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Une question de visibilité

3 septembre 2008, 00:00

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Quand on parle d?art aujourd?hui, il n?est plus possible de se référer qu?à la peinture et à la sculpture, car l?art contemporain est protéiforme. Il s?est élargi à d?autres horizons et ne se contente plus d?être que peintures et sculptures. Il n?est d?autant plus question de juger les ?uvres d?art qu?à travers les savoir-faire technique et la joliesse qui se dégagent de celles-ci, bref à travers leur «esthétisme».

L?art contemporain est présent dans l?île. L?énergie créatrice bouillonne, mais les ?uvres manquent cruellement de visibilité. Il faut attendre, chaque année, le Salon de Mai pour que le public puisse accéder aux ?uvres sortant de l?ordinaire, c?est-à-dire de la peinture que j?appelle «touristique», que l?on trouve à profusion, voire à outrance dans les galeries des centres commerciaux et ailleurs dans l?île.

Il est un point que j?aimerais évoquer au travers de cet article. Il s?agit de la réception de cette forme d?art dans le paysage mauricien. (...) Trois ans auparavant, dans ces mêmes colonnes, j?avais quelque peu égratigné le ministère de la Culture pour son manque d?intérêt pour les arts plastiques, notamment à cause de l?absence d?un musée d?art, musée qui demeure toujours fantôme. (...) La galerie IMAAYA, sur l?initiative de Charlie d?Hotman, vient heureusement combler ce vide qui se ressent depuis quelques décennies. La qualité des ?uvres exposées à la galerie est fort appréciable. Normal. Ce sont les artistes confirmés et possédant un langage plastique avancé et mûrement réfléchi dans l?élaboration de leur travail.

Ainsi, les ?uvres de Nirveda Alleck, notamment Sometimes love is just not enough dégagent, comme d?habitude une certaine force, intriguent, choquent et questionnent. (...)

L?installation de Françoise Hardy est également très intéressante. Elle est poétique malgré l?intention écologique et certainement politique qu?explique l?artiste. L?évolution et l?orientation nouvelle que se permet l?artiste est un vrai plaisir. On y trouve une plus grande ouverture et le travail moins confiné dans le pictural. (...)

Les autres ?uvres présentées sont tout aussi fort intéressantes. Les productions picturales de grands formats attirent le regard, nous plongent dans une autre dimension et nous éloignent des peintures que l?on retrouve dans les autres galeries de l?île. Toutes les créations plastiques présentes chez IMAAYA forcent le spectateur à s?interroger sur la ou les démarches des artistes.

<B>Habituer aux nouvelles tendances</B>

(...) L?accès à l?art doit être une démocratie. La création d?un musée est de ce fait primordiale. Le travail abattu par l?association PartAge et d?autres encore est grand. Le dynamisme et la volonté de la part de ces artistes de faire bouger les choses sont là mais il est question de mettre en visibilité les ?uvres de manière permanente afin d?habituer les Mauriciens aux nouvelles tendances.

La galerie IMAAYA est certes un lieu qui se propose d?accueillir les créations contemporaines, mais l?accès à la visibilité de ces ?uvres reste néanmoins et essentiellement pour les amateurs d?art. Ceci n?est bien évidemment pas une critique qui va à l?encontre de la galerie. Au contraire, elle est un modèle qui doit en encourager d?autres, par exemple l?Etat, à emboîter le pas. Mais est-ce que le grand public se déplacerait dans le Nord pour découvrir les exposants ? L?éloignement n?est-il pas un obstacle à la découverte de la création contemporaine ?

D?où cette énième demande pour la mise en place de manière concrète et non virtuelle d?une institution publique pour accueillir les ?uvres des nos artistes et plasticiens. IMAAYA doit continuer sur sa belle lancée et maintenir le niveau des ?uvres exposées. La qualité demeure un atout indispensable. Espérons que le public saura apprécier tout le travail audacieux accompli par Charlie d?Hotman et que cette dernière ne se laissera pas décourager par l?éventuelle lenteur des ventes.

L?Etat doit réagir ! A force de jouer avec le visible et l?invisible, à force de faire la sourde oreille, l?art contemporain mauricien aura du mal à se mettre en visibilité comme il se doit? et tant pis pour le public, tant pis pour la culture.

<B>Didier WONG CHI MAN</B>

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