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Le soulier ?

7 septembre 2008, 00:00

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Il y a le pied nu, il y a le pied chaussé. Entre les deux, le naturel ou la parure. Le pied nu peut être joli, émouvant même. Pas toujours, comme l?observait un esprit caustique, comparant un pied à un petit tas de gingembre ! Si tel est le cas, mieux vaut l?habiller d?une chaussure complaisante? Dès les pratiques de mode les plus anciennes, la chaussure a manifesté le désir de compléter le vêtement ; de même pour le chapeau. Nécessité également de protéger le pied contre les chocs du chemin, les blessures? Chaussures de marche, solides, résistantes, brodequins du soldat en campagne ou du paysan aux champs. Soulier de cuir fin, élément d?une toilette élégante, qui parfois brime le pied, ces « chers souffrants », comme disait Mademoiselle de Scudéry dans le langage des « précieuses »?

Comme la main, le pied est une partie de nous-mêmes, fragile, exposée, de structure complexe : le tarse (astragale, scaphoïde, etc.) le métatarse, plus les phalanges ? et j?en oublie ! Tout ça pour un pied. Et la main est non moins compliquée, les chirurgiens en savent quelque chose !... Naturellement, quand nous enfilons nos souliers, nous n?y pensons pas. Nous y pensons quand ils nous gênent, désagréables à la marche.

C?est surtout la « chaussure de ville », le soulier qui, au cours du temps, a changé en suivant les modes, soumis pourtant aux contraintes de l?usage et des climats, semelles légères sous le soleil, mais bottes fourrées dans la neige? De la sandale grecque ou romaine (« sandalion », sandales à lanières entrecroisées sur le mollet) à celle que portent nos dames d?été, peu de différences. Légèreté, décorations à l?italienne brillantes au soleil (les Italiens sont les rois de la fine chaussure) le pied s?y retrouve à l?aise. Ainsi de la babouche persane, de la pantoufle enluminée, le pied a eu partout ses élégances? Dans le théâtre antique, le « cothurne », à grosses semelles, surélevait l?acteur sur scène. On a l?équivalent dans la semelle « compensée » d?une chaussure où le talon haut fait corps avec la semelle.

Au cours du temps, le soulier a reçu des appellations variées. C?est la « poulaine » du XIVème siècle à bout effilé et souple. Plus tard, la chaussure large, « en pied d?ours », qui s?orne de « crevés ». Au XVIIème, règne chez les élégants le talon haut et carré. Entre-temps, avec François 1er, le soulier s?est décoré d?une large boucle en métal brillant. Puis, on y ajoutera une cocarde de tissu noué.

Avec la Révolution de 89, le costume se simplifie. Les dames comme les messieurs se chaussent de souliers plats, mais dans la paysannerie, c?est toujours la « galoche » à semelle en bois, solide et bon marché. Tandis que le sabot est entièrement taillé dans le bois, la galoche à un dessus de cuir.

Par la suite, la forme générale du soulier ne changera plus beaucoup, sauf par le style et la qualité des cuirs : chaussures d?usage ou de cérémonie ; de travail ou de fête. Pour le féminin, c?est le soulier à talon haut, voire à « talon aiguille », qui donne au pied une cambrure marquée et à la jambe un élan dans sa ligne. Ou alors l?escarpin verni, sobre mais de qualité. Plus pratique, la chaussure plate, le « mocassin », solide et léger, de type « sport ». Entre les deux, la « ballerine », discrète, à talons plats et pourtant élégante dans sa finesse, dont Brigitte Bardot lança la mode dans les années soixante, avec cette marche de danseuse classique qui fut la sienne ? mode qui revient aux vitrines ces temps-ci?

Parmi tout ce choix, on trouve toujours l?informe « godasse » (qui fut l?une des trouvailles de Charlie Chaplin !) qui ne ressemble à rien de connu. Variantes moins comiques : le godillot du soldat en campagne, les « rangers » à l?américaine plus confortables. Ou, de nos jours, l?inévitable « basket » à tout faire, bariolé et compliqué. Quant aux « tongs », dites savates chez nous, c?est la version minimum de la chaussure, que la mode pourtant récupère avec des couleurs vives, de style touriste en vacances?

On sait que Restif de la Bretonne, aventurier et écrivain du XVIIIème siècle, avait une passion pour le soulier féminin, y voyant un symbole qui l?enchantait. Il les collectionnait, objets fétiches d?un érotisme, qu?il développera dans des écrits scandaleux, mis sévèrement à l?index. Il aimait le pied petit et fin, et le talon très haut. Sans doute y trouvait-il « chaussure à son pied »?

Rappelons, pour finir, ce mot de La Bruyère : « Il faut juger des femmes depuis la chaussure jusqu?à la coiffure exclusivement », critiquant ainsi les coiffures extravagantes de son époque?

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