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Koz enn bon koze
> Jean Jacques Arjoon auteur-compositeur-interprète
«Dans la communauté, c?est pratiqué et même plus qu?on ne le pense. Mais il y a une hypocrisie d?Etat. Quand il faut injurier des gens au Parlement, on le fait en créole, mais pour les enjeux importants, exemple, l?éducation, on hésite au nom du communautarisme. Ce qui est à mon avis un faux enjeux car tout le monde veut que son enfant réussisse. S?il y a un semblant de pression contre la langue créole cela vient de la classe bourgeoise, qui veut rester à proximité du pouvoir. Imaginez une société où tout le monde serait alphabétisé, cala aurait été une menace pour la bourgeoisie, cela aurait remis en question l?ordre social .»
> Dev Virahsawmy poète, dramaturge
«La langue a dépassé la culture créole. Ce sont les afro-créoles qui nous ont donné la langue créole. Il ne faut pas oublier que la langue créole a trois fonctions : c?est la langue ancestrale des afro-créoles, c?est la langue maternelle de plus de 80 % de la population et c?est la deuxième langue des 20 % restants. C?est donc la seule langue qui est utilisée et comprise par la totalité de la population de la République de Maurice. Bien c?est un grand cadeau que les afro-créoles nous ont fait, elle n?appartient pas qu?aux créoles mais à la République de Maurice. Pour ce qui est de la langue, beaucoup de progrès a été fait, beaucoup reste à faire. Il faut qu?elle devienne un outil de literacy dans toutes les institutions primaires et en partie le secondaire.
Pour ce qui est de la culture, il y a d?autres dimensions à prendre en compte : la musique, la danse, une certaine façon de vivre que l?on connaît mal. Dans le village où j?ai grandi, Goodlands, j?ai connu une Matante Mimi qui parlait couramment le télougou, parce qu?elle vivait dans cet environnement-là. C?est la langue qu?elle utilisait pour s?adresser à mon grand-père. Pour elle, il n?y avait aucun problème à apprendre une autre langue. Les enfants et petits-enfants de Matante Mimi étaient des agriculteurs. Aujourd?hui, quand j?entend dire, «travay later pa zafer kreol sa», ça me fait rigoler.
Je crois qu?il faut une réforme agraire pour créer une nation mauricienne réellement indépendante parce qu?autosuffisante. Ce retour à la terre est un des grands éléments de la culture créole, qu?il faut encourager. Il y a d?autres aspects de la culture créole qui avancent trop lentement, comme la place du créole dans la liturgie catholique qui est très influencée par le français.
Il ne faut pas oublier la dimension sociale. On va me dire qu?il y a des pauvres partout. Il n?y a pas de pauvres chez les Blancs ou les Chinois alors que la majorité des afro-créoles est parmi les exclus et les marginaux. Célébrer la culture et la langue n?est pas suffisant s?il n?y a pas parallèlement un travail politique et social d?empowerment à travers la discrimination positive.»
> Alain Ah-Vee Ledikasyon Pu Travayer
«En général, il y a une évolution positive. Par exemple, le cours Introduction to creole studies qui a commencé l?année dernière et qui a été reconduit cette année. Et puis, à la demande du ministère de la Justice notamment, nous avons traduit leur notice pour l?état civil en créole. Il y a aussi des ministères qui font des affiches et des communiqués en créole. Au niveau de la presse, en particulier les radios privées, les émissions de débat sont en créole. Dans la presse écrite, les textes en créole envoyés par des lecteurs sont publiés. Il y a aussi des efforts au niveau des titres et des citations en créole dans un texte en français. On voit aussi des efforts pour une graphie harmonisée si je puis dire. Pour ce qui est de l?Eglise, où dans le passé on était carrément contre le créole, il y a eu un changement important. Le prevokbek utilise le créole. Mais il y a encore à faire surtout pour changer la politique linguistique de l?Etat. Le créole n?est pas à l?Assemblée nationale et pour ce qui de l?éducation, même si l?Etat ne dit pas qu?il est contre, le créole n?est pas reconnu. Il faudrait qu?il devienne un médium ? pas une béquille. Médium pour l?enseignement des sujets ? maths, histoire-géo?et en même temps un sujet en lui-même. Je crois qu?il y a plusieurs groupes qui travaillent chacun de leur côté. Il faudrait une action plus concertée pour faire pression sur les autorités.»
> Arnaud Carpooran «Associate professor» université de Maurice
«Que ce soit pour la langue ou la culture créole, c?est visible dans le social, dans les actions et interactions des gens. Elles ont une présence plus que massive. C?est du côté institutionnel que le problème se pose. Les institutions ne reconnaissent pas à sa juste valeur la place du créole. Tout le monde parle créole. Un exemple : sur le campus universitaire de La Réunion, on parle français, à Réduit on parle créole. Les hommes politiques à La Réunion s?adresseront aux gens à la télévision en français, ici, cela se fait en créole. A part le Bureau de l?éducation catholique et l?université de Maurice (NdlR : à travers le «Creole Studies»), les autres institutions ne suivent pas.»
INSTITUTIONNEL
La Journée internationale créole est reconnue à Maurice. Pour la célébrer, il a été décidé que le centre Nelson Mandela pour la culture africaine organisera un « programme culturel » demain, sur le terrain de foot de Grand Gaube. Encore un tam-tam populaire pour marquer ce qui est, certes une occasion festive mais aussi un moment de réflexion.
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