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Pour y voir plus clair

30 août 2008, 00:00

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Une boule de coton au moins trois fois plus grosse que l??il, retenue par du sparadrap. C?est l?énorme pansement qui cache la moitié de plusieurs de ces visages. Galerie de portraits des patients, qui prennent leur mal en patience dans cette salle d?attente pleine à craquer.

L?heure du déjeuner a sonné depuis deux heures, à Moka. Mais Khatijia Sahobdooa attend. Préférant ne pas bouger au cas où l?infirmière viendrait, comme à la criée, vociférer son nom?

Ses yeux rouges accusent la fatigue. Il faut savoir qu?elle a fait le chemin de Camp Chapelon à Moka, à moto, solidement cramponnée à son mari Mamade. Il est 14 heures. Khatijia et Mamade sont là depuis 11 heures?

<I>«Les épaules légèrement courbées de Khatijia affichent son attitude résignée. Mamade, quant à lui, a du mal à contenir sa frustration.»</I>

Les épaules légèrement courbées de Khatijia affichent son attitude résignée. Mamade, quant à lui, a du mal à contenir sa frustration. Toutes les deux minutes, il regarde sa montre. Agent de sécurité, il doit prendre du service à 15 heures. Il ne peut se permettre d?être en retard. Ce serait la troisième fois cette semaine.

Ses mots reflètent sa colère grandissante et contagieuse, gagnant Karl, qui est juste derrière lui dans la file d?attente. Des «nani» silencieuses hochent elles la tête, en signe d?approbation. «Si vous regardez la carte de tous ces gens, vous verrez qu?ils ont tous rendez-vous à 13 heures. A combien de gens est-ce qu?ils donnent rendez-vous à la même heure par jour ?» s?interrogent-ils.

Grand-mère Ramtanon, elle, pousse un soupir qui en dit long sur son état d?esprit. Sa fille Chairlaine qui l?accompagne, vient de lui annoncer que son prochain rendez-vous a été fixé à? l?année prochaine. Pourtant, elle se plaint de ressentir des brûlures de plus en plus fréquentes à l??il. Pourtant, certains matins, elle a l?impression de voir flou, d?être dans un brouillard. «Mais bon, c?est déjà ça. Parce que par deux fois jusqu?ici, on m?a dit que mon dossier avait été égaré?» Alors en attendant, «mo pou asiz impe loin ar televizion», déclare Grand-mère Ramtanon, comme pour se convaincre elle-même. Sa voix cependant trahit sa lassitude. Fatiguée d?attendre. Fatiguée d?être renvoyée. Fatiguée de souffrir.

Sur le même banc, une voix fluette contraste avec les soupirs de la vielle dame. Une petite assaille son père, Husseinji Dhunea, de questions. Lui demandant par exemple pourquoi ce monsieur porte des lunettes noires sur les yeux et des lunettes «blanches» sur le front. Elle a manqué l?école aujourd?hui. Pour ne pas rater son rendez-vous de 13 heures.

La faim la tiraille. «Papi mo pe gagn faim». Le «papi», campe bien son rôle : «kan ti dir manze lakaz, to pa ti ekoute, aster la, kotsa mo pou al rod manze moi ?» Le papi ira quand même tout de suite après se mettre à la recherche d?un encas pour sa fille.

C?est ce moment là que choisit l?infirmière, qui esquisse quelques grimaces, pour les appeler, couvrant le bruit des conversations de sa voix aiguë, ébranlant les quatre murs entre lesquels zigzaguent les nombreuses files d?attente. Il y en a deux devant le guichet central et deux autres aux admissions : une pour les nouveaux venus, l?autre pour ceux qui ont rendez-vous. Une autre encore s?étale devant la pharmacie. Sans compter celles devant les salles de consultation des spécialistes. On se bouscule, au risque de se faire un ?il au beurre noir, pour trouver une place assise.

Quand il revient au bout de quelques minutes, Husseinji, le papa de la fillette, tient à la main un demi litre de soda et une paire de «roti». Il se souvient que «lot foi la», il était arrivé en retard. Qu?il avait tout de même, «met railing», mais qu?une fois son tour venu, on lui avait répondu que «dokter ine fini ale». On a du mal à y voir clair?

<B>Les solutions envisagées </B>

La décentralisation est une des solutions envisagées par le ministère de la Santé pour décongestionner la salle d?attente de l?hôpital de Moka. Cependant, faute de spécialistes en ophtalmologie, cette mesure n?a pas encore été mise en place. L?initiative, annoncée depuis des années, ne semble pas être enclenchée. L?hôpital de Moka ne compte que neuf ophtalmologues, dont quelques uns font la tournée des hôpitaux chaque semaine.

Pendant ce temps, chaque jour, quelque 400 à 600 patients transitent par les urgences de cet hôpital. Le Dr Hassenjee Daureeawoo, responsable de l?établissement, expliquait récemment que la pression est grande. Selon lui, les Mauriciens accourent à l?hôpital de dès qu?ils ont un petit souci à l?oeil, alors qu?ils auraient pu se rendre dans d?autres hôpitaux des centres régionaux. Ainsi, quand les patients affluent, c?est un généraliste avec une formation spéciale, qui s?occupe d?eux. Ce n?est qu?en cas d?urgence que ces personne sont référées à des spécialistes. Au cas contraire, ont leur donne rendez-vous? La construction d?une aile supplémentaire, qui devait comprendre un nouveau service d?urgences et des salles se fait par ailleurs toujours attendre, même si le plan architectural a déjà été réalisé.

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