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Absents des bancs avant 16 ans
La législation est claire à ce sujet depuis 2004. L?école est obligatoire jusqu?à l?âge de 16 ans. Tout du moins, dans le texte. Car dans les faits, ils sont nombreux ces adolescents à ne plus fréquenter les bancs de l?école au sortir du Certificate of Primary Education (CPE). Il n?y a pas de statistiques officielles à ce sujet. Néanmoins, plusieurs travailleurs sociaux parlent de plus d?un millier de jeunes adolescents ne fréquentant plus les établissements scolaires. En vérité, ils sont peut-être même davantage. D?autant que le système éducatif actuel, élitiste, laisse sur le carreau, dès le CPE, entre 25 % et 30 % des jeunes âgés de 9 à 12 ans.
L?ancien ministre de l?Education, Kadress Pillay, s?interroge sur la pertinence d?un système éducatif qui repose sur la sélection et non la certification d?aptitudes, comme cela devrait être le cas. «Il y a tout un ensemble de facteurs qui font de l?école obligatoire jusqu?à 16 ans un mythe. D?abord, le CPE ne devrait pas reposer sur la sélection car cela ne fait que retranscrire les inégalités sociales au sein du système éducatif. L?argent est un élément qu?on ne peut pas occulter dans l?éducation. Les enfants ne sont pas tous égaux. Alors, comment s?assurer qu?un enfant restera sur les bancs de l?école jusqu?à 16 ans si on tient compte du taux d?échec au CPE et de l?environnement socioprofessionnel ?»
En effet, le système éducatif actuel et les moyens des autorités ne permettent pas de garantir la présence d?un élève à l?école jusqu?à 16 ans. Par ailleurs, «rien ne sert à un élève d?aller jusqu?au School Certificate (SC)», estime Kadress Pillay. Selon lui, l?école aurait pu être obligatoire jusqu?à 14 ou 15 ans, soit l?année précédant la sélection des sujets à composer en SC. «Les enfants atteignent à cet âge la maturité neurologique suffisante à la prise de décision.»
Le spécialiste en sciences de l?éducation et ancien directeur de l?IVTB, Suresh Munbodh, se montre très ferme. «L?école n?est pas une garderie», tonne-t-il. Pour lui, la question de l?obligation de suivre une scolarité jusqu?à 16 ans se pose autrement. Il faut se recentrer sur l?enfant, fait-il entendre. «Le système éducatif actuel n?est pas adapté aux besoins très différents des élèves. Il n?est donc pas possible de garder un enfant en classe jusqu?à 16 ans s?il ne s?y retrouve pas dans ce qu?on lui enseigne en cours.»
Combattre l?absentéisme
Dans ce sens, Suresh Munbodh fustige la tendance générale du côté des professeurs à vouloir clore leur programme sans se soucier véritablement des différences de niveaux chez des enfants du même âge. Il lie cet état de fait à la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans, en ce sens qu?un élève «apprenant plus lentement doit malgré tout être acteur de son cursus. S?il ne l?est pas, il y a de fortes chances qu?il jette l?éponge». C?est pourquoi Suresh Munbodh plaide pour plus de flexibilité dans le système éducatif, afin que les élèves comprennent bien les enjeux d?une scolarité jusqu?à 16 ans.
Il précise que cette obligation correspond aux réalités socioéconomiques du pays. «Le contexte a évolué. Le pays a évolué. C?est pourquoi en décidant de rendre la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans, on a, en fait, voulu permettre aux jeunes générations de mieux répondre aux demandes du marché du travail. C?est un fait, on demande des personnes plus éduquées, mieux formées. Et rester sur les bancs jusqu?à cet âge permet, en théorie, d?acquérir plus de connaissances.»
Quoi qu?il en soit, il est difficile de prendre la mesure de cette décision. Malgré l?obligation faite, force est de reconnaître que tous les enfants de moins de 16 ans ne sont pas scolarisés à l?heure actuelle. «Il faut tenir compte du facteur social. L?absentéisme est plus important chez les élèves issus de milieux moins favorisés», laisse entendre Kadress Pillay. Et cet absentéisme, même justifié, «nourrit l?échec dans le sens où l?enfant, en revenant en classe, aura des difficultés à suivre l?enseignement», ajoute Suresh Munbodh.
C?est donc déjà l?absentéisme qu?il faut combattre. Mais l?enfant n?est pas seul visé dans ce cas. Les parents aussi doivent être sensibilisés aux conséquences d?un absentéisme trop fréquent. «C?est un problème culturel aussi. Comment faire comprendre à des parents qui vivent dans des périphéries ouvrières ou des villages excentrés que leur enfant doit aller à l?école jusqu?à l?âge de 16 ans ?» s?interroge l?ancien ministre de l?Education, Kadress Pillay. Suresh Munbodh abonde dans ce sens lorsqu?il prend l?exemple d?une mère de famille demandant à sa fille adolescente de garder les plus jeunes pendant qu?elle va faire les courses. L?illustration est éclairante dans la mesure où elle montre du doigt une réalité socioculturelle pétrie de désengagement vis-à-vis des institutions scolaires. On navigue dans une perspective d?échec tant au niveau des parents que de l?enfant.
Manque de moyens
Kadress Pillay estime qu?environ 75 % des jeunes âgés de 16 au plus sont dans le système scolaire. Cela supposerait qu?environ 25 % de jeunes ne fréquentent plus l?école. Cette estimation, toute personnelle, mériterait d?être confrontées à des chiffres officiels non disponibles pour le moment. C?est pourquoi l?ancien ministre appelle les autorités à «faire des évaluations de la situation» afin qu?on puisse s?assurer de la bonne mise en ?uvre de la mesure.
Le problème reste du côté des moyens. Le ministère de l?Education n?est, en effet, pas en mesure de garantir la scolarisation de tous les jeunes âgés de 5 à 16 ans. «Il faudrait légiférer, mettre en place des structure, assurer un suivi, prendre des sanctions si nécessaire», avance Kadress Pillay. Or, dans l?état actuel des choses, force est de constater que de nombreux jeunes adolescents ne s?asseoient plus sur les bancs de l?école sans qu?eux ou leurs parents soient inquiétés outre mesure.
L?application de la mesure en faveur de la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans est, au final, difficile à mettre en ?uvre. Difficile parce que les autorités n?ont pas les moyens suffisants pour garantir son application. Difficile parce que les parents ne prennent pas toujours la mesure de cette obligation, d?autant qu?ils ne sont nullement inquiétés par d?éventuelles amendes ou sanctions pénales. Difficile enfin parce que le système éducatif reposant sur l?élitisme ne permet pas à de nombreux enfants de poursuivre une scolarité au collège.
Les filières techniques ne sont pas nécessairement une panacée pour ces jeunes. De fait, ils sont exclus des filières généralistes. Ajoutons à cela un contexte social pénalisant et la raison pour laquelle certains ne continuent pas l?école saute aux yeux. «Il faut une volonté politique ferme pour avancer enfin sur ce dossier», résume Kadress Pillay.
UN SYSTEME QUI RESTE SELECTIF
■ La scolarité était d?abord obligatoire, à partir de 1997, de 5-6 ans à 12 ans. La scolarité au secondaire n?était donc pas obligatoire. Pour autant, cela ne signifiait pas que ces enfants déscolarisés venaient grossir les rangs des travailleurs peu ou pas qualifiés de la population active. L?emploi des jeunes est très réglementé, si bien qu?un enfant de moins de 15 ans ne peut travailler. Pour les adolescents âgés de 15 à 18 ans, l?emploi est soumis à des restrictions précises. Par contre, l?échec scolaire, et a fortiori l?abandon, sont des causes de la délinquance juvénile. Manifestement, l?échec scolaire est plus important dans les milieux défavorisés. Les couches sociales plus aisées peuvent prétendre à des établissements privés et sont mieux préparées aux différents examens qui émaillent la vie d?un élève. Le CPE est la première étape à franchir. Le taux d?échec est très élevé (30 % environ), ce qui fait dire aux observateurs, dont Cécile Mottier, licenciée en sciences de l?éducation, dans un rapport d?étude, que «le système éducatif mauricien est très élitiste et sélectif. Cela entraîne une très forte déscolarisation en fin de primaire due à l?échec au CPE. Par ailleurs, on note des redoublements massifs. Et les différences socioculturelles s?accentuent de fait». La décision de rendre obligatoire la scolarité jusqu?à 16 ans en 2004 visait, entre autres, à assurer une meilleure acquisition de savoir-faire par les élèves. Or, malgré la construction de plusieurs écoles pour accueillir les élèves qui auraient, peut-être, abandonné l?école, les autorités ne sont ni capables à l?heure actuelle de vérifier que chaque enfant de moins de 16 ans soient bien dans une salle de classe, ni aptes à contraindre les parents à les y envoyer.
LE CAS FRANÇAIS : REMOUS INITIAUX AUTOUR DE L?OBLIGATION SCOLAIRE
■ En France, la mise en place de l?obligation scolaire par les lois dites «Ferry» ne s?est pas faite dans le calme. En effet, à la fin du XIXe siècle (loi du 28 mars 1882), l?éducation sur une base universelle, gratuite et laïque, ne rencontrait pas un soutien sans faille. Pourtant, il s?agissait là d?une loi ne concernant que l?éducation primaire. Les jeunes adolescents, à cette époque, représentaient aussi une main-d??uvre non négligeable. Ce n?est qu?en 1959, par la promulgation d?une ordonnance, que la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans a été officialisée. L?éducation gratuite, universelle et laïque s?inscrit dans une logique très démocratique, en ce sens que son concepteur, Jules Ferry, voulait préserver la paix sociale par l?éducation, ne serait-ce qu?au primaire. L?allongement de l?obligation scolaire s?est fait progressivement. D?abord, les enfants devaient aller à l?école jusqu?à l?âge de 13 ans, exception faite de ceux qui avaient obtenu leur certificat d?études à 11 ans. En 1936, la limite passe à 14 ans avant d?être à nouveau repoussée à 16 ans en 1959. Toutefois, en France, lorsqu?on parle de l?obligation scolaire, cela ne signifie pas que l?enfant doit être nécessairement inscrit dans un établissement. Ainsi, ses parents peuvent décider de le garder à la maison et d?assurer son instruction. Dans ce cas, un suivi doit être mené. Pour que la vérification puisse être faite, les parents sont obligés de faire savoir au maire de leur localité ainsi qu?à l?inspecteur d?académie (équivalent de l?«education zone») qu?ils ont décidé de garder leur enfant pour assurer eux-mêmes l?enseignement. Au niveau des écoles, le personnel éducatif et pédagogique est tenu de rendre compte de l?assiduité de l?élève. Un absentéisme trop fréquent peut entraîner des sanctions pédagogiques à l?égard de l?élève. Le non-respect de la scolarité obligatoire constitue une infraction au code civil français passible d?amendes et d?un emprisonnement de huit jours. Dans les faits, c?est surtout le risque de perdre le droit aux prestations familiales (allocations pour les frais de scolarité à la rentrée définies en fonction du nombre d?enfants et des revenus du ménage) qui limite le non-respect de l?obligation scolaire. >Le cas français : remous initiaux autour de l?obligation scolaire
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