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Quand l?eldorado devient mirage

10 juillet 2008, 00:00

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Destination ailleurs. Sauf que l?atterrissage a été rude pour un groupe de six Mauriciens. Obligés de dormir sur la moquette, dans un appartement miteux de Sydney. Cathy (prénom fictif), jointe au téléphone, raconte. Rêvant d?un monde meilleur pour ses deux filles, âgées de 8 et 6 ans, cette ancienne caissière dans un hypermarché, qui a aussi été apprentie dans un salon de coiffure, débarque à Sydney, avec un groupe d?étudiants, le 17 juin dernier.

Son but apparent : suivre un cours en Business management au Bridge College. «L?agent nous a dit que c?est dans le secteur du management qu?on pourrait trouver du travail. Il nous a promis qu?il nous aiderait à en trouver, une fois sur place». Avant de préciser : «L?agent nous a dit qu?il chercherait un travail pour nous».

Car les motivations réelles de Cathy sont de s?installer définitivement au pays du kangourou. Et à terme, d?y faire venir ses enfants. «Je croyais qu?à la fin de mon cours de deux ans, j?allais obtenir automatiquement le permis de résident permanent.» Ce qui explique mieux sans doute pourquoi elle est prête à tous les sacrifices. Notamment la séparation de ses deux enfants.

Pour traverser l?océan, Cathy fait les comptes. Remplir le formulaire d?application lui a coûté Rs 10 000, «même si vous n?allez pas au bout de vos démarches». Elle dit avoir payé Rs 19 000 pour un package incluant le transfert de l?aéroport et le logement. Sans compter les Rs 134 000 pour les frais d?inscriptions au collège, les cours et l?assurance. «Mon père a hypothéqué sa maison. Il a emprunté Rs 450 000 auprès de sa banque pour nous aider», ajoute cette mère de famille de 29 ans.

«On dormait sur la moquette»</B>

«Le jour de mon arrivée, il y avait déjà des gens dans la maison où je devais habiter. Il a fallu que j?attende qu?ils s?en aillent, tard dans la nuit, pour pouvoir m?installer. Et quand je suis entrée, du moisi recouvrait tous les meubles.» Pendue au téléphone, elle demandera des comptes à l?agent. «Il m?a dit qu?il n?allait pas me faire payer pour le logement tout de suite et qu?il allait m?envoyer dans une autre maison», raconte Cathy.

Le lendemain, elle se retrouve effectivement à Ashfield, autre localité de Sydney. «On était à quatre filles dans une chambre et les garçons étaient à sept-huit dans une chambre», maintient Cathy, qui raconte que ce toit lui coûte 125 dollars australiens par semaine. Sans compter 300 dollars «pour la bonne». Cathy qui vit sur les Rs 75 000 qu?elle a apportées avec elle, désespère de pouvoir trouver du travail. Ses économies fondent à vue d??il.

Car dans les faits, elle ne va en cours qu?un jour par semaine. «Je croyais qu?avec mon visa étudiant, je pouvais travailler en Australie. L?agent m?avait dit que dans deux mois à peine, j?allais gagner Rs 25 000, que je pourrais rembourser mes dettes et faire venir mes enfants.»

Sans travail, sans ressources, elle se retrouve avec cinq autres personnes ? dont son mari qui l?a rejointe après une semaine ? dans une maison en piteux état. L?un de ses colocataires, Faizal (nom fictif), lui aussi joint au téléphone, raconte : «On dormait sur la moquette.» A 22 ans, après avoir travaillé un temps dans une quincaillerie, et avoir suivi un cours de débutant en informatique, il se met lui aussi en tête de s?envoler pour l?Australie.

<B>Bons Samaritains</B>

Dans la tourmente, la solidarité s?est tout de même organisée autour de Faizal et les autres. Un bon Samaritain a proposé de l?emploi à l?un d?eux, en plus d?alerter la communauté mauricienne en Australie. Celle-ci, depuis, se mobilise, qui pour faire don d?un matelas, qui de quelques meubles, en somme, du nécessaire.

Et que dit l?«agent» ? Il s?agit de FAJ International Education Services, figurant sur la liste officielle du ministère de l?Education, comme agent de liaison pour des services éducatifs. Pour sa part, Abdool Farez Jumun, directeur de l?agence précise : «Nous nous occupons d?éducation, pas d?immigration. Nous faisons signer un contrat aux étudiants qui partent, un contrat qui stipule que FAJ ne garantit aucun emploi. D?ailleurs, nos contacts là-bas indiquent volontairement aux étudiants où sont les agences de recrutement, sans réclamer de paiement. En deux ans d?existence, nous avons facilité les démarches de plus de 1 000 à 1 500 personnes, alors si six ou sept ne sont pas contents?»

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