Publicité

Réussir A tout prix

7 août 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La nouvelle tombe le 13 Juillet 2001. La Chine obtient l?organisation des Jeux olympiques (JO). «C?est une grande fête pour le peuple chinois. Et c?est aussi un honneur et un vrai défi d?être le premier pays en développement à organiser les JO», clame le vice-maire de Shanghai, Sha Hailing. Aujourd?hui donc, en ce 8 août 2008 à 8 heures du matin, heure chinoise, la cérémonie d?ouverture des JO va débuter. Le tout réglé comme du papier à musique. Et pour parachever comme il se doit le lancement des jeux, un feu d?artifice qui promet de faire passer celui du passage à l?an 2000 pour un vulgaire feu de Bengale.

Plus qu?avant encore, la Chine est au centre de toutes les attentions. Elle s?est lancée dans un vaste chantier pour accueillir le monde. Excusez du peu! Surtout, elle veut lui en mettre plein les yeux. Pour cela, elle s?est donné les moyens de ses ambitions. Quelque 40 milliards de dollars (Rs 1 200 milliards) ont été dépensés pour «la fête». Pékin s?est parée de bijoux architecturaux audacieux pour accueillir les athlètes. Le Nid d?oiseau et le Cube sont les deux principales merveilles qui sont sorties de terre cette année.

Les efforts consentis sont donc considérables. Les critiques à l?égard des expropriations ou du manque de liberté d?expression peuvent presque être balayées du revers de la main. Dans ce sens, Hongbo Wu, ministre adjoint des Affaires étrangères, ironise : «nous attendons quelque 30 000 journalistes alors que seulement 10 000 athlètes environ participent aux différentes épreuves olympiques. On pourrait dire qu?il s?agit plus d?un événement journalistique que d?un événement sportif !». Il est vrai que les médias occidentaux en profitent amplement pour dénoncer ce qui cloche malgré l?assouplissement, très relatif, du verrou de l?information. Et cela tient assurément à la politique controversée du gouvernement chinois: les critiques, surtout venues de l?Occident, ne sont pas en odeur de sainteté dans l?Empire du Milieu.

Le maître-mot est la réussite. Les autorités ne transigent pas là-dessus. De fait, la police et l?ensemble des organisateurs, des officiels en passant par les bénévoles, sont sur le qui-vive. La coloration politique des jeux, un temps occultée par le drame du Sichuan (tremblement de terre meurtrier du 12 mai), a entaché les préparatifs. Hors de question que cela arrive durant la tenue des olympiades. Silence de rigueur sur le Tibet par exemple. Pour les autorités, le terrorisme, venu notamment de la minorité ouïgour, l?activisme pour les droits humains ou pour la liberté d?expression n?ont pas leur place pendant les Jeux olympiques. La politique sécuritaire vire presque à la frénésie.

Pendant 17 jours, les yeux du monde entier seront braqués sur Pékin. La grand- messe du sport a transformé la cité autrefois impériale en mégapole impérieuse. Les Hutongs, quartiers traditionnels où il faisait bon flâner, ont cédé la place, sans discussions, à de nouvelles constructions. La folie de la norme, du modernisme urbain et de l?image au détriment du charme désuet des quartiers populaires. Cette atmosphère qui imprègne l?imaginaire occidental s?est évaporée. Et avec elle, s?étouffent les plaintes des habitants expropriés et injustement dédommagés.

En voyant grand, les autorités chinoises cherchent à «mieux faire connaître au monde la Chine d?aujourd?hui», avance Hongbo Wu. Les Chinois eux-mêmes, pour la plupart, n?hésitent pas à faire la promotion des JO et surtout de parier, sans une once de réserve, sur leur réussite. Qu?on le veuille ou non, et malgré les dérapages dans l?organisation, les Pékinois, et plus largement l?ensemble des Chinois, affichent un sourire permanent. De rigueur peut-être. Cependant, la motivation et l?engouement populaires existent bel et bien.

Ils sont donc prêts. Le compte à rebours est lancé. Il ne reste plus qu?à apprécier la fête, vibrer au rythme des exploits sportifs? et guetter un éventuel incident. Non pas par mauvais esprit, mais plutôt pour juger de la réponse chinoise. Les moyens déployés pour accueillir le monde et respecter le calendrier épatent toutes les délégations venues visiter la Chine. Gageons que les préparatifs des jeux développent une inertie positive pour les habitants de la capitale. La qualité de vie des Pékinois peut s?en trouver améliorée si les sacrifices consentis, malgré les voix des mécontents, perdurent après la fête.

<B> Un ciel bleu pour les jeux</B>

■ On a beaucoup parlé de la chape de gaz qui plombe l?atmosphère pékinoise. Et pour cause, y voir le ciel bleu est une utopie. Etait, plutôt. Car il y a quelques jours, les Pékinois levaient les yeux au ciel pour admirer l?azur. Les autorités de la capitale ont mené un combat tambour battant contre la pollution atmosphérique. Pour cause, de nombreuses industries émettant des gaz à effet de serre se situent au sein même de la ville. La production d?électricité est par ailleurs assurée, en partie, par des centrales à charbon. Enfin, le vaste parc automobile (3,3 millions de véhicules) n?arrange rien, d?autant que ce marché est en pleine expansion. Pour lutter contre la pollution, des mesures draconiennes ont été prises. Les résultats sont aujourd?hui au rendez-vous. L?utilisation du gaz naturel pour la production d?électricité a été multiplié par quatre entre 2001 et 2008; une centrale éolienne qui devrait fournir 100 millions de kilowatts heure est actuellement en construction dans le nord-ouest de la capitale ; l?application des normes européennes pour les gaz d?échappement et une circulation alternée très contraignante limitent les rejets automobiles ; 4 000 bus roulant au gaz circulent dans les rues ; enfin, les industries polluantes sont fermées durant les jeux ou ont été délocalisées et la teneur en soufre de l?air a diminué de 62 % ces douze dernières années? Les mesures sont certes poussées à l?extrême. Elles apportent néanmoins des résultats probants. Reste à voir si la qualité de vie des Pékinois est aussi importante que l?image et la réussite des Jeux olympiques. Ces mesures, 200 au total, méritent de perdurer et non d?être remisées au placard une fois la fête terminée.

<B> Quand la politique s?en mêle</B>

137 000 km. C?est la distance parcourue par la flamme olympique. Jamais tel parcours n?aura connu autant de contestations. Les sympathisants pro-Tibet profitent de la médiatisation des jeux pour rappeler au monde l?attitude, qu?ils jugent condamnable et inacceptable, de la Chine dans cette province qui réclame l?indépendance. La thématique des droits humains, et plus largement la politique, prennent le pas sur les considérations sportives, au point où de nombreux chefs d?Etat occidentaux ont été priés de boycotter la cérémonie d?ouverture. Heureusement pour le gouvernement chinois, le revers politique n?est pas à l?ordre du jour. La politisation des jeux dans les pays occidentaux a contraint Pékin à s?engouffrer également dans la brèche politique. En juillet dernier, l?ambassadeur de Chine en France est allé jusqu?à menacer la France de «conséquences graves» si l?Elysée reçoit le dalaï-lama ce mois-ci ? finalement c?est l?épouse du président français qui accueillera le chef spirituel. Depuis plusieurs mois déjà, des crises politico-diplomatiques sur fond de droits humains et de liberté d?expression émaillent les préparatifs des jeux. Manifestations et pétitions fustigent l?emprisonnement des opposants politiques (dont les étudiants de Tien An Men) et la peine de mort toujours en vigueur. Il y a fort à parier que la politique s?inscrive encore en filigrane pendant la tenue des JO. Mercredi déjà, quatre ressortissants occidentaux ont été appréhendés par la police chinoise après avoir dévoilé une banderole appelant au retrait de la Chine du Tibet.

<B> Infrastructures</B>

■ Prouesses architecturales ou formes saugrenues. C?est selon. Le secrétaire général de l?ONU s?est même extasié devant les infrastructures olympiques «spectaculaires» de Pékin. Celles-ci font aussi dans la démesure. Le déjà célèbre Nid d?oiseau, dessiné par deux architectes suisses, Jacques Herzog et Pierre de Meuron, s?étale sur 258 000 mètres carrés et peut accueillir, pour les épreuves d?athlétisme et de football, jusqu?à 91 000 spectateurs. De l?autre côté d?une vaste avenue qui longe le stade, le Cube étale ses écailles bleues sur 100 000 mètres carrés pouvant abriter jusqu?à 17 000 personnes. Au total, et seulement à Pékin, 12 nouvelles structures ont été construites. A cela, il faut ajouter 11 installations rénovées et 8 autres temporaires.

<B>Les chiffres</B>

● 37 sites olympiques, dont 31 à Pékin, les autres répartis dans 6 autres villes

● 100 000 policiers mobilisés pour assurer la sécurité et quelque 600 000 personnes, dont de nombreux bénévoles, en soutien à l?organisation

● Près de 30 000 journalistes accrédités

● 42 hôtels réservés pour les journalistes et deux villages médias

● Au total, 806 hôtels répondant aux normes sont complets pendant les JO

● La Chine attend environ 500 000 touristes étrangers et 1 million de touristes chinois durant la quinzaine

● 500 dispositifs sécuritaires prévus

● Sur les 10 dernières années, 140 milliards de yuans ont été investis dans la lutte contre la pollution, surtout atmosphérique, à Pékin

● Mise en service de 4000 bus roulant au gaz naturel

● 200 entreprises ont été délocalisées ou fermées pour limiter la pollution atmosphérique durant les JO

Publicité