Publicité
«Il faut revoir le MPC»
● <B>Avec du recul, quelques semaines après la baisse du «repo rate» de mai. N?avez-vous pas l?impression de vous êtes trompé ? </B>
Je rejette catégoriquement les allégations visant à faire croire que nous nous sommes trompés au Monetary Policy Committee (MPC) en début mai et que nous avons abandonné la lutte contre l?inflation. Cette décision du MPC de baisser le repo rate de 50 points de base était bien justifiée. Nous avions des motivations bien légitimes. Nous avions des craintes relatives au ralentissement de la croissance, aux licenciements dans des secteurs sensibles. Tout cela n?était pas de bon augure pour la présentation du nouveau budget. A la mesure des dernières données que nous détenions en ce moment-là, toutes les trois sortes d?inflation, le headline inflation, le core 2 inflation et le year on year inflation, étaient pointées dans la bonne direction. La tendance inflationniste était à la baisse dans chacun des trois cas. On était sur la bonne voie pour réussir la lutte contre l?inflation. C?était une décision cohérente, rationnelle. Nous n?avions pas abandonné la lutte contre l?inflation, telle n?était pas le cas.
● <B>Après avoir été l?artisan de la baisse du taux d?intérêt en mai, estimez-vous aujourd?hui que la situation a changé au point de justifier une hausse du «repo rate» ? </B>
Maintenant que les grandes lignes de l?orientation du budget sont connues, à notre avis, il appartient à la banque de braquer son attention sur sa plus grande priorité. C?est la stabilité monétaire dans un contexte d?un développement économique ordonné et équilibré. Nous croyons que le budget va dans cette direction. Il nous appartient maintenant de nous concentrer sur la lutte contre l?inflation et maintenir les conditions monétaires et financières idéales. Celles qui permettent à la population d?entrevoir un avenir non inflationniste. C?est pourquoi la Bank of Mauritius (BoM) voulait qu?il y ait, d?une façon très claire et nette, une augmentation du key repo rate.
● <B>Votre position était un peu différente?</B>
Effectivement. En ce qui me concerne, personnellement, non seulement je voulais une augmentation, mais une augmentation conséquente et rapide du taux d?intérêt directeur de la banque.
● <B>Mais pourquoi cette particularité ? </B>
J?ai souhaité une hausse conséquente et rapide du taux d?intérêt pour ramener le taux d?intérêt réel dans un territoire positif. Comme vous le savez, ce taux d?intérêt réel, qui n?est que la différence entre le taux d?intérêt nominal et le taux d?inflation, est négatif et je voulais le corriger. Nous n?avons malheureusement pas pu le faire, cette fois-ci. Mais il est temps que nous nous ressaisissions. Je crois qu?à la prochaine réunion du MPC, nous allons revoir notre stratégie. Sans cela, il n?y aura pas de progrès possible dans la lutte contre l?inflation. Très, très rapidement, le taux d?intérêt doit être revu à la hausse.
● <B>Vous semblez préoccupé par cette situation. Vous y tenez vraiment?</B>
Absolument. Surtout dans la situation actuelle où une masse monétaire importante déferlera sur le marché après le Pay Research Bureau award et d?autres mesures budgétaires. Il faut à tout prix que la banque ait cet outil à sa disposition pour lutter contre la hausse des prix, et qu?elle puisse la déployer de façon convenable. Si elle ne l?a pas, elle aura à prendre d?autres mesures.
● <B>A quelles mesures faites-vous allusion ? </B>
Augmenter le cash reserve ratio, qui est actuellement de 4 %. Mais c?est un instrument qui manque de finesse. On ne souhaiterait pas l?utiliser, à moins qu?il n?y ait pas d?autres choixx. En outre, nous pouvons utiliser le basel 2, qui nous permet de faire maintenant les capital provisioning d?une façon différente pour différents secteurs. On voudrait juguler l?inflation, la maintenir à un chiffre. Si rien n?est fait, si on permet ce genre de dérapage, on aura une inflation à deux chiffres, pas en décembre, mais bien avant. S?il y a eu un early harvest, un bumper crops, il est aussi très important de s?assurer que le post harvest treament est à la hauteur, de peur que nous ne perdions tout ce que nous avons récolté.
● <B> Que faites-vous des difficultés de l?export. Tout danger est-il maintenant écarté ? </B>
Je ne dirai pas que le secteur de l?export est pour longtemps à l?abri des difficultés. A ce secteur comme à d?autres, on a voulu donner un ballon d?oxygène de façon temporaire pour éviter qu?il commence à battre de l?aile. Mais le vrai remède ne viendra que de l?augmentation de la productivité et de l?efficience. Et les éléments pour arriver à ce remède font partie intégrante des différentes mesures budgétaires. Il faudrait éviter de chercher des solutions temporaires. La dépréciation de la roupie est l?une d?elles. Cette dernière entraîne des effets pervers sur le reste de l?économie. Cela à travers l?exchange rate pass through mechanism dont les effets sont rapides dans une économie aussi ouverte comme la nôtre.
● <B>Un an après la mise en place du MPC. Etes-vous satisfait des résultats obtenus ? </B>
Beaucoup de banques centrales, de par le monde, sont confrontées à d?énormes problèmes. La BoM avait engagé une restructuration en profondeur. L?acte portant création de cette banque, qui date de 2004, prévoyait la mise en place du MPC. Entre- temps, on a aménagé quelques sections de cette législation tout en laissant d?autres en place. A mon avis, on gagnerait à avoir peut-être deux autres personnes externes, apportant des points de vue nouveaux à la banque. Pas externes du point de vue du management, mais internes à la banque au niveau du board. Je voudrais utiliser ces deux places, dans l?esprit de la loi, pour enrichir la réflexion et élargir la panoplie des compétences sur lesquelles on peut s?appuyer pour mener à bien notre mandat.
● <B>Que souhaitez-vous d?autres pour le MPC ? </B>
Revoir le mode opératoire dans la mesure où il y a au sein du MPC des étrangers qui ne résident pas à Maurice. Alors que pour que leur vote soit pris en compte, il est nécessaire que ces membres externes soient présents physiquement. Ce qui n?est pas raisonnable. On devrait pouvoir voter quel que soit l?endroit où l?on se trouve. Dans notre cas spécifique, on s?est donné les moyens d?avoir accès à ces personnes, mais malheureusement, on ne leur permet pas d?orienter le débat. C?est quelque chose qui doit être révisé. Enfin le troisième point que je voudrais souligner est relatif à l?indépendance de la BoM. Il faut que cette indépendance soit opérationnelle et qu?elle soit ancrée dans les modes d?opération. Dans la mesure où les membres sont nommés par un ministre donné, souvent, ils s?alignent sur la position des officiers et des conseillers de leur ministère. Ce n?est pas cela, je crois, qui est l?idée derrière le choix de rendre la banque indépendante sur le plan opérationnel. Cela veut dire que le Trésor a une main mise sur les actions de la banque, ce qui va en contradiction avec cette indépendance dont la banque doit se prévaloir pour mener à bien sa mission.
Publicité
Publicité
Les plus récents