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La série B qui abêtit

9 août 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

Ce n?est pas tout à fait comme dans les histoires du maître et du valet. Comme dans Marivaux où c?est le seigneur qui courtise la soubrette, mais lorsque l?affaire tourne mal, c?est le valet qui prend le bâton. Ici, même si le maître ne se fait pas bâtonner, il n?en demeure pas moins que certaines de ses décisions peuvent paraître comme des capitulations.

Les fanatiques de notre sport national ont été bien gâtés en ce début de semaine. Rama Valayden leur a proposé un remake du film où l?autre Rama, Sithanen celui-là, écrivait une lettre de démission sans que l?acte ne suive les mots. Les plus avertis avaient compris dès le début qu?on était dans une réadaptation d?une déjà bien mauvaise adaptation. Cependant, au-delà du navet projeté, le feuilleton gouvernemental laisse voir des faiblesses d?intrigue qui ne dupent personne. En ce sens, Navin Ramgoolam a beau prendre la posture du leader au-dessus de la mêlée, il ne peut cacher la gêne que provoque chez lui certains enfantillages.

L?histoire ne repasse donc pas toujours les plats. Elle peut se reproduire. On l?appréhendait au gouvernement. On l?espérait au sein de l?opposition. Chacun sait qu?une majorité qui entend achever son mandat de cinq ans passera définitivement par, au mieux, des secousses et, au pire, des séismes. Un peu plus de trois ans depuis son arrivée au pouvoir, l?Alliance sociale a connu en moyenne une grave crise annuelle. Sans compter les histoires qu?on ne connaît pas ou celles qui sont secondaires. Comme, pour le premier cas, les dessous des gesticulations d?Anil Bachoo, et, pour le second, les vaines tergiversations de Reza Issack.

Tout cela, sans oublier la révocation de Madan Dulloo, représente trop de rebondissements pour un film qu?on nous annonçait comme le plus grand hit du box-office politique mauricien. En fait, ces péripéties illustrent bien des dysfonctionnements. En vedette, un Premier ministre déterminé à hésiter et, dans des seconds rôles, des acteurs qui sont de plus en plus tentés de changer le changement. Cela pourrait bien provoquer une réécriture du scénario initial. Sauf que le metteur en scène de l?Alliance sociale ne compte pas revoir son casting. L?absence de Madan Dulloo dans le générique de fin n?a pas d?incidence. Par contre, celle d?un Rama Valayden ou d?un Rama Sithanen est signifiante.

Le Premier ministre a donc appris qu?il ne faut pas blesser les sentiments ou les ego de ces messieurs. Rama Valayden a appris, pour sa part, qu?il n?est pas autorisé à tout faire. Il est revenu dans les rangs en donnant toutes les garanties d?un mauvais élève qui a promis qu?il ne fera plus d?erreur et qu?il passera au bureau du maître avant de tenir des propos publics lorsqu?il est question des droits humains. Ainsi posée, sa démarche n?égratigne pas l?image du Premier ministre. Les honneurs sont saufs. Navin Ramgoolam préserve sa réputation de chef de gouvernement. Rama Valayden a fait comprendre qu?on a encore besoin de lui.

C?est en fin de compte une très bonne idée qu?a eue Rama Valayden. Il n?y avait pas de meilleure stratégie pour légitimer sa présence au gouvernement. Mais auprès de l?opinion publique, il a laissé un peu de tous les grands «principes», «image du pays», cohérence du «gouvernement» qu?il entendait préserver en soumettant sa pseudo démission? Mais, on est à Maurice. Et à Maurice les «grands principes» ne sont en politique que des théories baveuses qu?on ressasse devant des citoyens blasés.

Au mieux, on pourrait se dire que ce n?est qu?une séquence ratée d?un film qui a encore le temps de proposer un final époustouflant. Mais ce serait faire preuve d?un optimisme béat. Dans le fond, c?est cette fameuse tradition démocratique mauricienne qui prend des coups.

Quoi qu?il en soit, le maître a sauvé la face, et le valet a maintenu son pouvoir de marchandage. Et la soubrette pourra toujours affirmer que c?est elle qui décidera du sort des uns et des autres dans l?isoloir.

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