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Pour que Port-Louis respire

29 septembre 2008, 20:00

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8 h 30 à la cybercité un jour de semaine. Les bus sont réguliers et lorsqu?ils s?arrêtent, ce sont des dizaines de passagers qui descendent. Le flot de voitures est incessant aussi. Etudiants et cols blancs cohabitent dans ce nouveau centre administratif qui compte aussi des établissements d?enseignement supérieur. Nous sommes à Ebène où les chantiers champignonnent. Il est en effet prévu que 18 nouveaux immeubles viennent donner un nouveau relief au paysage de la cybercité.

Ce phénomène vient démontrer que les entreprises ? les nouvelles aussi bien que celles qui sont existent depuis des années ? ne sentent plus toutes le besoin d?être au coeur de la capitale. Capitale que l?on sait du reste saturée. En parallèle, le projet de Highlands illustre aussi cette volonté de créer des zones administratives hors de Port-Louis. Le ministre des Finances, Rama Sithanen compte d?ailleurs présenter à nouveau ce projet aujourd?hui. Une source indique que «la question de financement ainsi que le processus de nomination d?un Project Developer sont à l?agenda».

On connaissait jusqu?ici les centres d?appels et les compagnies Business Process Outsourcing d?Ebène. Ce qui devrait changer. Dix-huit nouveaux immeubles, qui abriteront des entreprises du milieu bancaire ou encore de l?offshore, entre autres, devraient aussi y voir le jour. HSBC, Barclays, le groupe CIEL ou encore Sun Resorts s?installeront donc à Ebène. La société de construction Gamma prévoit aussi d?ériger ce qui, selon elle, sera le bâtiment le plus haut de Maurice, avec 141 mètres pour 24 étages, l?International Finance Centre. Celui-ci comprendra des espaces de bureaux, un club de remise en forme ainsi qu?un Hilton Roof top restaurant and bar.

Business Parks of Mauritius Ltd, qui gère déjà la cybercité d?Ebène, démarre aussi dans un mois le chantier du Rose-Belle Business Park.

En mission en Europe, le ministre des Finances a aussi eu l?occasion de faire le marketing du projet de Highlands. Revenu de cette mission, il présentera en grande pompe le projet aujourd?hui. Depuis l?annonce de ce projet il y a un an et demi, l?Etat était à la recherche d?investisseurs. L?ambition est de créer à Highlands une nouvelle ville dédiée aux affaires, au sein de toute une zone qui inclura aussi des complexes hôteliers et un parcours de golf.

Jusqu?ici, les plans pour Highlands se sont déclinés sous forme d?un partenariat public-privé. L?Etat s?occupera de l?apport en terres. Le Highlands du futur, tel qu?il est vendu, se dressera sur une superficie totale de 10km2 (2 500 arpents). Cette superficie équivaut approximativement à celle des villes de Rose-Hill et de Quatre-Bornes réunies. Ces terres, qui sont pour l?instant sous la gestion de la State Lands Development Co. Ltd, ont été achetées par le précédent gouvernement, en 2001, dans le cadre du Deal Illovo. Il faudra, selon les estimations officielles, dix ans pour mettre tout cela sur pied. Le taux d?investissement requis pour une telle réalisation est de Rs100 milliards.

En mars, déjà, une délégation mauricienne menée par le Board of Investment avait présenté le projet de Highlands au Palais des Congrès à Cannes dans le cadre du Marché international de la promotion immobilière. Le groupe français Oceor, pôle de banque commerciale du Groupe Caisse d?épargne pour l?international, avait à l?époque manifesté son intérêt pour le développement foncier à Maurice.

Présenté en décembre 2006, ce projet de «nouvelle ville» devait être entamé avant la fin de 2008. Le fait d?éviter la congestion routière qui caractérise l?entrée et la sortie de Port-Louis est un atout majeur en faveur de la délocalisation des bureaux. La technologie permet aussi à des entreprises de s?installer dans différentes régions de l?île sans pour autant que les réseaux de communication n?en souffrent. Le développement de zones administratives demandera cependant que les infrastructures et que des ressources telles que l?énergie et l?eau, suivent.

Des projets à la pelle

■ Les entreprises privées se lancent elles aussi dans cette vague de création de bureaux hors de la capitale. Le groupe Harel Frères, la Compagnie agricole de Labourdonnais Ltd, et Mon Désert Alma Properties Ltd (du groupe Espitalier Noël) sont de ceux qui ont déjà présenté des projets de «business parks» notamment dans la région nord et aussi plus au centre, non loin d?Ebène et de Highlands. Didier Audibert, responsable de projet, Espitalier Noël Ltd, «Property Division» estime qu?il y a une demande pour les parcs d?affaires. «De nombreuses entreprises, qu?elles soient locales ou étrangères, ont exprimé le souhait d?aménager dans un endroit qui serait davantage à la hauteur de leurs ambitions et qui répondrait mieux à leurs images», explique-t-il en mettant aussi l?accent sur l?aspect intégré que propose son projet qui comprend aussi une zone commerciale. «Les entrerises s?attachent aussi de plus en plus au bien-être de leur personnel et recherchent de ce fait un cadre moderne qui en favoriserait l?épanouissement.». Selon Didier Audibert «Maurice n?a malheureusement pas toujours de quoi satisfaire une telle demande. Le «Telfair Business Park» veut pallier ce manque». Les différents promoteurs de parcs d?affaires misent beaucoup sur les infrastructures de leurs projets et aussi sur les cadres respectifs au sein desquels se situeront leurs parcs d?affaires. Soutien au niveau technologique, et accessibilité sont mis en avant.

QUESTIONS À...

<B>Henry Loo, architecte L?architecte et co-développeur d?Infinity Tower est aussi le Chairman du Groupe LEAD.

● Plusieurs groupes ont annoncé des projets de «business parks». Comment définiriez-vous un parc d?affaires et quelle en est l?utilité ? </B>

Un «business park» a pour but de regrouper plusieurs entités d?espaces de bureaux dédiés a des entreprises qui en ont besoin. Il a aussi pour objectif d?offrir les espaces et services nécessaires au développement de ces espaces de bureaux. Et pour la plupart des bureaux, il y a un problème accru de parking, tant pour leurs employés que pour les visiteurs. Il faut donc proposer des facilités de parking et d?accès, sans oublier les services ? services de secrétariat, salles de réunions et de conférences, cybercité, restaurant. La technicité doit suivre : soit du câblage, pour les fibres optiques si possible, ou du haut débit, générateurs... Certaines entreprises, telles celles du BPO (Business Process Outsourcing) travaillent jusqu?à fort tard, aux heures européennes. La conception des bureaux doit en tenir compte.

Par exemple, nous développons actuellement un centre commercial à côté du Business Park de Labourdonnais qui va bientôt démarrer. Le centre commerciale a pour but d?offrir des facilites à ceux qui travaillerons à côté. Imaginez n?avoir qu?à traverser la route pour faire du shopping pendant votre pause de déjeuner ou tout juste après le travail. Avoir des restaurants familiaux et ne pas avoir à cuisiner. Avoir plus de temps à soi et à sa famille au lieu d?être coincé dans des embouteillages...

● <B> On voit le développement d?Ebène et on parle aussi aujourd?hui de Highlands ? N?y a-t-il pas un risque que ces centres aient une architecture décousue, et répliquent le schéma de développement au petit bonheur ? </B>

Le gouvernement doit donner l?exemple en cela. Prenons le cas de Putrajaya en Malaisie à côté de Kuala Lumpur, que j?ai visité. Il s?agit, dans sa conception, d?une ville nouvelle avec toutes les facilités. Le gouvernement y a installé tous les bureaux majeurs : le Parlement et un grand boulevard du style des Champs Elysées à Paris où toutes les grandes manifestations peuvent avoir lieu. Chaque ministère a un bâtiment de chaque côté du boulevard.

Il faudra délocaliser les principaux ministères. Les promoteurs privés peuvent, eux, contribuer à développer les autres espaces nécessaires à une nouvelle ville, tels que les espaces de bureaux, centre commerciaux, résidences, parcs et jardins. Afin d?encourager les promoteurs, il ne faut pas que les terrains soient à bail. La cybercité a connu beaucoup de retard dans son développement. Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs. Les terrains doivent être distribués de façon transparente avec des projets sérieux et des promoteurs qui ont de l?expérience.

● <B> La décentralisation (déconcentration) est devenu un «must» avec la saturation de Port-Louis. Avons-nous les infrastructures nécessaires pour soutenir ce processus de décentralisation (déconcentration) ? </B>

Une réponse directe à la question est oui, c?est très facile à faire s?il y a une volonté politique au plus haut niveau. Car il faut délocaliser les institutions majeures du pays.

Cela aidera énormément au développement du pays. La congestion de Port-Louis cause aujourd?hui d?énormes pertes en termes d?efficacité, de retards au travail, de frais d?essence. La plupart des gens habitent dans les Plaines-Wilhems. Comme Highlands ? la nouvelle ville prévue par les autorités ? est située à côté, il y aura donc moins de consommation d?essence. Quid d?un meilleur service de bus ou de métro léger pour aller travailler ?

A Singapour, depuis 2006, le gouvernement a introduit un wireless network à travers le pays et l?accessibilité Wi-Fi gratuite.

● <B> Il n?y a pas vraiment de politique d?urbanisation. Et pourtant, nous en aurions besoin, n?est-ce pas ? </B>

L?urbanisation se fait avec une volonté politique et avec des professionnels, des «urbanistes». La plupart des urbanistes sont des architectes spécialisés. Ils voient les problèmes et les solutions au niveau global. Il faut ensuite appliquer les solutions pour avoir les résultats.

Nous avions participé à une compétition internationale pour décongestionner la ville de Port-Louis il y a quelques années. Trente-quatre participants internationaux de différents pays ont donné leurs idées. Un cabinet local avait reçu le premier prix avec des Sud-Africains, notre cabinet d?architecture qui travaillait en collaboration avec des urbanistes italiens, avait eu une mention honorable. La compétition avait été organisée par la municipalité de Port-Louis. Une somme de Rs 1 million a été investie en termes de prix aux gagnants. Ce n?est pas allé plus loin : seulement une exposition et la publication d?un magazine.

Et puis, tout a été relégué aux oubliettes.

Maurice prend surtout exemple sur Singapour. Nous y avons un bureau et un partenariat à travers OCTAGON, spécialisé dans le développement immobilier et les investissements étrangers. Imaginez ce qu?ils disent à chaque fois que je reçois des Singapouriens : Maurice est «25ans en arrière» sur Singapour. J?ai même reçu la dernière fois le Chairman d?un grand groupe, une personne qui a 73ans, et il a trouvé que Maurice était «50ans» en arrière sur son pays. Il faut réfléchir, se demander pourquoi. Trouver des solutions et les mettre en pratique.

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