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L?interdit suprême

23 octobre 2008, 00:00

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Honte, opprobre, infamie, déshonneur ultime, blessure à vif dans la chair et dans la tête. L?inceste est vécu comme un drame d?une violence psychologique extrême. Il nourrit en plus le silence. Il enferme la victime dans un mutisme parce qu?il est tabou. Un tabou absolu.

L?inceste est la transgression d?une loi sociétale. Elle brise l?interdiction fondamentale qui régit la cellule familiale et la société dans son ensemble. C?est pourquoi l?inceste est aussi un délit pénal. Dans ce genre de cas, la reconstruction psychologique de la victime, même consentante, est difficile. La représentation de la norme sociale vole en éclats.

On navigue donc dans les eaux troubles d?une sexualité en déphasage total avec la norme. La victime, a fortiori mineure, est prise en étau entre l?amour des siens et la culpabilité. De fait, les conséquences post-traumatiques sont énormes. La relation incestueuse impose le silence et fait naître des troubles du comportement, une ambivalence. La parole est l?une des manières de renouer avec la vie. Cette phase d?acceptation, par laquelle on nomme les choses, n?est pas aisée. Elle procède d?un processus psychologique long et douloureux.

<B>Perte des repères</B>

Selon la psychothérapeute Jaya Balgobin, il existe des facteurs à risques pouvant mener à l?inceste. «Il s?agit d?agents favorables, mais non systématiques. La présence d?un beau- père dans la cellule familiale, l?absence de la mère biologique, l?abus d?alcool ou de drogues, la promiscuité ou l?histoire personnelle de parents eux-mêmes abusés dans leur jeunesse, sont des facteurs qui peuvent y contribuer. »

Un enfant ou un adolescent séduit ou sous le contrôle d?une personne plus âgée avec laquelle il aura une relation incestueuse perd les repères sociaux qui font la famille. C?est notamment cette domination (autorité parentale ou morale, âge, lien affectif fort) qui précipite la destruction psychique du mineur.

«L?inceste et le meurtre sont les deux interdits qui sont les fondements de la civilisation. Pour qu?une société puisse fonctionner, il faut qu?il y ait des lois, donc des interdits et des sanctions. Ceux qui transgressent doivent bien sûr connaître la loi. Un enfant par exemple ne comprend pas nécessairement le type de relations qui existent entre les membres de la famille et peut être facilement manipulé pour accepter d?être touché par un parent proche et même d?en garder le secret», fait ressortir l?Ombudsperson pour les enfants, Shirin Aumeeraudy-Cziffra.

C?est cette manipulation psychologique qui permet à l?adulte de profiter de l?enfant. Il a une représentation fausse de la cellule familiale dans laquelle il se place en figure incontestable de l?autorité. «Le Dr Diana Rusell, experte en la matière, explique dans une étude qu?elle a réalisée en 1986 que les pères incestueux considèrent leurs enfants comme une simple extension d?eux-mêmes. Ce sentiment de propriété annihile l?individualité propre de l?enfant. Cette image de l?autorité absolue leur donne tous les droits. C?est en fait un exercice du pouvoir. Dans cette optique, ils peuvent s?arroger le droit de relations sexuelles. Le sexe est un outil de l?exercice du pouvoir et non pas un moyen d?assouvir une pulsion charnelle. »

L?inceste est donc une manière d?exercer un pouvoir absolu sur une personne plus faible. Que la victime soit séduite ou forcée, il n?en demeure pas moins qu?elle est abusée psychologiquement, et physiquement. Du côté de l?agresseur, «il n?y a pas le sentiment d?être coupable d?un délit. En fait, toutes les violences reviennent à cette thématique du pouvoir, de contrôle de l?autre. Le sexe n?est qu?un outil ».

<B>Comment faire confiance après ?</B>

Du côté de la victime, les réactions ne seront pas les mêmes. La résilience à un tel choc psychique est loin d?être évident. «Bien qu?il n?y ait pas de stéréotype, on constate quelques réactions communes. À court terme, la peur, la dépression, la colère, des comportements sexuels anormaux. À long terme, la dépression mènera à un désordre psychologique plus fort (post-traumatic stress disorder), sentiment de culpabilité, abus de substances nocives, volonté d?autodestruction, perte de l?estime de soi », détaille Jaya Balgobin.

La reconstruction psychologique après un tel trauma est très difficile. «Comment faire confiance à autrui alors qu?on a été trompé par ceux qui auraient dû nous protéger ? », lance très justement la psychothérapeute. Clairement, le processus de reconstruction passe par la parole. Mais il est long et dur. N?oublions pas que l?inceste est considéré comme un « meurtre psychique ».

Le fait que la norme sociale et familiale ait été piétinée, niée, ne favorise pas une réhabilitation rapide. Le drame vécu s?inscrit dans l?esprit et le corps de la personne abusée. Il devient un vêtement abject, une souillure, qui colle à la peau.

« L?environnement dans lequel évolue une personne victime d?inceste est primordial à la reconstruction. Il faut un soutien sans faille. Au cas contraire, la reconstruction psychique est sans conteste plus difficile », souligne Jaya Balgobin.

À bien des égards, l?inceste est un tabou fondamental dans la société. C?est un crime encore mal défini dans la loi. Mais au regard des règles sociétales, mêmes tacites, l?inceste est clairement considéré comme une déviance ultime, un climax dans la transgression sociale.

La prévention ne peut pas grand-chose contre cela. Par contre, les lois peuvent faire une mention spécifique de ce délit. Et au niveau de la cellule familiale, c?est à ceux qui ont des doutes d?ouvrir les yeux, quand bien même on tient à l?honneur familial.

<B> L?inceste dans la législation d?autres pays</B>

Dans tous les pays, l?inceste constitue une infraction grave aux bonnes m?urs ou plutôt à la norme sociale. Les législations de plusieurs pays font une mention explicite de ce délit puni par la loi. À noter que l?âge des personnes impliquées compte dans la plupart des cas dans la mesure où la maturité sexuelle est atteinte entre 18 et 21 ans. Au Canada, l?inceste, rapport sexuel entre deux personnes ayant des liens de sang, est un délit rapporté au code criminel. À l?inverse, les codes civil et pénal français ne mentionnent pas l?inceste en tant que tel. Par contre, le fait qu?«un ascendant légitime naturel ou adoptif ou toute personne ayant autorité sur la victime» commette une agression sexuelle sur mineur constitue une circonstance aggravante. Cela dit, une relation sexuelle incestueuse consentie entre deux individus majeurs (majorité sexuelle reconnue à 18 ans) n?est pas une infraction aux législations en vigueur. Cependant, le mariage entre parents de ligne directe est proscrit. En Autriche, l?inceste est considéré, littéralement dans la langue, comme «le déshonneur du sang». Le code pénal autrichien prévoit des peines d?emprisonnement selon les circonstances de l?inceste, entre 6 mois et trois ans, selon la parenté impliquée et le contexte (séduction, viol, abus d?autorité?).

<B> La loi mauricienne</B>

«Ce n?est pas un délit mais un crime car c?est très grave et la sanction est la réclusion criminelle. Jusqu?en 1990,ce crime ne figurait pas dans la loi. Il y a été introduit à l?article 249 (5)a du code pénal qui le définit comme des relations sexuelles avec des specified persons, dont la liste se trouve dans le Code civil. Il s?agit de tous ceux qu?on n?a pas le droit d?épouser. Mais comme vous le constatez la loi ne mentionne pas le mot inceste, alors qu?il aurait mieux valu appeler les choses par leur nom. D?ailleurs aujourd?hui, la liste va bien au-delà de celle concernant le mariage car il peut s?agir d?un enfant adopté ou vivant sous le même toit, sans qu?il n?y ait de problèmes de consanguinité», explique Shirin Aumeeraudy-Cziffra, Ombudsperson pour les enfants.

La consanguinité n?est donc pas le seul critère de définition de l?inceste. Les liens familiaux engendrés par le remariage, le concubinage, etc., peuvent aussi entraîner la classification de l?abus sexuel sous le titre d?inceste. En fait, ces personnes n?ayant pas de liens de sang évoluent au sein de la cellule familiale et de fait la promiscuité et le lien contractuel (civil, religieux?) qui unit les deux parents, est suffisant pour que le beau-père, le concubin (e) ou la belle-mère abuse de son autorité et commette un inceste. Dans ce sens, «le nouveau projet de loi devrait normalement augmenter les peines pour les crimes commis par des personnes en position d?autorité et de pouvoir», précise Shirin Aumeeraudy Cziffra. Il semble donc assez évident qu?un abus sexuel sur mineur est plus grave lorsque l?auteur est proche de l?enfant. La relation de confiance sert à des fins condamnables.

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