Publicité

«Les politiciens nous aident à faire passer notre message»

6 septembre 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Quel est le but de cette conférence internationale que l?«Arya Samaj» organise à Maurice ? </B>

Nous avons des branches de l?Arya Samaj dans à peu près 50 pays. Chaque année, nous organisons une conférence dans chaque pays pour discuter des problèmes auxquels font face les membres de l?Arya Samaj et nous essayons d?aider autant que nous le pouvons. En 2006, la conférence s?est tenue à Delhi, en 2007 nous étions à Chicago, l?année prochaine, la conférence se tiendra à Surinam, en 2010 en Hollande? A Maurice, nous avons des délégués de 7 à 8 pays.

● <B> Pour ceux qui ne connaissent pas l?«Arya Samaj», parlez-nous en. </B>

Ce n?est pas une religion mais un mouvement fondé par le swami Dayanand. La philosophie derrière ce mouvement est basée sur les Védas, qui sont, comme vous le savez peut-être, les plus anciens écrits de l?humanité. Nous pensons que la solution à tous les maux de la terre se trouve dans les Védas. Le swami Dayanand est un réformateur qui s?est remis en question, qui a remis en question les préceptes orthodoxes que lui ont légués sa société et ses parents. Un exemple de la philosophie du swami est que son premier ouvrage, «La lumière de la vérité», a été publié en 1875 et déjà, il disait que les femmes devaient avoir les mêmes droits que les hommes. Le combat du Swami Dayanand est le même que celui de Mahatma Gandhi et Martin Luther King, par exemple : éradiquer nos a priori et traiter tout le monde de la même façon, sans tenir compte de la religion, de l?appartenance ethnique, du sexe ou de la caste. L?éducation, a-t-il dit, est la réponse à l?obscurantisme.

● <B>Mais ces pratiques n?ont toujours pas disparu malgré ce combat. Pensez-vous que les actions du «swami» Dayanand ont eu du succès ? </B>

Ces pratiques ont effectivement la dent dure. C?est la raison pour laquelle c?est important de continuer de propager le message. Cela dit, des progrès ont indéniablement été faits.

● <B> Et vous êtes satisfait des résultats de cette lutte ? </B>

Le succès d?une lutte réside dans le fait que l?on est en train de se battre pour une cause. Parfois, les résultats sont visibles immédiatement mais les causes les plus grandes prennent toujours du temps. Les idées ne meurent pas; les idées, c?est ce qui révolutionne le monde. Beaucoup de progrès a été accompli mais il y a encore à faire. Il y a eu des femmes Premiers ministres, en Inde, la caste des intouchables n?existe plus du fait que cela a été décrété illégal et la discrimination sur la base de la couleur de la peau et de la race est décriée par toute personne civilisée.

● <B>Officiellement c?est vrai. Mais le problème reste la mentalité des gens. Comment changer cela ? </B>

Cela prendra le temps que cela prendra. Après tout, c?est la nature humaine. Mais il ne faut pas se dire que cela ne vaut pas la peine de vouloir réformer parce que malgré le fait que les choses prennent du temps pour changer, le déclic va se faire en temps et lieu. Quand le swami Dayanand avait lutté pour l?émancipation de la femme, il n?avait pas beaucoup de soutien. Bien des années plus tard est venu le mouvement des suffragettes. Tout cela est un processus.

● <B>Y a-t-il un danger cependant ? dans votre mouvement comme dans d?autres ? que le message soit confondu avec le messager ? Que les supporters du mouvement commencent, par exemple, à vénérer le «swami» Dayanand aux dépens de son message et de sa lutte ? </B>

Le swami Dayanand est respecté mais pas vénéré. D?ailleurs c?est lui qui dit à ses disciples de faire attention à ne pas le vénérer.

● <B> Malgré toutes les réformes entreprises par l?Arya Samaj, ce mouvement reste un mouvement marginal de la religion hindoue. Pourquoi ? </B>

Notre philosophie est différente des autres philosophies parce qu?elle fait appel à l?intellect des gens. Chez les autres, il y a une certaine facilité dans laquelle nous ne croyons pas. Nous ne pensons pas que si l?on a commis une faute, il suffit de prier ou de demander pardon pour être exonéré. Nous disons qu?une personne ne peut pas échapper à son karma ? le résultat de ses actions passées. Nous demandons aux personnes de réfléchir, nous ne promettons pas une solution rapide et facile aux problèmes. Et les gens en général cherchent la facilité, ils aiment les raccourcis et l?Arya Samaj ne croit pas dans les raccourcis.

● <B> Mais l?«Arya Samaj» est basé sur les Védas, n?est-ce pas ? Les mêmes livres sacrés sur lesquels est fondée la religion hindoue que tout le monde connaît. </B>

Tout à fait.

● <B>Dans ce cas, pourquoi tout le monde pense-t-il que la religion hindoue est polythéiste et qu?elle vénère des statues alors que, selon vous, ce n?est pas du tout le cas ? </B>

Nous pensons que les Védas ont été mal interprétés. Vous savez, par exemple, le mot «hindou» ou «hindouisme» n?existe pas en Sanskrit ; c?est une invention des Anglais. Le nom de la religion est «Arya». En même temps, en Sanskrit, un mot a plusieurs significations et les mots doivent être interprétés dans leur contexte. Malheureusement, le Sanskrit n?est pas une langue simple et n?est pas correctement comprise et traduite. Par exemple, gow peut vouloir dire vache aussi bien que la terre. Interprété différemment et dans différents contextes, cela veut dire différentes choses. Par exemple, cela peut vouloir dire que tuer une vache est normal. Alors que ce n?est pas ce que cela veut dire.

● <B>Le «swami» Dayanand a été le premier à faire cette allégation que les Védas avaient été mal interprétés pendant tout ce temps ? </B>

Oui. Il a réalisé que toutes ces superstitions et autres pratiques qui faisaient soi-disant partie de la religion védique n?avaient pas de sens. Donc, il a décidé d?apprendre le Sanskrit et d?étudier les Védas. Il a compris que ces superstitions étaient dues à une mauvaise interprétation des Védas.

● <B>Et selon le «swami» Dayanand, peut-on se convertir à la religion Védique ? </B>

Le Swami Dayanand pense que chaque personne devrait avoir le choix de choisir sa philosophie. Si une personne a le droit de choisir sa profession, pourquoi ne peut-elle pas choisir une philosophie dans laquelle elle croit ? C?est un droit humain des plus fondamentaux.

● <B>Et selon l?«Arya Samaj», les Védas disent que les védiques ou les hindous sont supposés être végétariens ? </B>

La religion est supposée être deux choses - maximum good of the maximum people et la compassion. Peut-on être religieux si on est cruel ? C?est la raison pour laquelle la religion védique dit que tuer des animaux n?est pas une bonne chose. Et puis on dit aussi que ce que l?on mange a une influence directe sur les pensées - donc si l?on mange des animaux terrorisés, nos pensées ne seront pas pures.

● <B>Revenons à la conférence. Il y avait de nombreux politiciens à l?ouverture de votre conférence jeudi. Pourquoi avoir choisi d?inviter des politiciens à une telle fonction ? </B>

(Rires) Je peux vous répondre parce que je fais aussi de la politique ! Les politiciens iront à toutes les fonctions où il a une audience pour qu?ils puissent passer leur message. Ils ne partagent peut-être pas la philosophie de l?organisation qui les invite mais ils iront quand même.

● <B>Mais pourquoi leur donner cette occasion d?utiliser votre plate-forme pour faire de la politique ? </B>

C?est une bonne question. (Hésitations) Parfois, il faut aider ceux qui peuvent nous aider à faire passer notre message. Un politicien a le pouvoir de changer les choses et souvent, de par sa présence à une fonction, il aide à propager le message. N?est-ce pas normal qu?on lui renvoie l?ascenseur aussi quelques fois ?

● <B>C?est une approche très pragmatique mais est-ce une bonne chose de mélanger religion et politique ? </B>

Il ne s?agit pas de cela ; ce n?est certainement pas ce que nous avons fait jeudi. Les mélanger serait catastrophique. Il s?agit d?avoir une bonne équation. Mais nous avons besoin des politiciens.

● <B>La question est d?autant plus d?actualité pour un pays comme Maurice où il y a différents groupes ethniques. N?est-ce pas un peu dangereux ? </B>

C?est dangereux quand ces politiciens vont officiellement prêcher une religion particulière. Respecter tous les autres religieux n?est pas dangereux, c?est une bonne chose. Quand nous les invitons à une fonction de l?Arya Samaj, nous ne leur disons pas qu?il faut qu?ils deviennent des adeptes. Cela fait toute la différence.

● <B>Mais puisque l?«Arya Samaj» à Maurice comme en Inde a fait un travail énorme pour l?émancipation des personnes d?origine indienne, est-ce que cela ne risque pas d?être perçu comme une menace pour ceux issus d?autres groupes ethniques ? </B>

Cela ne devrait pas être le cas. Les Mauriciens d?origine indienne ont beaucoup contribué à ce pays ; mais aussi longtemps que ce coup de pouce que donne l?Arya Samaj ne se fait pas au détriment des autres communautés, je ne vois pas où est le problème. D?ailleurs, le swami Dayanand a dit qu?il serait bon que chaque personne ait une connaissance de la religion de l?autre ; ce n?est qu?ainsi qu?elle pourra faire un choix éclairé par rapport à la religion qu?elle choisit de suivre.

Publicité