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Les Comores,un archipel paralysé
Après la longue crise politique avec Anjouan, cette fois-ci c?est tout l?archipel qui s?enlise dans une grave crise socio-économique, voire sanitaire.
Pour preuve, cette scène de désolation : les stations-service des Comores deviennent des cimetières pour voitures.
Notre correspondant, A. Mohamed, de Moroni relate que depuis début juillet «au lieu des embouteillages sur la route, c?est un défil,é en trois rangées distinctes, dans chaque station-service qui capte le regard : la file des véhicules qui s?étend à plus d?un kilomètre, la file des jerricans posés les uns derrière les autres sur la même distance et les hommes et les femmes qui avancent leur réservoir au rythme lent du Djalico, cette danse très prisée en cette période de mariages.»
Depuis une dizaine de jours, la situation s?est en effet gravement détériorée. Face à la tension persistante et au déploiement de militaires pour réguler le rationnement des carburants, Said Ibrahim, gérant d?une station-service, a refusé tout simplement d?en vendre, et ce afin d? éviter des émeutes.
Et aujourd?hui, le spectacle est encore plus désolant, car il n?y a plus une goutte d?essence, de gasoil, ou de pétrole lampant en vente. Seuls quelques services comme les banques, les hôpitaux, les missions diplomatiques et surtout les centrales électriques sont approvisionnés.
La Société comorienne des hydrocarbures (SCH), compagnie nationale de l?eau et de l?électricité, est à la source de la crise actuelle, surtout depuis la rupture du contrat qui la liait au groupe Total. La gestion de la SCH, jugée «désastreuse» depuis des années, a non seulement institutionnalisé des délestages d?eau et d?électricité, mais elle entraîne aussi les difficultés financières de la SCH, du fait qu?on soit obligé de lui livrer prioritairement plus de 50 000 litres de carburant par jour, dont le remboursement est hypothétique.
La pénurie des produits pétroliers a décuplé la grave crise sociale et économique qui frappe de plein fouet les trois îles de l?archipel. Ainsi plus de trois-quarts de la population éprouve du mal à joindre les deux bouts. «Cependant, lorsque arrivent les vacances, tout le monde oublie les privations et se jette dans l?ostentation souvent superficielle des grands mariages coutumiers. Habituellement durant ces 3 mois, une frénésie transporte hommes et femmes à dépenser des sommes folles dans des festins, danses et parures d?apparat. Cette année, plusieurs manifestations ont eu lieu, mais pas dans les règles de l?art coutumier. Les cérémonies ne sont plus honorées par les centaines de parents et amis résidant dans les autres régions de l?île, les moyens financiers faisant défaut, l?approvisionnement et la conservation des denrées alimentaires étant difficiles, la logistique de l?organisation étant des plus problématiques. Et pour cause, depuis 7 mois, les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés, et le pays n?est plus approvisionné régulièrement en produit pétrolier», note, avec inquiétude, notre confrère A. Mohamed. Selon lui, la crise énergétique qui frappe depuis plusieurs mois l?archipel fait craindre une crise sanitaire sans précédent.
A La Réunion, des associations de Comoriens ont ecrit une série de lettres pour conscientiser la communauté internationale sur le naufrage économique des Comores. «Mon pays les Comores, va très mal. Ici, la crise économique et sociale est devenue insupportable, elle entraîne déjà des morts. Cette situation dramatique est la première dans son genre. Si, légitimement, vous
(NdlR, la communauté internationale) ? avez mis autant de détermination pour mettre fin à la souffrance endurée par la population d?Anjouan, vous semblez pourtant afficher autant d?indifférence aux souffrances dont est victime la population de toutes les îles de l?archipel consécutivement aux crimes économiques, à la mauvaise gouvernance... ».
Dans l?archipel, le president de l?Union des Comores, Abdallah Sambi, considéré hier encore comme un héros, commence à percevoir l?ampleur de la colère qui monte dans les rues comoriennes... La règle est simple, quand l?économie va, tout va...Et l?inverse est tout aussi vrai. Les Comores l?illustrent une fois encore, hélas.
<B>Nad Sivaramen A.MOHAMED</B>
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