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Pour un projet de sauvetage !

26 octobre 2008, 00:00

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La proposition de Jean-Claude de l?Estrac pour une refondation de notre modèle démocratique en s?inspirant du modèle politique de Singapour a le mérite de soulever un problème de fond. Elle devrait être débattue sans a priori, et avec le recul et la hauteur nécessaires, comme une voie de sortie possible du blocage « développemental » du pays. Oui, notre démocratie est pervertie par le poids écrasant de l?ethno-politique avec sa classe politique tenue en otage. Le pays a besoin d?un projet de sauvetage !

Pour assurer son développement afin de répondre aux aspirations de la population, le pays doit se donner les moyens de ses ambitions. On sait aujourd?hui qu?un développement digne de ce nom ? assurant l?égalité des chances et d?espérances et la justice sociale - passe par de nouveaux rapports Etat-marché. Tout comme on sait que dans l?environnement économique actuel, les maîtres mots sont et seront la compétitivité et la productivité. Il faut dès lors bâtir un Etat fort doté d?une réelle capacité institutionnelle pour réussir sur le front économique. Un Etat faible est aussi à l?origine des problèmes sociaux les plus graves : de la pauvreté à la sécurité en passant par la drogue et le sida?

La force du pouvoir étatique, c?est la possibilité de planifier et d?exécuter la politique, et d?imposer les lois de façon nette et transparente. Plusieurs pays d?Asie ont démontré que la « performance » est due à la qualité des institutions. A Singapour, la force de l?Etat a été sa capacité de formuler et de promulguer les lois, d?administrer efficacement et avec un minimum de bureaucratie, de contrôler la corruption en maintenant un haut degré de transparence et de fiabilité. A Singapour, on sait faire respecter les lois !

En démocratie, tout gouvernement est l?émanation du suffrage universel, et les élus sont mandatés par les citoyens pour veiller à l?intérêt général. Un Premier ministre, tout comme un ministre et un élu, représente tous les citoyens. Dans notre système politique, le processus amenant à la constitution d?un gouvernement à travers des élections démocratiques est perverti par l?ethno-politique. Les principaux partis politiques puisant l?essentiel de leur électorat dans une communauté en font leur fonds de commerce. Au bout du processus on se retrouve avec un Etat ethno-clientéliste ayant des valeurs et des pratiques contraires au principe républicain de l?égalité citoyenne concrète.

Or, pour progresser, un Etat fort et impartial est vital. La proposition de Jean-Claude de l?Estrac soulève une question fondamentale : la démocratie favorise-t-elle ou gêne-t-elle le développement. Les rapports développement-démocratie sont complexes. Certains soutiennent qu?une transition autoritaire est nécessaire pour réformer la société afin de contenir des demandes de bénéfices qui vont à l?encontre des objectifs de la réforme. Une autre école de pensée, dont fait partie l?économiste prix Nobel Amartya Sen, considère que la démocratie est à la fois un objet de développement en elle-même et un facteur de croissance économique. Quoi qu?il en soit, ce n?est pas l?autoritarisme qui détermine les résultats économiques, mais la qualité du chef autoritaire et des technocrates qui l?entourent et le conseillent. Singapour n?est pas les Philippines, car Lee Kwan Yew n?était pas Marcos ! De 1983-1990, pendant les années du « miracle économique », SAJ a exercé le pouvoir de manière autoritaire. Il s?était fixé des objectifs clairs en termes de développement économique et avait été ferme pour maintenir le cap, ne cédant à aucun chantage. Il y a eu des tentations de dérives, dont celle d?un culte de la personnalité. Depuis une quinzaine d?années, notre société est minée par l?émergence et le développement d?un populisme qui s?est mué en divers ethno-populismes ; ce phénomène est lié à une autre dynamique : celle de la démission et de l?abdication des élites. Ces deux dynamiques se sont télescopées quand une partie des élites - dont les élites politiques - au lieu de combattre les groupuscules et mouvements ethno-populistes, ont choisi la facilité des compromissions pour, à la fin, devenir des otages. C?était le début d?un dangereux engrenage.

L?ethno-populisme et son pendant, l?Etat ethno-clientéliste, ont et auront des effets dévastateurs. L?obsession d?analyser tous les problèmes ? et les solutions - qu?à travers des lunettes ethniques nous conduira à perdre la bataille sur plusieurs fronts vitaux comme la drogue, la sécurité, la pauvreté ; avec au bout, l?explosion d?une poudrière qu?on aura laissé se développer. Pour désamorcer cette dynamite qui mine dangereusement notre démocratie, sape profondément les fondements mêmes de notre société et hypothèque sérieusement le développement socio-économique, il faut une rupture.

La proposition pour refonder notre modèle démocratique avec la formation d?un gouvernement de salut public s?inscrit justement dans cette quête de rupture nécessaire. L?essentiel de l?argumentaire est le suivant : il n?y a pas de réelles différences programmatiques entre le PTr, le MMM et le MSM. Sortons du jeu combinatoire de deux-contre-un qui nous enferme dans le blocage sociétal pour un jeu d?union de trois. Sortons du jeu de la guerre des places qui s?appuie sur l?idéologie du « noubanisme » pour un projet de société fondé sur l?avancement du pays et la prospérité de sa population. Sortons d?un jeu d?exclusion partisane de compétences pour celui d?une inclusion-mobilisation de tous autour d?un grand dessein national. Imaginons les indispensables garde-fous contre toute tentative de « dérive totalitaire ».

Libre à ceux qui, par motivation pouvoiriste, aveuglement partisan ou des considérations de petite personne, persistent à jouer à l?autruche sur les graves dangers du jeu politique actuel ! Mais que tous les patriotes, dont ceux au sein de la classe politique tous partis confondus, participent à cette réflexion-débat de fond pour élaborer un projet de sauvetage pour notre pays.

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