Publicité
?Les principes des arts martiaux transcendent le temps?
Par
Partager cet article
?Les principes des arts martiaux transcendent le temps?
■ Peut-on vivre en 2008 selon un code de conduite et des valeurs propres aux arts martiaux ?
Si nous remontons aux sources, nous voyons que la notion d?art martial n?est ni plus ni moins que l?art de la guerre ou l?art militaire. De nos jours, cette notion a peut-être été dénaturée car, quand on se réfère à un art martial, on a tendance à penser à la pratique d?une discipline particulière dans son aspect technique - le karaté, le kung fu, le ju jitsu etc - ou pire à la pratique d?un sport basé sur les disciplines précitées. Parler des valeurs propres aux arts martiaux, c?est leur redonner leur définition originelle. L?art martial ou l?art de la guerre est basé sur la Voie de la Guerre, le Budo (Bu signifie guerre, Do signifie Voie) qui pose donc le code de conduite et les principes et valeurs de l?art martial que le guerrier se doit de suivre et d?appliquer ? cela s?appelle le Bushido, la Voie du Guerrier (Bushi signifie guerrier et Do signifie Voie). Elle conduit, avant tout, au salut ou la rédemption et permet aussi de sortir victorieux d?une guerre.
La guerre était chose commune dans le passé. Les arts martiaux prirent donc naissance tout simplement pour la survie et le salut. Et aussi étrange que cela puisse paraître, en notre époque plus calme et paisible, où les guerres ne font plus rage comme avant, ce code de conduite et les principes des arts martiaux sont aussi pertinents qu?ils l?étaient d?antan. Ils transcendent le temps et sont applicables et adaptables à toute situation aussi bien en temps de paix qu?en temps de guerre. Je dirai qu?on peut effectivement vivre en 2008 selon ce code de conduite.
« La notion de la non résistance traduit bien la philosophie du jiu jitsu ainsi que ses techniques de combat »
■ Quelles sont ces valeurs ? Comment interviennent-elles dans la vie de tous les jours ?
Si l?on pose comme principe que la Voie Martiale est la Voie ? au Japon connue comme le Do, en Chine connue comme le Tao ou Dao ? ou la route vers le salut, le cosmos ou le paradis, il est plus ou moins aisé de saisir le contenu de ce code de conduite et de ces valeurs. Pour résumer, ces valeurs ou principes peuvent être classés en deux volets : (i) un code moral ou d?éthique qui comprend des valeurs intrinsèques et (ii) la Voie de la Stratégie qui a trait à la stratégie militaire. C?est l?adoption de ces valeurs qui assure la victoire, avec pour conséquence immédiate la survie, la conséquence la moins importante, et pour conséquence ultime le salut, la conséquence la plus importante. Le code moral comprend bien évidemment toutes les caractéristiques idéales chez l?être humain. Elles peuvent être facilement identifiées mais difficilement acquises. Le courage, la bienveillance, l?honneur, le respect, la loyauté, la gentillesse, la modestie, le sens du devoir et le détachement n?en sont que quelques exemples. Il est important à Maurice d?y ajouter expressément la non-discrimination sur quelque base que ce soit.
■ Y a-t-il d?autres valeurs qui entrent en jeu ?
A ces valeurs s?ajoutent, particulièrement en ce qui concerne le guerrier, l?acceptation résolue de la mort et le développement de l?énergie vitale : le ki. Ces valeurs ne sont pas propres aux arts martiaux et constituent bien évidemment aussi les enseignements de tout code moral indépendamment des religions ou des philosophies. En suivant la Voie martiale, le guerrier devait acquérir ces valeurs et ces principes qui sont classés comme entraînement interne. Ensuite, la stratégie militaire était bâtie sur ces valeurs internes et consistait dans les entraînements assidus, physiques et techniques, avec ou sans armes. La Voie de la Stratégie enseignait aussi d?autres principes : qu?il fallait toujours être prêt - connaissance de ses moyens, du terrain, des alentours, des adversaires - afin entres autres de pouvoir surprendre l?adversaire et ne pas se faire surprendre ; le timing, l?emploi des guerriers à des postes appropriés, l?utilisation des espions etc. La stratégie militaire enseignait aussi que le guerrier devait aussi être un intellectuel et apprendre d?autres arts que l?art de combattre, pour avoir la connaissance et être intelligent.
■ Qu?est-ce que le ju jitsu ?
Plusieurs définitions, très proches en fait les unes des autres, ont été données : l?art de la souplesse, l?art de la flexibilité, l?art de la non résistance. Bien que ces notions soient presque similaires, je préfère, quant à moi, la définition qui utilise la notion de la non résistance car elle traduit bien la philosophie du ju jitsu ainsi que ses techniques de combat. Philosophiquement, cette définition traduit l?idée d?éviter ou d?esquiver des confrontations directes afin de vaincre son adversaire, l?art de vaincre sans combattre : ?To fight and conquer in all your battles is not supreme excellence; supreme excellence consists in breaking the enemy?s resistance without fighting? (Sun Tzu, The Art of War). Techniquement, le ju jitsu consiste en des techniques permettant de puiser dans la force de son adversaire pour le vaincre. Ainsi, si on est poussé par l?adversaire, on n?y résiste pas, mais on utilise la force qu?il utilise pour pousser pour le tirer et ensuite pour appliquer soit un coup (atemi), soit une clé, ou une projection, soit les trois successivement. Le tirer ne devient pas difficile puisqu?il exerce déjà sa force dans la même direction pour pousser. Inversement, si l?adversaire nous tire, on n?y résiste pas, on va dans cette direction et utilisant cet élan, on le pousse. Des adages comme « on ne livre pas combat contre un adversaire mais avec un adversaire », « il faut s?unir avec son adversaire pour ne devenir qu?un» sont les principes qui régissent les techniques du ju jitsu.
■ Pourquoi avoir choisi cette voie plutôt qu?une autre ?
Je crois plutôt que c?est cette voie qui m?a choisi. J?y suis, par la suite, resté pour les raisons évoquées plus haut. Cette idée de non résistance dans son aspect philosophique et technique me plaît. Qui plus est, techniquement, le ju jitsu est un art complet en ce sens qu?il comporte des coups de poing, des coups de pieds, des projections, des clés, le travail au sol, les étranglements, les armes, bref tous les aspects du combat d?où son réalisme et sa grande efficacité qui sont deux caractéristiques que je recherche particulièrement dans un art martial. J?ajoute tout de suite que j?ai un profond respect pour tous les arts martiaux. En définitive, c?est une question d?opinion et de « goût ». Il faut dire aussi d?ailleurs que les arts martiaux se rejoignent de plus en plus et c?est tant mieux ; il s?agit d?être dynamique et prendre tout ce qui est bon et rejeter tout ce qui ne l?est pas, au lieu de rester enfermé dans des soi-disant frontières infranchissables : c?est ainsi que le « Mixed Martial Arts » prend de l?ampleur. Comme le nom l?indique, c?est un mélange de différents arts martiaux dans la recherche de l?efficacité, démontrant par là que tout art martial a quelque chose à offrir et qu?il s?agit d?y puiser et de mettre en oeuvre.
« Le ?Mixed Martial Arts? prend de l?ampleur »
■ Chez soi, y a-t-il un mode de vie ju jitsu ?
Le bon jujitsuka pratique son art à chaque instant de sa vie. Il y a bien donc un mode de vie ju jitsu mais qui n?est pas particulier au ju jitsu. Le code moral ou d?éthique n?est pas, comme on l?a dit plus haut, particulier au ju jitsu.
■ Y a-t-il une différence entre le ju jitsu, art martial, et le ju jitsu de compétition ?
Dans certains aspects oui, dans d?autres non. Les deux ont un socle commun sur le plan philosophique. Si en matière d?art martial on parle du code d?honneur, en matière de compétition on parle du « sportsmanship » et du « fair-play ». Les principes s?apparentent et permettent d?aller vers la Voie. Sur ce plan, les deux ont la même finalité. Mais sur le plan de l?objectif à court terme, leurs finalités ne sont pas les mêmes : l?art martial se pratique essentiellement pour assurer sa survie, la compétition se pratique en vue de devenir le champion ou de décrocher la médaille d?or.
Même dans les compétitions dites « no holds barred », où tous les coups sont censément permis, il y a certaines techniques qui sont interdites. Ces techniques sont en fait les techniques les plus efficaces, les plus dangereuses et donc les plus réalistes, si l?on se retrouve dans une situation où on combat pour sa survie ? piques aux yeux, coups à la gorge, aux testicules, aux genoux, coups de tête, morsures, utilisation des ongles etc... Qui dit compétition dit discipline sportive qui doit avant tout être une pratique sans danger ; par conséquent, les règlements en matière de compétition doivent être approuvés. C?est pourquoi celui qui pratique la discipline sportive doit aussi pratiquer le ju jitsu, art martial, à moins que le pratiquant en toute connaissance de cause ne veuille faire que de la compétition, dans lequel cas, il doit connaître et reconnaître les limites de la discipline sportive quand il s?agit de se défendre « dans la rue ».
"Le bon jitsuka pratique son art à chaque instant de sa vie "
■ Quand a été introduit le ju jitsu de compétition ?
Le ju jitsu compétition a toujours existé, depuis la création de l?art martial. Auparavant, les guerriers voulaient se mesurer entre eux. Cependant, il n?y avait pas de règles et donc la pratique était très dangereuse et finissait par des fractures ou même la mort. De nos jours, bien évidemment, la compétition est réglementée afin d?en faire une pratique sportive sans danger. Il faut savoir qu?il y a plusieurs types de compétitions en ju jitsu avec différents règlements dépendant des fédérations et des pays et dépendant aussi du statut de la compétition, si elle est professionnelle ou pas. Les compétitions professionnelles sont celles où les prix sont des cachets d?argent. Ce sont des compétitions « full contact » donc moins réglementées et plus dangereuses.
En dehors du circuit professionnel, il existe encore une fois plusieurs fédérations internationales qui organisent leurs compétitions. A mon avis, la Fédération Internationale la plus connue et la plus reconnue est la Fédération Internationale de Ju jitsu (JJIF), tout simplement, parce que la JJIF est la seule organisation qui représente le ju jitsu aux World Games qui seuls opèrent sous le patronage du Comité International Olympique.
■ Quelles sont les composantes du ju jitsu de compétition ?
Au sein de la JJIF, il existe deux formats de compétition : (i) le Fighting et (ii) le Duo. Brièvement, le fighting comporte trois parties : (a) atemis (poings, pieds) ; (b) projections (c) travail au sol. Le Duo es, comme le nom l?indique, un travail à deux où les attaques sont prédéterminées et classées en quatre catégories : (a) prises ; (b) saisies ; (c) atemis (poings et pieds) ; (d) armes (couteau et petit bâton). Il s?agit de présenter des défenses contre ces attaques et le Duo est jugé sur la base des critères comme l?efficacité, le réalisme, la vitesse, le contrôle, les techniques.
Publicité
Publicité
Les plus récents