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Télécommunications : Le mirage de la libéralisation
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Télécommunications : Le mirage de la libéralisation
Alors qu?Infotech, grand-messe de la technologie de l?information, bat son plein, les opérateurs de télécommunications jouent aux abonnés absents ou presque? Cinq ans après la libéralisation des télécommunications, le bilan est maigre. Mise à part la téléphonie mobile, Mauritius Telecom (MT) règne toujours en maître sur le secteur.
L?Internet, la téléphonie locale, la vente en gros de la bande passante internationale et, dans une moindre mesure, la téléphonie internationale vivent au rythme de MT. Et la situation risque de durer.
En 2003, année de la libéralisation, MT avait engrangé des profits après taxe de Rs 1,1 milliard. Pour 2007, ses profits ont crevé la barre des Rs 2 milliards (Rs 2,1 milliards exactement). Et MT ne compte pas s?arrêter en si bon chemin. Visiblement, la libéralisation lui a fait du bien.
«Si on mesure la force de MT aujourd?hui, c?est vrai de dire que nous n?avons pas réussi à aller vers ce qu?on souhaitait faire, c?est-à-dire avoir une compétition saine qui met tout le monde sur un pied d?égalité», concède Ashok Radhakissoon, avocat et pilote du processus de libéralisation en tant que président de l?Information & Communication Technologies Authority (ICTA), autorité régulatrice du secteur. Il a quitté ce poste en octobre 2004.
Et il fait un constat troublant : «Aujourd?hui, toutes les conditions sont réunies pour permettre à MT de se solidifier.» Preuve en est que depuis plusieurs années, plus aucun opérateur privé ne se lance à pleine puissance ni dans l?internet, ni dans la téléphonie, locale ou mobile.
«Il n?y a eu des investissements que dans la téléphonie internationale et ce n?est qu?un tout petit segment. Là aussi, les opérateurs alternatifs se voient confrontés quotidiennement à des contraintes de prix. Certaines compagnies qui faisaient de la terminaison d?appels en provenance de l?étranger ne le font plus. D?autres se battent tous les jours pour continuer», explique Ashok Radhakissoon.
<B>Internet excessivement cher</B>
Au niveau de l?Internet, pas d?illusions. S?il y avait une dizaine de postulants pour une licence de fournisseur d?accès Internet en 2003, les kamikazes qui ont été jusqu?au bout n?ont pas été nombreux. Parmi, Mauripost.net, qui a cessé ses opérations, et Data Communications Ltd (DCL), qui a pris ses distances il y a deux ans.
Ce dernier compte revenir en force avec un Internet rapide sans fil basé sur la technologie Wimax afin d?être totalement indépendant du réseau de MT. Quant à Nomad, il n?a pu ronger que quelques parts du marché détenu par l?opérateur national.
MT, seul opérateur à vendre l?ADSL, pratique donc les tarifs qu?il souhaite. Du coup, l?Internet mauricien demeure excessivement cher et particulièrement lent par rapport aux prix dans les pays développés. Alors que dans certains pays européens, l?on parle d?une connexion de 10 mégabits par seconde (Mbps), à environ Rs 1 000 par mois, chez la filiale Internet de MT, l?on vend 2 Mbps, la connexion maximale du catalogue, à près de Rs 12 000.
Quant à la bande passante internationale, elle demeure totalement entre les mains de l?opérateur national. Même si son exclusivité de cinq ans sur le SAFE (câble sous-marin à fibre optique reliant Maurice au reste du monde) a expiré en avril 2007, personne ne l?a défiée. Et pour cause, les autorités traînent à adapter les structures à ce développement qui date de plus d?un an.
«Il y a définitivement un abus de position dominante dans le secteur des télécommunications. Que MT soit en position dominante, c?est assez normal. D?autres pays le vivent , mais il ne faut pas qu?il y ait un abus. Ce n?est pas sain pour le marché», analyse Ganesh Ramalingum, directeur exécutif de DCL. Il ajoute qu?il y a «toujours la dominance de MT dans tous les secteurs et c?est assez difficile pour leur faire de la compétition». Il demande donc un «régulateur fort» et une actualisation de la législation pour pouvoir établir un équilibre dans le secteur.
Jayen Chellum, secrétaire général de l?Association des consommateurs de l?île Maurice, se montre également critique face à l?évolution des choses. «La vraie libéralisation n?a pas vraiment démarré. Alors que nous attendions une compétition saine, le poids de MT n?a pas été réduit. Il y avait une stratégie de libéralisation développée à l?époque, mais le régulateur n?a pas eu les coudées franches.» Sa conclusion est claire : «Le potentiel que devait apporter la libéralisation n?a pas apporté les promesses que nous attendions. Le grand perdant est le consommateur.»
<B>Le passage à Orange</B>
MT a franchi une étape très importante le 16 avril dernier. Ses deux «machines à sous», «Cellplus» (téléphonie mobile) et «Telecom Plus» (Internet) passent sous l?enseigne «Orange», marque commerciale de France Telecom (FT). Pour pouvoir utiliser le nom et le sigle «Orange», MT doit débourser plusieurs dizaines de millions annuellement en sus d?acheter des services et du matériel auprès de l?opérateur français. Les termes de l?accord n?ont cependant pas été dévoilés. Même les employés de MT, qui possèdent 1 % des actions de l?entreprise, n?ont pas été mis au parfum.
Depuis novembre 2000, date à laquelle MT a cédé 40 % d?actions à FT, le rôle de ce dernier fait débat. «Il y avait de grandes opportunités sur le continent africain et notre association avec FT devait nous ouvrir des portes. Or, après le deal, les actions de FT se sont effondrées et la compagnie s?est retrouvée surendettée. L?heure était donc à la vente d?actifs et non d?explorer de nouveaux marchés», remarque amèrement un ancien haut cadre de MT. C?est ainsi que l?opérateur national a dû laisser filer certaines affaires en or, dont le rachat de «Kenya Telecom». Les relations entre Mauriciens et Français au conseil d?administration n?ont d?ailleurs pas toujours été au beau fixe. Mais les relations conflictuelles entre les parties mauricienne et française semblent révolues. L?année dernière, MT a réorganisé en profondeur ses structures. Actuellement, selon le site officiel de MT, le conseil d?administration est composé de huit directeurs : quatre sont Français et quatre, dont le président Dass Thomas, sont Mauriciens.
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