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Barlen Pyamootoo, mère supérieure

7 septembre 2008, 20:00

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La difficulté. Mais aussi l?art de l?écrivain. Rendre sa mère universelle. Intéresser le lecteur français, francophone ? Mauricien bien sûr ? à l?histoire de Salogi. La mère de Barlen Pyamootoo.

Bien sûr, il y a le côté fait divers. La mère morte écrasée par un autobus. « Le chauffeur : un jeune receveur qui (?) qui n?avait même pas son permis », écrit Barlen Pyamootoo, à la deuxième ligne de son troisième roman, paru aux Editions de l?Olivier.

Au-delà de l?hommage au mort, c?est sa mère que l?auteur veut garder vivante. Un témoignage animé, fouillé. Car pour aspirer à l?universalité, Barlen Pyamootoo est d?avis qu?il faut, « être le plus local possible ».

Au fil des pages, nous la suivrons au mariage où elle rencontrera son époux. Et le père de l?auteur. Nous sentirons l?odeur du giraumon qu?il renverse sur sa robe bleue, le soir du dîner. Nous l?entendrons lancer à un Barlen Pyamootoo agacé par les films bollywoodiens à l?eau de rose qu?elle dévore, «Mais toi, tu ne comprends rien aux sentiments». Nous la verrons aussi penchée sur un cahier, écrivant laborieusement la vie de ses parents à elle. Une ?uvre que, dans l?ordre des choses, Barlen Pyamootoo a voulu terminer. A sa manière.

«Sur les bandes, on entend mes oncles, mes tantes qui pleurent, mon père qui pleure. Moi qui pleure intérieurement. D?ailleurs je ne peux pas les ré-écouter»

«La decision d?écrire sur ma mère est prise très rapidement après son décès, trois quatre jours après», précise l?auteur, rencontré à Trou-d?Eau-Douce.

Une mère avec qui il entretient une « relation d?absence ». D?abord quand elle quitte les enfants à Maurice en 1972, pour aller travailler dans des usines d?assemblage de pièces, à Strasbourg. « Je n?avais pas tout à fait 12 ans à l?époque ». Distance géographique, qui plus tard devient, « culturelle », quand se confronte le fils qui va à l?université et la mère qui a arrête l?école à l?âge de huit ans.

Comment reconstruire l?image de la mère dans ce cas ? Comment la faire passer par le prisme de la douleur, puis de la réflexion ? Une image frappe le lecteur d?emblée. Celle placée en couverture de Salogi?s. C?est une photo prise trois à quatre ans avant son décès. Sa charge émotionnelle est augmentée par le fait qu?elle a été prise par Pamela, l?une des s?urs de Barlen. «Dessus, je trouve que ma mère a la pose d?un écrivain, d?un penseur. C?est d?une certaine manière le livre qu?elle écrit». D?où le choix de l?agencement de la couverture, «comme si c?était elle l?auteur».

La sélection des images est donc passée par les albums photos feuilletés avec l??il humide. Mais aussi à travers une série d?entretiens avec les proches. «Sur les bandes, on entend mes oncles, mes tantes qui pleurent, mon père qui pleure. Moi qui pleure intérieurement. D?ailleurs je ne peux pas les ré-écouter». Sources couplées aux souvenirs de l?auteur.

Est-ce pour faire son deuil que Barlen rend hommage à sa mère ? Ce n?est pas son avis. «Ce n?était pas une fonction thérapeutique, cela aurait été le contraire de la générosité. Ce n?est pas pour atténuer ma peine. Ce n?est qu?indirectement que cela a joué. Mes frères et s?urs n?ont pas écrit de livre et pourtant ils sont dans la même situation que moi ».

La mère. Un sujet qui accroche la plume de nombres d?auteurs de part le monde. Barlen Pyamootoo explique que parmi les lectures qui l?ont « aidé » : Le pedigree de Patrick Modiano, La place d?Annie Ernaux et Les promesses de l?aube de Romain Gary.

*disponible en librairie à la fin du mois.

EXTRAIT

Ma mère est morte le 26 mars 2005, écrasée par un autobus. Le chauffeur : un jeune receveur qui faisait des man?uvres à la gare routière de Flacq et qui n?avait même pas son permis. C?est ma s?ur Sabrina qui m?a appris la nouvelle : «Barlen, Barlen, Barlen, ma petite maman est morte.» J?étais défait, rien ne pouvait m?arriver de pire que la mort de ma mère, mais j?ai vite rentré ma peine pour consoler au mieux ma s?ur. Je lui ai demandé si elle était entourée. Oui, il y avait Hema la voisine et le cousin Sada ne devait pas tarder. Mon père et mon frère Deven étaient sûrement à la morgue.

On s?est téléphoné entre frères et s?urs : Pamela à Paris, Adou et Hari à Strasbourg, Mala qui était en vacances en Angleterre, Deven et Sabrina à Maurice, moi à Paris pour mon travail, et mon père, pauvre diable. Pleurs et voix blanches, et comme cri de ralliement, on rentre à la maison pour l?enterrement le lendemain. Pamela était dans l?avion avec moi, avant d?y embarquer nous avions rencontré Adou et Hari à l?aéroport, ils partaient sur un autre vol avec Saroj, la s?ur de ma mère, qui était quelque part dans sa chaise roulante. Nous aurions voulu voyager ensemble, en vain Adou avait fait quelques démarches, et j?ai pensé à Mala qui était toute seule.

Avant l?enterrement et l?arrivée des autres enfants à Maurice, Deven et Sabrina se sont retrouvés sur la plage de Trou-d?Eau-Douce en face de la maison. Pour consoler Sabrina qui n?arrêtait pas de sangloter, Deven lui a parlé des moments difficiles qu?avait connus notre mère : la mort de ses parents, de son fils Naden et plus récemment de ses frères Sodin et Vassoo. Il voulait ainsi la rassurer, lui expliquer que la vie, c?est des coups durs à encaisser, parce qu?il n?y a rien d?autre à faire?

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