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Kadress Runghen Travailleur social
● <B> Aujourd?hui, c?est la Journée internationale contre l?abus et le trafic illicite des drogues. Vous qui êtes travailleur social, quel constat faites-vous ? </B>
La situation est inquiétante. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à tomber dans la drogue. On commence par une cigarette, pour ensuite passer rapidement au gandia. Je fais souvent des visites dans des collèges. Sur 40 élèves, il y en a parfois dix qui l?ont déjà essayé. Le gandia est banalisé, et cette drogue mène à d?autres drogues, dites plus dures. Mais il faut savoir qu?une drogue reste une drogue. Elles ne sont ni douces ni dures.
L?autre inquiétude est la féminisation du fléau. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se jeter dans la drogue. On note enfin que la drogue se répand dans toutes les régions, alors qu?auparavant, elle n?était confinée qu?à certains endroits.
● <B> Comment expliquer ces évolutions ? </B>
Aujourd?hui, les gens circulent plus, et donc la drogue bouge aussi, ce qui fait que le problème ne reste pas confiné à une seule région. De même, la jeunesse d?aujourd?hui est exposée à toutes sortes d?informations qui ne sont pas toujours bonnes. Le système éducatif ne laisse pas suffisamment de temps aux loisirs et à l?interaction entre les parents et les enfants.
● <B> Quelles sont nos faiblesses dans la lutte contre la drogue ? </B>
Nous ne travaillons pas en réseau. Nos actions ne sont donc pas coordonnées. Il faut que les travailleurs sociaux se spécialisent. On ne peut pas demander à une seule personne de tout faire. Il y a aussi l?indifférence. Il faut que l?on soit affecté de près par ce fléau pour qu?on ouvre les yeux et qu?on réagisse. La lutte contre la drogue n?est pas uniquement l?affaire des autorités ou des travailleurs sociaux, mais l?affaire de tous.
● <B> Que peut-on faire alors ? </B>
La prévention est le vaccin contre la drogue. Un jeune informé ne tombera pas facilement dans la drogue quand il y sera confronté. Il faut que tous, jeunes, parents, enseignants, soient conscientisés. Nous avons fait trop de causeries, et pas assez de formations, surtout pour empower les gens dans toutes les régions de l?île.
● <B> Y a-t-il une raison d?être optimiste ? </B>
Oui, parce que je vois de la volonté, surtout de la part des jeunes et des autorités. Il y a des fonds destinés à combattre la drogue. Il ne reste plus qu?a en faire bon usage.
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