mais pourquoi quatre-quatre ? Il paraît qu?il convient de couper le manioc en quatre parts égales avant de le cuire. L?express pousse l?impartialité et l?objectivité professionnelles jusqu?à concéder que la masse critique le conne tout : qualité gastronomique douteuse, décrète-t-elle. Nous pouvons difficilement lui donner tort.

Le grand public s?avoue friand de bon curry et nous le comprenons que trop. Je propose même, à la place de notre hideux (car non esthétique) quadricolore, un drapeau national blanc et safran (de g. à droite) avec au milieu du blanc une étoile surmontant la clef de la Mer des Indes, toutes deux de couleur safran. Motion à seconder pour qu?elle soit recevable. Unanimité donc sur le curry, tant dans l?assiette que flottant au bout du mât. Mais quel curry ? Tous les currys sont bons surtout quand ils fondent dans la bouche. Une petite préférence se dessine toutefois en faveur du curry poule, au souvenir des repas de famille pantagruéliques d?antan. C?est que, depuis, le poulet de table s?est autant démocratisé que le jambon jadis réservé aux seules fêtes de fin d?année. Au nom de cette même démocratisation, une petite majorité semble se dessiner en faveur du curry poule, élevé à la gloire du plat national, pour services rendus à la bonne humeur populaire et nationale. La devise nationale demeurant : ne jamais discuter avec un Mauricien ayant un creux à l?estomac.

D?autres connaisseurs acceptent le curry mais à condition de le mauricianiser davantage. Curry oui, mais de jaque ou de cerf. On prône même le curry di sang (tripes, foies, c?urs, gésiers, abats, etc.). Et ça se dit gourmet !

D?autres encore stipulent que la rougaille est une invention typiquement mauricienne. Ils ne font toutefois pas l?unanimité. Le touffé brède a ses partisans tout autant déterminés. Brède et riz font bon ménage. De plus, le brède (and breakfast) ne coûte pas cher. Arguments de poids, tout comme la facilité de cuisson. Aucun risque ou presque de brûler la casserole, pour cause d?oubli sur le feu. Certains déplorent la mise au placard du temps margoze. Viennent ensuite et en vrac les partisans du bâton brède mouroungue, de la sauce blanche de papaye, des boulettes de fruit à pain. Le camaron et le cerf sont rejetés par la masse parce que pas disponibles sur grande échelle (l?escabeau n?est pourtant pas fait pour les chiens).

Curieusement personne ou presque, en octobre 1983, ne prône comme plat national le riz brouillé, qu?on retrouve pourtant dans toutes nos communautés ethniques, sous forme de briyani, de riz pilaf, de pilau, de riz safrané, de riz persillé, de riz frit, de riz cantonais, de riz frit au poisson salé, de riz coloré saucisses bazar. N?oublions pas non plus la recette de salade de fruits d?Henri Souchon, permettant à chaque fruit d?ajouter sa saveur à celle des autres sans rien perdre de sa succulence spécifique.

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