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Le naufrage
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
L?addition de trente minutes à la journée scolaire n?est pas la seule cause du désordre qui gagne les collèges. D?autres griefs sont venus s?ajouter à la liste des raisons qui poussent les enseignants à entamer une action syndicale. Leur exaspération est grande. Ils sont fortement mobilisés et pourraient bien paralyser la majorité des établissements secondaires demain.
Leur frustration découle de l?application d?une politique coercitive. C?est sans concertation et dans la confusion totale que le ministère de l?Education a décidé de rendre effective une mesure préconisée par le PRB sur les horaires de travail des enseignants. Certes, la mesure est en soi juste et sert l?intérêt des élèves mais il est inimaginable qu?un ministre puisse adopter une politique qui ne tienne pas compte également des préoccupations des enseignants.
La méthode Gokhool a été défaillante sur toute la ligne. Le 25 août dernier, après des discussions de dernière minute avec les divers partenaires de l?Education, le ministre parvient à arracher un accord et éviter de justesse une grève dans le secondaire. Cet accord stipule notamment que « Staff register will be introduced with immediate effect to record the movement of Educators either out or in and out of school (when they are not teaching) once they have obtained the prior approval of the Head of school.» Trois jours après la signature de l?accord, le ministère se dédit. Il décrète que les enseignants ne seront pas autorisés à quitter l?école même s?ils n?ont pas d?enseignement à dispenser. Il est annoncé à ceux-ci que s?ils quittent l?école avant l?heure réglementaire, leur absence sera comptabilisée et déduite de leur «casual leave». Du coup, les syndicats clament qu?il y a manquement à la parole donnée et repartent en guerre. Ils n?acceptent pas que des conditions leur soient imposées au gré des caprices des hauts fonctionnaires de l?Education.
La gestion du ministre de l?Education accuse un manque de direction. Plutôt que de zigzaguer sans arrêt, le ministre aurait pu être une source de leadership qui motive son équipe. S?il avait pris de la hauteur, il aurait pu définir, avec les représentants des enseignants, une politique cohérente sur le temps d?enseignement. Cela aurait permis de déboucher sur une formule qui permet d?allonger la journée scolaire à la satisfaction de toutes les parties. En revanche, un ministre obstiné qui pratique le dirigisme à l?état pur finit par produire un corps d?enseignants frustrés qui, à leur tour, formeront des générations déséquilibrées.
Parce qu?il manque une politique claire, les enseignants ont la perception qu?un establishment anti-profs cherche tout simplement à leur causer des contrariétés et des agacements. Si des activités parascolaires planifiées, répondant à des besoins éducatifs précis, étaient organisées durant la demi-heure additionnelle, les enseignants n?auraient pas été si remontés contre le ministère. Ils craignent qu?avec un pilote qui ne sait pas garder un cap, l?école de la République se dirigera vers le naufrage.
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