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L?humain avant le profit
Confortablement assis sous la vaste véranda de sa maison à Moka, Hassam Vayid n?a qu?un mot à la bouche: l?humain, encore l?humain et toujours l?humain, qui, souligne-t-il de sa voix douce, doit toujours accompagner la recherche légitime de profits.
Cette approche humaine fait que malgré son départ à la retraite depuis maintenant quatre ans, plusieurs de ses anciens clients à la MCB le contactent toujours pour des conseils éclairés. «Je reste toujours disponible pour certains», confie cet homme svelte, qui a compris très tôt dans la vie que «les excès d?aujourd?hui, on les paie demain» et qu?il faut donc un équilibre en toute chose.
Hassam Vayid qui fêtera bientôt ses 70 ans, puise son sens de l?accueil et de l?écoute de son éducation familiale . Mais son premier emploi y est aussi pour beaucoup. Recruté par le service civil, il est nommé à l?assistance publique, rebaptisé depuis ministère de la Sécurité sociale. Sa mission est d?aller à la rencontre des déshérités éligibles à l?aide sociale. Contacts qui lui permettent de mieux jauger les gens.
Il rencontre bientôt un cadre de la MCB qui l?encourage à postuler pour entrer à la banque. Ce qu?il fait, car après cinq ans dans la fonction publique, il pressent que, hormis la sécurité d?emploi qu?offre ce secteur, il risque de plafonner. Dans un premier temps, sa demande n?aboutit pas. Il est ensuite relancé par Jocelyn de Chateauneuf, autre haut cadre de la banque, qui le met en rapport avec Louis Eynaud, le General Manager d?alors. Ce dernier décide de lui donner sa chance.
Le 2 septembre 1963, Hassam Vayid entre en banque comme caissier. Il est alors «le premier employé de bureau d?origine asiatique» à être recruté à la MCB. «Je faisais sensation», se souvient-il. «Certains de mes collègues et même des membres du public se déplaçaient pour venir me voir. Mais cela ne me dérangeait pas». Un fait le dérange : ses collègues manquent d?ambition alors que lui prend des initiatives qui, au final, se révèlent payantes. Aider par exemple le chef caissier et son assistant à faire les comptes à la fin de la journée, bien que cela ne fasse pas partie de ses responsabilités.
A cette époque, tout se fait manuellement et il arrive que les comptes ne soien t pas équilibrés. Il faut alors tout reprendre à zéro et tenter de localiser l?erreur. Comme ils sont une trentaine de caissiers, Hassam Vayid suggère de créer de petites équipes de garde à tour de rôle pour faire les comptes. Le chef caissier apprécie et retient l?idée.
Hassam Vayid s?entend bien avec tous les employés, qu?il s?agisse de ses supérieurs ou de simples plantons. Il s?insurge quand ses collègues traitent les plantons de «pions». «Je trouvais que c?était un manque de respect», explique-t-il. «C?était contre ma culture». Il leur fait alors la leçon. «J?ai demandé à un collègue s?il aurait voulu que les gens l?appellent caissier. Je n?ai pas eu à enfoncer davantage le clou. Les jeunes ont compris et après ça, ils ont appelé les plantons par leurs noms».
Hassam Vayid a toujours été aidé et soutenu par son frère aîné et mentor Mohamad Vayid, président du National Economic and Social Council. A la banque, il peut compter sur Yvan Lagesse, responsable du département du contrôle des changes de la banque, crée en 1966. Quand ce dernier est promu et envoyé dans un autre département, le poste est proposé à Hassam Vayid compte tenu de son expérience du service civil. A ce poste, il va en effet traiter avec les fonctionnaires de la Banque de Maurice. C?est là qu?il rencontre Indur Ramphul, qui deviendra des années plus tard le gouverneur de la Banque de Maurice.
Les compétences d?Hassam Vayid lui valent d?être choisi pour aller suivre une formation d?une année à la Lloyds International à Londres. Il part en compagnie de son épouse, Amrita. A leur retour au pays, l?industrialisation bat son plein. La MCB met alors sur pied une unité pour aider les investisseurs. Hassam Vayid en fait partie. De son côté, Yvan Lagesse qui fait alors partie de l?équipe de direction, décide de s?entourer des meilleurs et coopte Hassam Vayid.
Celui-ci va peu à peu gravir les échelons et devenir Chief manager et Head of Corporate, chargé des comptes des clients les plus importants de la banque. Il occupera ce poste jusqu?à son départ à la retraite en 2004.
En 40 ans de carrière à la MCB, Hassam Vayid n?a connu que peu de déceptions. «J?ai eu beaucoup de satisfactions», sourit-il. «Il est vrai que j?ai contribué beaucoup à la MCB mais j?ai aussi beaucoup reçu en retour».
Malgré ses responsabilités, Hassam Vayid n?a jamais négligé sa famille. Il s?est toujours efforcé de mener une vie équilibrée. Père de trois enfants ? Riaz, 36 ans, haut cadre de la banque d?affaires Rothschild à Paris, Rubeena, 34 ans, diplômée en économie et marketing, vivant avec son époux à Mumbai et Maliha, 26 ans, étudiante en graphisme ? il n?est que très rarement resté au bureau après le coucher du soleil. Et sa règle d?or a été de ramener le moins possible du travail à la maison. «En un peu plus de 40 ans de carrière, j?ai dû ramener des dossiers à la maison une dizaine de fois seulement mais pas plus. Il faut toujours trouver du temps pour la famille et savoir tirer la ligne entre le professionnel et le personnel», dit-il. Il est reconnaissant à sa «superbe épouse » pour les sacrifices consentis à s?occuper de la famille, à pourvoir une excellente éducation à leurs enfants et à sa «grande contribution » à son succès professionnel.
La MCB voulait qu?il travaille au-delà de l?âge de la retraite. Il l?a fait pendant un an mais n?a pas voulu continuer. «J?ai demandé à partir car rien n?étant permanent dans la vie, il faut faire de la place pour les autres. Et trois ans avant de me retirer, j?ai demandé à Pierre-Guy Noël, le directeur général, de choisir mon remplaçant. J?ai quitté la MCB comme je l?ai toujours voulu: par la grande porte».
Il dit avoir été choqué par l?affaire de détournement de plusieurs millions de roupies au détriment du National Pension Fund et de la MCB. «Je pensais qu?une chose comme cela ne pouvait jamais arriver », reconnaît-il. «Dans le travail, il peut arriver que l?on fasse des bêtises. Il faut qu?une personne s?assure que tout marche bien. Cela se fait quand une personne part en vacances et est remplacée par une autre». C?est pourquoi il a toujours mis un point d?honneur à prendre ses vacances annuelles. «C?est plus sain», souligne-t-il, «et cela permet une plus grande transparence».
Bien qu?il ait quitté la MCB, Hassam Vayid a décidé de rester actif. Il siège au sein du conseil d?administration des principales compagnies du groupe Currimjee Jeewanjee et a accepté la proposition de Dawood Rawat, président directeur général du groupe British American Insurance (BAI) qui est de prendre la présidence du conseil d?administration de la Bramer?s Bank. «Je ne voulais surtout pas recommencer à travailler de 9h à 18h,» confie-t-il. «J?ai accepté l?offre de mon vieil ami Dawood Rawat parce qu?elle me permettait de ne pas être impliqué dans la gestion quotidienne de la banque. Je m?occupe seulement de la stratégie».
<I>«C?est à nous de convaincre nos clients que nous allons mieux les servir et c?est en améliorant nos services que nous en gagnerons de nouveaux et que nous améliorerons notre part de marché.»</I>
Ce n?est pas parce qu?il évolue dans un nouvel environnement bancaire qu?il va cracher dans la soupe et critiquer son ancien employeur. Il déplore toutefois la nouvelle culture dans le secteur financier. «L?artisan de la réussite de la MCB a été Yvan Lagesse qui a toujours mis l?accent sur les compétences, la satisfaction de la clientèle et des actionnaires, le bien-être des employés et retraités. Aujourd?hui pour grandir, on met l?accent à outrance sur les profits alors qu?avant, on était certes pour les profits mais on avait d?autres ambitions», déplore-t-il. «Pour grandir à tout prix, les clients et les employés sont considérés plus comme des numéros sur un système informatique que comme des êtres humains avant tout. Cette avidité a été la cause de la catastrophe qui a bouleversé tous les secteurs financiers aux Etats-Unis et en Europe. Que Dieu nous protège d?un tel désastre. Autant je suis pour les bons résultats mais il y a des limites que je ne dépasserai pas pour les atteindre».
Ce sont ces raisons qui poussent Hassam Vayid à promouvoir une culture de proximité avec les futurs clients de la Bramer Bank. «Je veux que la banque développe une proximité encore plus grande. Que chaque client soit personnellement en contact avec un responsable de dossier et son suppléant et qu?il sache qu?on est constamment à son écoute. L?outil informatique compte certes, mais le client aime rencontrer son banquier et il doit pouvoir le faire sans tracasseries. Ce sera le cas chez nous».
En sus des six succursales de la Bramer?s Bank, deux nouvelles s?ouvriront durant les prochains mois à Beau-Bassin et Triolet. Et là où les services bancaires sont inexistants, des agences assurant des prestations de base seront aménagées.
Hassam Vayid ne considère pas que le marché mauricien soit trop petit pour autant de banques. «Il y aura toujours de la place pour une banque qui fait des efforts pour gagner la clientèle», affirme-t-il. «C?est à nous de convaincre le client que nous allons mieux le servir et c?est en améliorant nos services que nous en gagnerons de nouveaux et que nous améliorerons notre part de marché». Chaque requête sera considérée et, promet-il, «si le dossier est rejeté, il y aura une façon de le dire au client. Une clientèle se gagne et se soigne, comme la famille». Les paris sont ouverts?
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