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L?espoir malgré tout

25 octobre 2008, 20:00

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L?espoir malgré tout

Marcelin veut encore y croire : « Nous n?avons perdu qu?une bataille. Je reste convaincu que nous pourrons un jour retourner dans nos îles. » Réunis mercredi au quartier général du Groupe réfugiés Chagos (GRC), Marcelin et les autres ont attendu pendant de longues heures une délivrance qui n?est jamais venue. Le jugement rendu mercredi par la House of Lords a en effet mis un frein brutal à l?espoir d?une communauté exilée depuis plus de 40 ans. Et de cette vie de « paria » à Maurice, les Chagossiens n?en veulent plus. Un désarroi d?autant plus grand qu?ils se voyaient déjà sur un bateau, mettant le cap sur l?archipel qui les a vu naître.

Au lendemain de ce revers juridique, la communauté chagossienne à Maurice ne peut s?empêcher de s?interroger sur cette bataille que certains refusent de croire perdue d?avance. « Nous attendions énormément de ce jugement. Nous avions le sentiment que nous serions entendus, que notre terre nous reviendrait enfin. Nous avons eu tort », lâche Marcelin, sous le regard résigné de ses compagnons d?infortune.

« Nous ne pouvons pas avoir fait cela en vain »

Une déception qui n?a toutefois entamé ni leur détermination, ni leur espoir.

« Nous nous sommes tant battus depuis ces dernières années. Nous ne pouvons pas avoir fait cela en vain. Arrivera un jour où nous obtiendrons justice », laisse échapper, dans la foule réunie à Cassis, une Chagossienne visiblement déçue par le récent jugement de la House of Lords. Un sentiment partagé par la majorité de ceux venus prendre connaissance du jugement.

Et chez tous aussi, ce même ressentiment envers les autorités britanniques. « Ils nous ont toujours mis des bâtons dans les roues. Ils n?ont jamais voulu accepter leurs torts. Bien sûr que nous sommes déçus, mais nous ne baisserons pas les bras tant que nous n?aurons pas eu satisfaction », assure Rita, la mère d?Olivier Bancoult, âgée de 83 ans. Car malgré les déconvenues, les Chagossiens souhaitent reconquérir ce droit de retour tant espéré. « C?est ce qui me fait tenir », confie un Chagossien, natif de Peros Banhos, alors qu?un autre espère être encore vivant pour montrer à ses enfants « la terre de (leurs) ancêtres ».

Si d?aucuns estiment qu?Olivier Bancoult a « marqué des points » ces dernières années en intentant des procès contre les autorités britanniques, certains émettent le souhait de se ranger aux côtés du Comité social des Chagossiens de Fernand Mandarin et de l?Etat mauricien pour tenter d?obtenir par voie diplomatique le retour dans l?archipel. Car les Chagossiens entendent bien faire feu de tout bois. « S?il existe ne serait-ce qu?une possibilité que nous obtenions un jour le droit de retourner sur nos terres, nous devons la saisir. Et nous devons pour cela mettre de côté nos divergences », laisse entendre un membre du GRC.

Un cul-de-sac britannique

Ce jugement, mettant un point final au droit juridique des Chagossiens de retourner dans l?archipel des Chagos fait, semble-t-il, les affaires de ceux qui voient d?un mauvais ?il les méthodes employées par le leader du GRC pour tenter d?obtenir le droit de retour aux Chagos. « Ce jugement est un soulagement pour les intérêts mauriciens. Olivier Bancoult est entré dans un cul-de-sac britannique et il serait grand temps qu?il se ressaisisse », lâche pour sa part Me Hervé Lasémillante, conseiller légal du Comité social des Chagossiens.

L?homme de loi estime que si le jugement avait été rendu en faveur du GRC, le gouvernement mauricien aurait pu faire une croix sur sa revendication de souveraineté sur l?archipel des Chagos. Et d?ajouter : « Ce qu?il faut, c?est aider le gouvernement mauricien dans sa démarche de recouvrer les Chagos. J?ai d?ailleurs entendu dire que le parquet a déjà entamé des procédures en vue de renforcer nos visées diplomatiques et légales sur l?archipel des Chagos. »

Le chef de file du Comité social des Chagossiens, Fernand Mandarin, se veut quant à lui plus conciliant : « Il ne faut pas croire que je me réjouis de ce jugement, car il porte un coup dur à la communauté chagossienne tout entière. J?ai toujours été derrière l?Etat mauricien concernant la démarche de réclamer le droit de retour et de compensation. Je demande aujourd?hui à Olivier Bancoult de se joindre à nous pour soutenir l?Etat mauricien dans ce dossier. » Une invitation que d?aucuns interprètent comme un pied de nez au leader du GRC.

Olivier Bancoult, que nous avons vainement essayé de contacter, n?a pas caché sa déception à Duncan Campbell du Guardian qui l?interrogeait juste après l?annonce du jugement.

« Nous sommes profondément déçus. Il est hors de question de baisser les bras. » Un maigre espoir auquel se raccroche tout un peuple.

PARCOURS DE COMBATTANTS

2000. Un jugement de la Haute Cour britannique décrète que les Chagossiens ont le droit de retourner dans les 65 îlots à l?exception de l?île de Diego Garcia où se trouve la base américaine.

2004. Le gouvernement britannique utilise une prérogative royale pour annuler le verdict de 2000. Conséquence : pas question pour les Chagossiens de mettre les pieds dans l?archipel.

Décembre 2005. Les Chagossiens ne baissent pas les bras. Ils obtiennent le droit de contester la décision de 2004.

Mai 2006 Les Chagossiens remportent la joute devant la Haute Cour.

Février 2007 Le nouveau titulaire du poste de Foreign Secretary, Margaret Beckett fait appel.

Mai 2007. La cour d?appel rejette la demande du gouvernement anglais. Margaret Beckett a deux choix : soit jeter l?éponge, soit recourir à la House of Lords. Entre-temps, une nouvelle lueur d?espoir va renforcer l?imminence d?un retour. John Howell, ancien directeur de l?Institut du développement outre-mer, écrit dans un rapport que l?implantation des Chagossiens dans leur île natale est possible.

Juin 2008. Mais le gouvernement britannique choisit d?affronter les Chagossiens devant la House of Lords.

22 octobre 2008. Olivier Bancoult qui a symbolisé l?espoir de tout un peuple perd le combat. Les lords donnent gain de cause au gouvernement anglais.

LES CHAGOSSIENS DANS LA PRESSE BRITANNIQUE

Olivier Bancoult et les Chagossiens ne sont pas des inconnus pour la presse britannique. Pour s?en rendre compte, il suffit de faire un tour sur les chaînes satellitaires et sur Internet. Le verdict de la House of Lords n?a pas été traité comme un simple fait banal. Il était en une sur la British Broadcasting Corporation. Le site de la chaîne n?en a pas fait moins. Les textes archivés contribuent à une meilleure compréhension du combat que les Chagossiens ont mené jusqu?ici.

Sur le Guardian, outre la nouvelle du jour, Duncan Campbell met en perspective le combat des Chagossiens et il précise que ces derniers « may now go to human rights courts ». Du côté du Daily Telegraph, un titre en trois mots, Islanders denied justice suffit pour résumer tout le drame humain et émotionnel que le jugement de la House of Lords a occasionné. Dans cet article, David Snoxell, ex-haut-commissaire à Maurice qui s?est engagé du côté des Chagossiens, laisse libre cours à sa déception.

Par ailleurs, David Snoxell s?est aussi exprimé dans un billet dans le Times. 267 mots ont suffi pour figer sa colère dans un texte intitulé A sad verdict for the native Chagossians. Ses mots y sont cassants. « It is a pyrrhic victory », scande-t-il.

Une expression anglaise pour qualifier une victoire qui cause tant de préjudice au vainqueur qu?elle en devient insignifiante. Lui emboîtant les pas dans la même rubrique, Leo Jones de Wales qualifie les résultats de ce verdict de « disgusting ».

D?autre part, les lecteurs du Daily Telegraph ont été nombreux à s?exprimer sur le sujet. « Grande-Bretagne, où est ta justice ? », s?écrie Shridhar Rao. « Il paraît qu?il y a peu de justice dans ce verdict. On a l?impression que c?est la loi de la jungle où les plus forts sont toujours les gagnants », soutient Simon Marshland. The Independent n?a pas été moins dramatique que le Daily Telegraph. Tout l?art du titrage est illustré dans le Law Lords quash Chagos exiles? hopes for return, un titre qui communique en une phrase, l?effritement de l?espoir de tout un peuple déraciné.

QUESTIONS A : ANIL GAYAN, EX-MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

« Le droit de souveraineté de Maurice sur les Chagos reste intact »

Le jugement de la House of Lords a-t-il des implications directes sur le droit de Maurice de réclamer sa souveraineté sur l?archipel des Chagos ?

Il faut situer ce jugement dans son contexte. C?est le résultat final d?un procès qu?un citoyen britannique ? Olivier Bancoult ? a intenté à son gouvernement. Le gouvernement de Maurice n?est pas partie prenante de ce procès. Il n?est pas engagé solidairement avec Olivier Bancoult dans cette affaire. Donc, le droit de souveraineté de Maurice sur les Chagos reste intact.

Quelle devrait être la stratégie du gouvernement mauricien dans sa quête pour revendiquer sa souveraineté sur les Chagos ?

C?est dans le domaine de la diplomatie que le gouvernement mauricien devrait engager le combat pour récupérer ses droits sur l?archipel des Chagos. Il n?y a aucune dissension entre les partis politiques de Maurice concernant la souveraineté du pays sur cet archipel. Ce consensus devrait nous aider à mettre toutes les chances de réussite de notre côté et à faire appel à nos meilleures compétences. Il nous faut exercer une pression diplomatique sur la Grande-Bretagne.

Les pourparlers ne devraient plus se faire entre Port-Louis et Londres seulement. Ils devraient inclure également les Etats-Unis d?Amérique. Ces pourparlers doivent être engagés dans les plus brefs délais. Il ne reste que huit ans pour que la durée du bail accordé par la Grande-Bretagne aux Etats-Unis n?arrive à expiration. Cette date butoir arrive à grands pas. Si on n?y prend pas garde, elle risque de nous rattraper.

Y a-t-il une option phare autour de laquelle cette revendication devrait s?articuler ?

Il n?y a pas qu?une option. Il y en a plusieurs. Cependant, je me permets d?en suggérer une. Il n?est pas impossible d?imaginer que le gouvernement britannique puisse se prononcer pour un renouvellement de la location à bail de l?archipel des Chagos aux Etats-Unis. Au cas où cette possibilité serait inscrite à l?ordre du jour de la diplomatie britannique, le gouvernement mauricien devrait obtenir la garantie qu?elle ne se fasse sans son consentement.

Aujourd?hui, quels sont les recours qui restent à Olivier Bancoult ?

Il peut saisir la Cour européenne des droits de l?homme. Cette instance est en mesure de renverser le verdict de la House of Lords. Mais il serait souhaitable qu?à l?avenir Olivier Bancoult révise son approche. Même s?il n?a pas de lien de sang avec la Grande-Bretagne, il peut opter pour la nationalité britannique. C?est une astuce juridique. Cependant, le combat pour la récupération des Chagos implique également la revendication de la souveraineté de l?Etat mauricien sur ce territoire. Ce combat doit être mené sur deux fronts. Il faut qu?il en tienne compte.

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