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Contre nature
La nature est en larmes et nos mouchoirs biodégradables sont dérisoires et ridicules. Rien ne dure et par conséquent rien n?est durable. Pas plus l?île Maurice qu?autre chose. Alors pleurer à notre tour ne sert à rien et tenter de croire à coups de séminaires juteux que tout est encore possible relève du pathétique.
Mais on le sait bien : le pathétique rapporte gros. On voit aujourd?hui ceux qui ont le plus contribué à abîmer et salir la planète prendre les devants ? en protégeant leurs arrières ? pour se présenter comme les sauveurs à venir. Ceux qui voulaient détruire la vallée de Ferney en sont aujourd?hui les plus ardents défenseurs, sans doute parce qu?aujourdhui ça peut rapporter gros. Il y a quelques années, le vaillant Rajesh Bhagwan faisait nettoyer avec fureur nos forêts et cours d?eau ou pullulaient les bouteilles en plastique. Personne n?avait pensé à en interdire la fabrication?
Le pays dont la plupart de nos décideurs politiques et surtout économiques se gargarisent et veulent ériger en modèle, est celui-là même qui refuse de signer le protocole de Kyoto et éructe ses gaz toxiques à la face du monde avec un bras d?honneur bien appuyé.
Les Etats-Unis, mené par un homme pathétique, se veulent phare du monde. Le pays que la plupart des grands économistes mauriciens et des publications consacrées au business vénèrent est le pays où 55 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Où des millions d?autres crèvent sans avoir droit aux soins de santé. Et qui est devenu, selon un sondage du Daily Telegraph publié il y a 2 ans, le pays le plus détesté au monde.
Sans doute pensez-vous que ces quelques observations n?ont rien à voir avec la protection de l?environnement et notre avenir écologique. Je n?en suis pas si sûr. Toutes ces attitudes, ces méthodes, ces réflexions, faussées par l?appât du gain insatiable relèvent d?une même réalité.
Nos sociétés sont basées sur des contradictions irréconciliables, que nous estimons qu?il faut absolument taire. Le résultat est éloquent.
Dans le cadre des débats qui agitaient les esprits sur la sécurité alimentaire, le Premier ministre mauricien, il y a un mois, déclarait que le monde se rendait compte que bientôt, «même avec de l?argent on ne pourrait pas acheter de la nourriture.»
Cette nouvelle a quelque chose de bon, de salutaire, d?éminemment optimiste. Il fait enfin comprendre à tous les Singapour de ce monde que l?argent ne peut pas tout acheter et que le bétonnage, s?il remplit les poches des promoteurs, des architectes et spéculateurs, ne rend pas pour autant un avenir durable au pays.
Le vieux général, avant de se retirer à Colombey disait : «Un pays qui ne peut se suffire sur le plan alimentaire restera toujours un pays fragile.»
Il n?y a pas de remèdes à l?illusion.
Gramsci disait : «La crise c?est quand le vieux est mort et que le nouveau tarde à naître.»
Nous y sommes jusqu?au cou.
Il faut précipiter le drame inévitable et espérer que du chaos qui en résultera, surgira le nouveau.
Nous serons alors sortis de la crise.
Pour le moment, nos vies sont contre nature.
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