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Cette littérature locale en mal de public

9 septembre 2008, 00:00

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«Il n?y a pas de frottement entre auteurs pour espérer partager et perfectionner des idées et donc l?art d?écrire», estime Christian Némorin, auteur d?Une île inachevée. Comme lui, d?autres auteurs sont critiques du paysage littéraire mauricien et en dressent un portrait mitigé. Sans aller jusqu?à dire que cet art n?a pas d?avenir à Maurice, tous sont d?accord pour dire qu?il n?est pas encore possible d?en vivre. A quand le jour où ce passe-temps nourrira son homme ?

Barlen Pyamootoo écrit et publie ses ?uvres en France. L?auteur de Salogi?s, disponible en librairie à la fin du mois, explique que le «marché est limité à Maurice». Etabli en France, l?écrivain affirme que c?est son métier et qu?il en vit. Toutefois, il concède que s?il était resté à Maurice, les possibilités n?auraient pas été les mêmes. «Si j?étais à Maurice, je n?en vivrais pas», lâche-t-il. D?autres abondent dans le même sens.

<B>Signes d?espoir</B>

«Les auteurs doivent, dans certains cas, publier leurs ?uvres à leur compte», explique l?auteur Bhismadev Seebaluck. Un public qu?il qualifie de «tiède» couronne son tour d?horizon. Il concède que si un ouvrage est vraiment bon, il marchera. Toutefois, «il n?est pas encore question d?en vivre», confirme-t-il. Même constat pour Alain Jeannot. «Les gens lisent de moins en moins», ajoute-t-il. Pour lui, la réaction du public n?est pas proportionnelle à l?investissement de l?auteur.

«L'éditeur ne vous donne d?habitude que 10 % par an, ce qui fait Rs 40 sur un livre à Rs 400 l'exemplaire», commente Issa Asgarally, universitaire et auteur. Il estime néanmoins qu?on doit pouvoir «vivre de la vente de ses livres à Maurice». Pour lui, la difficulté se trouve dans la publication, avec l?absence de maisons d?édition, comme en Europe. Les ?uvres sont alors souvent publiées à compte d?auteur. «Je leur tire mon chapeau», lâche l?auteur Shenaz Patel au sujet des auteurs qui publient eux-mêmes leurs ?uvres.

«Il est important d?avoir une édition locale», continue Shenaz Patel. Cela permettrait aux auteurs de s?adresser au public mauricien.

De plus, l?utilisation du créole dans l??uvre devient possible à plus grande échelle que s?il s?agissait d?une édition européenne. «Bizin promovwar lecritir kreol», renchérit Lindsay Collen. Elle estime que la langue est une barrière, un frein au développement littéraire mauricien. Le manque de soutien à la littérature est aussi décrié par l?auteur qui affirme qu?il n?existe pas d?institution à Maurice pour encourager l?écriture créative.

Les jeunes sont-ils intéressés par la littérature ? «Il y a des signes d?espoir», estime Issa Asgarally. Il fait référence aux jeunes auteurs mauriciens qui se sont fait remarquer récemment.

Mais, pour beaucoup, la littérature se limite aux ?uvres imposées lors du cycle secondaire, affirme Shenaz Patel. Elle trouve également dommage que les oeuvres d?auteurs mauriciens ne soient pas proposées dans le programme d?études au niveau de l?enseignement. «Pourtant les auteurs mauriciens sont au programme dans d?autres pays», lfait-elle remarquer.

L?analphabétisme est un autre fléau qui mine la littérature locale, fait valoir Shenaz Patel. Comme les autres auteurs, elle dira que peu de gens lisent à Maurice. «La littérature au niveau mondial est menacée», estime-t-elle.

<B>Vivre de ses ?uvres est un rêve</B>

Comment accrocher de nouveaux lecteurs quand nombre de ceux qui quittent l?école savent à peine lire et écrire ? «Le taux d?illettrisme est sous-estimé par les autorités», souligne-t-elle. Résoudre ce problème serait donc le premier pas vers la création d?un véritable public littéraire mauricien.

De plus, avec la disparition de librairies dans la capitale, la question se pose de savoir si les ?uvres locales sont correctement promues sur le marché mauricien. Lindsay Collen parle, elle, de «défaut structurel». Les libraires n?étant pas forcément motivées pour vendre les ?uvres locales, elles sont presque délaissées.

Sans se porter mal, la littérature mauricienne se trouve presque à un tournant. Le nombre d?auteurs est en constante progression, mais l?espoir de vivre de ses ?uvres n?est pour l?instant qu?un rêve. La solution se trouve-t-elle dans la publication à l?étranger ? Avec la possibilité d?être édité et publié en Europe, la littérature locale semble prendre son envol. Pour ces auteurs, l?herbe est donc plus verte ailleurs. Et l?on ne pourrait pas leur en vouloir.

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