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Le prix de la détermination

3 septembre 2008, 20:00

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«Un individu peut apporter beaucoup de changements autour de lui. A condition qu?il croie en lui-même d?abord.» Très vite, Vinayagum Chinapah a cru en lui. Malgré les étiquettes qu?on lui a collait, les quolibets qu?il a essuyés, et les barrières dressées sur sa route.

Neuvième d?une famille de onze enfants, les perspectives d?avenir sont sombres pour cet enfant de Moka. «Le meilleur que je pouvais espérer à l?époque, c?était de faire des études jusqu?à la quatrième.» Il ira plus loin. Non sans difficultés. Après sa sixième, il obtient une place au collège Trinity à Port Louis. Puisqu?il n?y a pas d?école secondaire à Moka à l?époque, et que la famille n?a pas assez d?argent pour payer le transport de Moka à Port-Louis, il doit se résoudre soit à arrêter ses études ou à habiter ailleurs. C?est ainsi qu?il débarque chez son frère aîné à Grande-Rivière. A l?école, «on se moquait de ma façon de parler le français et le créole.» En Form IV, il échoue. Ajoutés à «zulu», on le traite dorénavant de «katar» et de «repeater».

Mais l?adolescent décide que «mo pa zulu, mo pa katar. Mo kapav fer kitsoz».

Il réussit son Higher School Certificate. A 18 ans, il devient enseignant de français au Collège Stratford. Deux ans plus tard, on le nomme recteur du département filles du collège Stratford.

Peu après, il se joint au Mouvement Militant Mauricien en 1967, puis au Mauritius Socialist Youth Movement. Ce qui l?amène entre autres à donner des leçons particulières gratuites aux enfants défavorisés. «Je leur donnais priorité parce que j?ai pu triompher de l?injustice à travers l?éducation. Je voulais faire pareil pour d?autres.»

En 1971, une bourse l?emmène à Prague, dans l?ex-Tchécoslovaquie. Il y fait une maîtrise dans la planification de l?éducation. Là-bas, il vit une situation «inverse» à celle de Maurice. Il s?embarque dans ce qu?il appelle le «continuum zéro-héros.» A Prague, «pli ou nwar, pli bann la apresie ou», dit-il en riant. Lui qui a gardé les cheveux longs et la moustache de son époque MMM est traité de «superstar». Soudain, son cheminement devient fort aisé.

Avant de terminer sa maîtrise, il obtient une nouvelle bourse qui l?emmène cette fois en Suède. Il y fait un doctorat sur l?égalité des opportunités dans l?éducation à Maurice. Il fait une enquête auprès de quelque 1 700 élèves. A l?époque, le Certificate of Primary Education vient d?être introduit. L?un de ses constats est que l?école crée des barrières et pénalise les défavorisés, plutôt que de les aider. Sa thèse est «très utilisée lors des débats parlementaires».

«Je ne comprends pas pourquoi ici on fait référence à ces pays où les leçons particulières existent plutôt que de se comparer à tous les autres où il n?y en pas.»

Un an plus tard, il est invité à intégrer l?Institut d?Education Internationale, de l?université de Stockholm en Suède, étant la seule personne en Suède ayant un tel diplôme dans la planification d?éducation.

Il est chargé de faire des recherches et d?écrire des rapports sur l?éducation en Afrique, commandés par de grandes institutions tels que le Commonwealth Secretariat ou l?Organisation des Nations unies pour l?éducation, la science et la culture (Unesco). Son objectif à travers ce poste est de «donner tort à ceux qui croient que l?Afrique est un continent de non-progrès». Vinayagum Chinapah a écrit «quelque 54 livres et au moins 150 articles scientifiques».

Depuis 1992, il s?est joint à l?Unesco de Paris pour faire un suivi permanent des acquis scolaires dans 72 pays du monde, le «plus gros programme dans l?histoire de l?éducation.».

Depuis les années 70, Vinayagum Chinapah a été appelé pour travailler avec «la plupart des gouvernements au monde». Et son pays natal dans tout cela ? «Je suis un fonctionnaire international. Je ne peux pas travailler uniquement pour Maurice. Ceci dit, il dit «suivre» ce qui se passe à Maurice.  Suffisamment pour estimer que les «leçons particulières sont le cancer du système éducatif mauricien. Cela n?apporte rien à part de rendre l?école impuissante.»

Et de poursuivre : «Je ne comprends pas pourquoi ici on fait référence à ces pays où les leçons particulières existent, plutôt que de se comparer à tous les autres où il n?y a pas de leçons particulières. Si l?argent investi dans les leçons particulières étaient mis de côté, vous savez combien d?universités on aurait pu créer avec cet argent ?» Selon Vinayagum Chinapah, l?accès à l?éducation devrait être garanti pour tous jusqu?à l?âge de 18 ans. Et ce serait seulement à ce moment-là que l?élève serait soumis à de grands examens.

Depuis septembre 2007, il est le conseiller régional de l?Unesco pour les pays arabes. Poste qu?il va assumer jusqu?à décembre 2008. Pour des raisons de sécurité, ce père de quatre enfants, dont deux en bas âge, a décidé de délaisser Beyrouth où il est posté. A partir du 1er janvier 2009, il prendra officiellement son poste de directeur de l?Institut d?Education Internationale de l?université de Stockholm. Fonction qui va lui laisser le champ libre pour «multiplier mes actions par mille.» L?exemple d?une action, c?est de créer une université à Maurice dans «un proche avenir » et de retomber dans la marmite politique.  

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