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Microcosme
<B>Par Robert D?ARGENT</B>
Un peu comme l?heure à notre montre comparée à l?heure zodiacale, un peu comme l?île Maurice, point posé sur la Terre, le sport est un microcosme dans un macrocosme et renseigne sur l?état du monde tant extérieur qu?intérieur.
Il ne progresse pas ? tout comme le monde d?ailleurs ? par manque d?unité. D?unité par en haut. Les conflits de personnalité qui ravagent la vie fédérale et les relations à tous les niveaux sont la résultante de notre culture des différences. Il ne faut voir en ces conflits rien d?anormal. Il serait anormal en fait que tout le monde s?entende quand la division est devenue une entreprise explicite et implicite.
Cette incapacité à s?unir pour une même cause nous conduit petit à petit à la ruine. Notre éducation profane nous enseigne à prendre place dans la société mais pas dans le monde dans son ensemble. Elle nous apprend à compter surtout, la plus mauvaise façon qui soit de vaincre nos peurs, la plus grande peur étant la peur de l?inconnu.
Le rire, même idiot, est l?antidote de la peur, l?instinct grégaire l?antidote de la solitude. Comme il est rassurant de se sentir moins seul et d?avoir autour de soi des gens identiques à soi extérieurement et qui sont en quelque sorte des symboles sécurisants. D?aucuns comptent les carats de leur épiderme, s?extasient devant la sonorité de leur patronyme ; d?aucuns se sentent forts à côté de leur compte en banque et de leur position sociale ; d?aucuns crient qu?ils sont en vie en écumant jouissance après jouissance. Ce qui n?empêche ni ne vainc nullement la peur. Nous vivons sur une île où nous avons encore peur du nom de notre voisin.
Comment bâtir une nation quand dans la confusion ? une confusion entretenue de façon machiavélique ? culture, art, religion, ce qu?il y a de plus hautement signifiant, sont réduits à l?état d?un cocktail, détonnant certes, mais ô combien opposé au sens véritable des éléments ainsi monstrueusement mélangés ?
Le drame est que nous regardons tous vers le bas. Or, en bas, il n?y a pas deux paysages qui se ressemblent. Nous pouvons tous en faire l?expérience. Sous un pont coule la même rivière mais jamais la même eau. S?identifier au bas, à l?extérieur, c?est se dire différent, c?est opposer des formes et ne jurer que par des contraires. Regarder vers le haut par contre, c?est regarder un même ciel qui est bleu dans tous les pays.
L?unité ne se trouve pas sous nos pieds dans la poussière et les crachats mais bien sur nos têtes. Il est temps qu?on se le dise. C?est « bien » de parvenir au pouvoir avec l?aide de gens identiques à soi extérieurement mais cela n?empêche pas la grosse majorité de ces supposés guides d?être des parvenus dont la seule compétence se résume au fait d?être arrivés à leurs fins.
L?Amérique, maîtresse du monde, envoie deux signaux forts en ce moment à l?ensemble de la planète. Ils se nomment Barack Obama et crise financière. Le premier démontre que les qualités d?un homme et le projet humain qu?il porte sont supérieurs à son appartenance ethnique et le deuxième qu?à force de déifier l?argent, tout peut s?écrouler à n?importe quel moment s?il fait naufrage. Et il peut très bien faire naufrage.
La vraie intelligence est celle du c?ur. Seul le c?ur regarde avec l??il de l?unité une aventure humaine qui ne peut se permettre d?être parcellaire et réduite au seul poids pécuniaire. Le sport n?y échappe pas. Il fait partie du projet humain global ; il doit tendre vers un bonheur qui ne doit pas être qu?illusoire.
Mais combien sommes-nous encore à posséder un c?ur ?
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