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Sarkozy l?Européen

23 octobre 2008, 00:00

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Quand il était à l?intérieur ou aux finances, Nicolas Sarkozy rongeait son frein durant les interminables réunions auxquelles il devait assister à Bruxelles. Maintenant, il a visiblement pris goût à ces réunions, surtout depuis qu?il les dirige comme président du Conseil européen.

Las ! les traités sont impitoyables. Pour que tous les Etats membres de l?Union, grands ou petits, soient placés sur un pied d?égalité, les Européens ont inventé la présidence tournante, tous les six mois. Fin décembre, M. Sarkozy devrait rentrer dans le rang.

C?est une perspective qui ne l?enchante guère, alors qu?il se sent dopé par l?odeur de la crise. Qui plus est, il devrait passer le flambeau de la présidence à la République tchèque, un pays qui, à ses yeux, cumule les inconvénients. C?est un ?petit?, un nouveau venu dans le club, qui n?a pas adopté l?euro et dont le président, Vaclav Klaus, est un eurosceptique avéré. D?où l?idée suggérée en filigrane dans le discours que M. Sarkozy a prononcé comme ?président de l?Europe?, le mardi 21 octobre, devant le Parlement de Strasbourg : il deviendrait président de l?Eurogroupe jusqu?à ce que la présidence tournante revienne à un pays de la zone euro, c?est-à-dire pendant encore un an au moins.

M. Sarkozy a ainsi inventé, à son profit, la présidence stable de l?Europe que le traité de Lisbonne aurait instituée s?il n?avait été rejeté par les Irlandais. Pour faire bonne mesure, le président français a aussi proposé de transformer cet Eurogroupe en un ?gouvernement économique européen?, de créer des fonds souverains en Europe pour investir dans les secteurs clés, de mettre en ?uvre une politique industrielle européenne. De vieilles idées françaises qui sont de véritables chiffons rouges agités devant nos amis allemands.

Mais le chef de l?État n?en a cure. Il est convaincu de la pertinence de ses propositions et de l?efficacité du volontarisme. Il sait que toutes ses suggestions ne seront pas retenues, mais que nos partenaires ne peuvent pas toutes les refuser. Proposer, proposer, il en restera toujours quelque chose... La tactique a fonctionné dans la tempête. Le calme revenu, la bonne vieille recette qui a fait l?Europe pourrait toutefois s?avérer la meilleure. Elle s?appelle modération et compromis.

<B>© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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