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Post-PRB
C?est la trêve entre le ministre de L?Education et les enseignants du secondaire. L?accord signé à la va-vite par ceux-ci s?avère plutôt sage à une période si cruciale du calendrier scolaire. Mais cela n?est que l?étouffement du torchon qui brûle entre eux. Les flammes en rejaillissant risquent de perturber la rentrée l?année prochaine. D?où l?urgence de définir judicieusement quelques-unes des recommandations du PRB qui tiennent de l?utopie. Ainsi, elles ne peuvent être mises en application dans leur totalité du jour au lendemain.
Une politique éducative doit favoriser la création d?une atmosphère sans stress pour que l?enseignement soit efficace. Elle doit également promouvoir la santé mentale des enseignants. D?ailleurs, c?est ce qui figure parmi les sept critères d?évaluation sanitaire de l?OMS. Or, le système éducatif mauricien, qui souffre de graves dysfonctionnements, arrive difficilement à offrir des conditions de travail égales à tous les profs. Les propositions du PRB viennent accentuer certaines inégalités. Les remèdes aux maux caractérisant le secteur éducatif ne résident certes pas dans l?extension du travail du personnel enseignant. Encore moins dans l?élimination du ?Mobility book? qui permet aux profs de quitter momentanément l?enceinte des établissements scolaires au cours de leurs périodes libres.
En effet, ces trente minutes supplémentaires imposées par le PRB, considérées comme étant productives, viennent bousculer un horaire de travail bien établi qui a d?ailleurs fait ses preuves jusqu?à tout récemment. Comment effectuer une demi-heure de travail de rattrapage avec des enfants déjà épuisés, tout en sachant que leur ?retentive power? est à la baisse à une heure pareille ?
Si on veut initier les élèves au théâtre, est-ce que toutes les écoles sont prêtes en termes d?espace ou encore de ressources humaines qualifiées et créatives ? Par ailleurs, cette activité nécessite de longues heures de travail. Trente minutes semblent être dérisoires. Ceux qui s?engageront dans une telle activité ne mériteront-ils pas une rémunération additionnelle ? L?initiative du PRB est bonne en soi, mais contraignante.
Le nouvel horaire proposé par le PRB empiète aussi sur le temps de repos et sur les loisirs de certains enseignants. Le système de transfert existant dans les collèges d?Etat permet à leurs enseignants de travailler à proximité de leur domicile. Cela sous-entend que le changement d?horaire ne les affecte pas outre mesure. En revanche, tel n?est pas le cas en ce qu?il s?agit des profs des collèges privés. Il y a, parmi eux, des hommes aussi bien que des femmes (et mères de famille) qui se déplacent de la région du sud pour travailler dans des collèges situés au nord du pays et vice-versa.
Ils quittent leur maison à 6 heures pour rentrer à 18 heures, voire plus tard en raison des longues minutes passées dans les embouteillages. De telles situations ne se seraient pas produites si cette réforme avait été au préalable discutée avec les principaux acteurs de la profession. Une réforme de telle envergure aurait parallèlement dû être accompagnée d?amélioration des réseaux routiers et d?augmentation dans la flotte du transport public.
L?extension des heures du travail des enseignants présuppose aussi l?extension des heures d?opération des banques et des bureaux de poste, etc. Cela permettra aux enseignants de bénéficier de ces services, une fois leur travail accompli. Faute de quoi le taux d?absentéisme chez le personnel enseignant risquerait de grimper. Ce nouvel horaire est-il dans l?intérêt des élèves ? Pas vraiment. L?heure des leçons particulières est désormais avancée, ce qui fait qu?eux aussi rentrent chez eux à des heures très tardives. On s?accordera sur ce point qu?on ne peut pas totalement éliminer les leçons particulières de notre paysage scolaire, du moins pour l?instant. Toutes les écoles n?offrent pas les mêmes facilités en termes d?infrastructures, surtout en ce qui concerne les matières scientifiques.
Heureusement que le ?mobility book? a été réintroduit. Son élimination aurait porté une sérieuse atteinte à la liberté et aux droits des enseignants d?un pays démocratique dont nous sommes avant tout les citoyens. Conférer la prérogative aux recteurs ne fera qu?accroître l?arrogance et la tyrannie de certains directeurs des collèges privés. Déjà ce secteur regorge de sévices et de harcèlement auxquels sont soumis les enseignants. Par crainte de se faire renvoyer, les victimes préfèrent ne pas délier la langue.
Ce sont là, autant d?injustices qu?une autorité aurait dû combattre. L?objectif d?offrir ?a world class education? à nos étudiants est encore loin d?être atteint. Enclavé dans un bureau climatisé, le ministre Dharam Gokhool n?arrivera jamais à résoudre les problèmes affectant le secteur éducatif. Il est grand temps qu?il entame un voyage dans notre univers scolaire. Ainsi, il va se familiariser avec le terrain et pourra jeter un regard neuf sur le fond des problèmes qui gangrènent notre éducation nationale. La révision salariale des enseignants, qui a provoqué tant de bruit, n?est qu?une récompense à tous ceux qui ont eu le courage d?avoir choisi un métier dont la dangerosité effraierait les autres. Nous, les profs, nous avons quotidiennement à faire face à des élèves qui deviennent de plus en plus rebelles et qui sont en mal d?insertion sociale. Notre réaction par rapport aux recommandations du PRB n?est qu?un manifeste de notre légitime défense.
Partout ailleurs, on s?avance à grands pas. La globalisation l?oblige. A Maurice, on ne peut pas dire qu?on fait machine arrière. On est plutôt au point mort?
<B>Indurani Chatoo</B>
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