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DIVALI : Entre tradition et tiroir-caisse
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DIVALI : Entre tradition et tiroir-caisse
Guirlandes lumineuses, lampes de terre de taille variée et de couleur diverse, gâteaux traditionnels empaquetés dans des boîtes prêtes à offrir, ou encore des tenues indiennes des plus classiques aux plus « tendances ». Aucun doute, Divali, la fête de la Lumière est derrière la porte. Tous les commerces du pays pullulent d?idées pour attirer les clients. Et pour cause, Divali est la période faste qui permet de gonfler le chiffre d?affaires. Chacun veut donc toucher sa part du gâteau.
Un véritable réseau est en place afin d?assurer les commandes et livraisons en temps et heure des lampes, guirlandes, et autres pâtisseries. Les petits comme les grands commerçants « s?entraident ». Entreprises familiales, pour la plupart, comme notamment la petite échoppe où travaille Darmen. Installée au c?ur de la capitale depuis près d?une vingtaine d?années, elle grouille de monde. « Donn mwa ?new price-list? là ! » crie de manière insistante ce gérant de 28 ans. Des clients pressés sont venus de Rivière des Anguilles pour lui acheter une statuette d?une divinité hindoue. Il est difficile de se frayer un chemin entre les lampes à terre, les figurines de déités et les clients. Darmen explique que « le magasin connaît un franc succès pendant la période de Divali, mais travaillant avec des articles à petit prix, ses bénéfices se chiffrent à peine entre Rs 40 000 et Rs 50 000. »
Cette boutique se fournit en lampes de terre, auprès de Jagdeo Seebdoyal*, directeur d?une manufacture qui existe depuis une trentaine d?années. Sa production étant locale, il fournit un bon nombre de petits magasins dans tout le pays. Il réalise de ce fait un « maigre profit d?environ Rs 60 000. » Ceci étant, afin de requinquer ses bénéfices, il s?est lancé depuis peu dans l?importation de décorations lumineuses, de « pooja samaan » (camphres, encens, etc.).
Ces entrepreneurs doivent en effet se battre contre des géants qui réalisent près de Rs 500 000 et Rs 600 000 de recettes, rien que pour la période de Divali. C?est le cas d?Anil Omprakash*, gérant d?une des plus grosses entreprises importatrices de produits en tout genre : destinés aux prières, mariages et qui compte plus de cinq cents revendeurs à son actif. « Avec près de 23 ans de métier, les liens se sont tissés et renforcés » clame fièrement ce directeur.
Le « Divali business » étant une aubaine pour les détaillants, Priya Soobarah, directrice d?Anand Sweets n?a pas tardé à le comprendre. Elle confie que « sa production a boosté depuis l?ouverture du magasin il y a maintenant une année et demie ». Une deuxième succursale a ouvert ses portes voilà quatre mois et une troisième verra le jour sous peu. Interrogée sur le succès de son entreprise, Priya Soobarah estime que « c?est surtout dû au fait que de nos jours, de plus en plus de femmes travaillent, par conséquent n?ont pas le temps de confectionner des ?gato - patates?, ?laddoos?. »
Divali, jour de prière, mais aussi de fête. Qui dit fête, dit amusement. De plus en plus de familles préfèrent donc sortir d?une certaine routine en ce jour. Et les restaurants de certains hôtels s?enthousiasment à cette idée. Ainsi, l?Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice (AHRIM) n?a pas lésiné sur les moyens. Alain Langlois, président de l?AHRIM, nous décrit que « Des drapées soyeuses, statues de bronze, lampes traditionnelles, fresques indiennes », ornent sept restaurants aux quatre coins de l?île, afin de faire rêver Mauriciens et touristes. Pour la somme de Rs 750, on peut déguster un dîner concocté à l?occasion de Divali dans un décor digne des palais du Rajasthan. Certes vendre du rêve est un business qui rapporte et « mon fils prendra la relève de l?entreprise familiale » conclut Anil Omprakash, persuadé d?être sis sur une mine d?or.
- noms et prénoms fictifs
Harreeta CUNNIAH et Joëlle Elix
Manoj, 34 ans et Shweta, 25 ans
C?est leur premier Divali en tant que jeunes mariés, et Shweta et Manoj compte le fêter comme il se doit. Ainsi, ce couple de Quartier-Militaire fera quelques dépenses. Pour la décoration, les feux d?artifice, les pétards, ainsi que les lampes de terre traditionnelles, Manoj l?entrepreneur n?a pas hésité à débourser environ Rs 3 000. « Une fois dans l?année, cela ne fait pas de mal », s?enthousiasment les tourtereaux. Rs 2 000 supplémentaires vont être consacrées aux apparats, car « il faudra bien s?habiller pour se rendre chez les beaux-parents », renchérit Manoj.
Michael Momine, 40 ans
Cet entrepreneur de bijoux divers de Triolet, de confession catholique, n?a pas hésité à lancer une tradition depuis près de six ans. En effet, avec sa famille, à l?occasion de Divali, ils préparent des gâteaux traditionnels afin de les distribuer aux gens. Cette notion de partage, Michael l?a adoptée naturellement. « Il y a tellement de mariages mixtes dans la région que finalement tous s?adaptent à leur manière en décorant leur maison et préparant des gâteaux. C?est ça la nation mauricienne ! »
Dorine, 21 ans, et Frédérick, 22 ans
« On va en profiter pour manger des sucreries », plaisante Frédérick, livreur de métier. Pour ces jeunes, la journée est déjà programmée.
Les maîtres mots sont : famille, détente et balade nocturne pour voir les décorations et les maisons illuminées. Savourer les délices préparés et gracieusement offerts par les amis et voisins sera, bien évidemment, le plaisir gustatif inconditionnel de ce jour de fête.
Ambeegay, la quarantaine
« On va bien s?amuser ! » C?est en tout cas ce que prévoit cette mère de deux enfants. Elle avoue ne pas avoir de budget déterminé pour Divali, mais ne pas tomber pas dans l?extravagance non plus. « Rs 1 500 pour la décoration, et environ Rs 4 000 pour les nouveaux habits de la famille, c?est bien raisonnable », estime Ambeegay. Elle poursuit : « Nous nous rassemblerons avec toute la famille et nous irons à Quatre-Bornes et à Vacoas pour admirer les maisons décorées de lampes et de guirlandes lumineuses. »
Avec le côté commercial qui prend le dessus, les vraies valeurs du Divali tombent parfois aux oubliettes. Retour aux sources de la fête lumière.
Les préparatifs
Divali est célébré pendant la nuit la plus noire (karthik) du mois d?octobre ou de novembre. « Ce jour-là, les recipients cassés sont jetés et les gens en achètent d?autres en argent. Dans un verre d?eau, les gens mettent une feuille de tulsi, qui symbolise la pureté », explique le pandit Soopal, de Laventure. Ils prient ensuite Yumraj, le dieu de la mort. « On l?implore de nous pardonner nos péchés et de ne pas nous envoyer en enfer. Ainsi, 26 petites lampes sont allumées dans chaque recoin de la maison », ajoute le pandit. Le Divali, c?est aussi l?occasion de faire un grand nettoyage ? autant intérieur qu?extérieur, afin d?accueillir la déesse Laxmi.
La vénération de Laxmi
« Le Divali est un jour pour rappeler aux fidèles qu?ils doivent s?accrocher aux valeurs traditionnelles et religieuses », explique le pandit. La déesse Laxmi est donc vénérée comme « une princesse avec encens, fleurs, noix de coco et fruits. On lui chante des louanges. Elle représente l?abondance, la prospérité et on espère toujours obtenir sa grâce ». C?est une grande réunion familiale où chacun se recueille devant la statue divine. « On prie aussi pour la richesse, l?argent. A minuit, on attache une pièce de monnaie dans un mouchoir et on procède à des prières », confie le pandit Soopal. La présence de lumières lors du Divali revêt aussi une raison d?être spirituelle. « On allume une lampe et on prie Laxmi d?éclairer notre esprit. », poursuit le pandit Soopal. Il faut donc qu?il y ait une pureté dans l?esprit et dans les actions de chacun. De plus, la lumière symbolise aussi la victoire du bien sur le mal.
Les « mithaïs » offerts
Cette victoire est donc partagée à tous, à travers les mithaïs ou sucreries, qui apportent de la douceur. « Le jour de la fête, on prépare le kheer (riz au lait avec des fruits secs) et des gâteaux patates qu?on offre à Laxmi. En partageant les mithais, on renforce l?amitié avec les voisins », fait ressortir le pandit Soopal.
En ce jour de fête saris, churidhars et kurtas neufs sont de rigueur. Ces vêtements neufs rendent également hommage à la beauté de la déesse Laxmi.
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