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Vishnu Lutchmeenaraidoo sauve notre loterie verte

5 septembre 2008, 00:00

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N ous avons vu dans l?express d?hier que le regretté journaliste Gilles Forget s?agrippe judicieusement à la sonnette d?alarme pour attirer l?attention de tous sur le dangereux déclin de notre loterie verte, en 1983. Son cri d?alarme sera entendu et pris en considération par le ministre des Finances d?alors. Non seulement Vishnu Lutchmeenaraidoo épargne, à notre loterie verte, une mort programmée mais encore il pose intelligemment les jalons de sa revitalisation, assez grande pour susciter, en 2008, la laborieuse mise en place d?une loterie parallèle et concurrente mais sans noble but (en supposant que toutes les parties concernées parviennent à résoudre l?imbroglio causé par les contestations, entre autres judiciaires, en cours). Les acheteurs de billets verts, pour ne pas parler, ici, de fidèles abonnés à l?espérance transcendant à coup sûr les déboires répétés mensuellement, ne déçoivent pas ce nouveau grand argentier, ne craignant guère la chaleur du poêlon fiscal. Ce premier lot d?un million assuré ravive leurs espoirs déclinants. Ils reprennent fidèlement le chemin des vendeurs de billets verts et de marchands d?espoir. Non seulement l?insatiable Fric n?a nullement besoin de rogner la part de l?Etat mais encore il voit celle-ci enfler de mois en mois.

Le succès enclenché, après le cri d?alarme de l?express et la décision judicieuse de Vishnu Lutchmeenaraidoo, est tel que viendra le moment de porter le premier lot à cinq millions de roupies, pour les mois ordinaires, et même à dix millions pour celui de la fin d?année (bientôt même douze millions). Cela peut faire sourire quand on se souvient qu?en août 1983, les organisateurs d?alors de notre loterie verte doivent se contenter d?une émission de seulement 4,3 millions de billets. Ces derniers coûtaient encore 75 sous l?unité au début de 1983. Le gouvernement MMM-PSM révise son prix à la hausse pour le faire passer à une roupie, accentuant du même coup le risque d?une débâcle assurée, car, fidèle aux vieilles recettes travaillistes, il redouble les coups de bâton (hausse du prix du billet de 75 sous à une roupie) sans prendre la peine de revaloriser la carotte d?un premier lot perdant 40% de sa valeur en seulement huit mois (toujours l?arrogance gouvernementale et politique).

Ce n?est d?ailleurs pas la première fois que l?express intervient décisivement dans l?histoire de notre loterie verte. Ce journal prend le risque, un beau jour, de publier en ordre numérique les numéros des nombreux lots de consolation de cette institution respectée et même vénérée. Cette initiative innovante prend sa source dans la remarque d?un journaliste confiant, à ses collègues et même à sa hiérarchie, un souvenir d?adolescence pesant sur sa conscience. Sa grand-mère lui confiait le soin de vérifier si les billets de loteries, achetés par elle, n?avaient pas droit à un quelconque lot de consolation. Au début, il s?acquitte consciencieusement de cette charge. L?inanité d?un tel exercice lui saute vite aux yeux. Il finit par donner à l?aïeule une sempiternelle réponse négative, sans même prendre la peine de procéder à une vérification digne de ce nom. Son irresponsabilité choque ses collègues. Ils réfléchissent au moyen d?éviter une aussi honteuse récidive. L?irresponsable se dédouane quelque peu en proposant de publier les lots de consolation par ordre numérique. Des puristes s?y opposent, en prétextant le plaisir sadique de quelques joueurs invétérés, vérifiant plus d?une fois la probabilité de la présence du numéro d?un de leurs billets dans le labyrinthe des lots de consolation, selon l?ordre chronique de désignation par Dame Chance. ? «Qu?à cela ne tienne», ajoute l?irresponsable. Publions les deux listes de résultats, celle officielle et chronique des organisateurs de la loterie verte et celle en ordre numérique de l?express. Sitôt dit, sitôt fait. Faut croire que les adeptes de la liste numérique l?emportèrent sur ceux du labyrinthe et du désordre chronique car d?autres journaux protestèrent bien vite contre l?avantage acquis par l?express, en découpant les numéros en désordre pour les coller dans l?ordre numérique, en multipliant les procédures de vérification. Il s?agit peut-être des mêmes qui regimbèrent contre le fait que l?express était le seul journal à parler, au départ (parfois même verbatim), des travaux du Conseil des ministres, avant l?ère Moorba. Entre-temps, l?ordinateur fait son apparition et il suffit bientôt de presser une touche pour que la liste du désordre chronique se transforme en ordre numérique. Comme quoi, on n?arrête pas le progrès.

Pour clore ce dossier, il faudrait rappeler, ici, que notre loterie verte est créée au départ, entre autres par Raoul Rivet, pour venir en aide à nos anciens combattants. Mais comme ces derniers persistent à nous donner l?impression de ne pas accorder le moindre intérêt à cet argument historique, nous aurons tort de vouloir insister.

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