Publicité
Muette et invisible
Par Raj MEETARBHAN</B>
A 24h d?une farce électorale que le tyran du Zimbabwe appelle le second tour de la présidentielle, l'Afrique australe s?est subitement réveillée. La SADC a, en effet, appelé hier au report du scrutin prévu pour demain au pays de Robert Mugabe. Mais, le vieux despote continue à s'accrocher avec entêtement à sa parodie de consultation, résistant à la communauté internationale.
Tant que ses voisins africains se contentaient d?être des spectateurs impassibles devant ses horreurs, Robert Mugabe avait beau jeu de dénoncer les «racistes» qui, à l?ONU et en Europe, le condamnaient. «L'Occident peut crier tant qu'il veut, l'élection aura lieu» disait-il mardi dernier. Or, désormais, même le bloc régional auquel appartient son pays le fustige. Ira-t-il de l?avant, malgré cela, avec ce scrutin sans adversaire ?
Hier, la commission de sécurité de la SADC, composée du Swaziland, de l'Angola et de la Tanzanie, a appelé à un report du scrutin. Lundi, la Commission de l?Union africaine a fait part de sa préoccupation au sujet de la situation au Zimbabwe. Partout en Afrique, ses amis le lâchent. L'archevêque sud-africain Desmond Tutu a, dans une déclaration publique, accusé Mugabe de s?être « mué en quelque chose d'assez incroyable?il est vraiment devenu une sorte de Frankenstein pour son peuple».
Transformé ? Effectivement, avant d?être atteint de la folie qui caractérise les monarques en fin de règne, Robert Mugabe a été un héros de la guerre d'indépendance (1972?79), puis un gestionnaire efficace qui fit de son pays le grenier de l?Afrique australe. Après l?indépendance, il prêche la réconciliation raciale et mène une politique sociale modérée. Ce dirigeant éclairé devient un illuminé seulement à partir des années 90. Son pouvoir est alors contesté dans la rue. En difficulté, il riposte par une campagne démagogique d?expropriation des fermiers blancs. Dès lors, les dérapages s?enchaînent et le Zimbabwe sombre dans le chaos. Plus le pays s?enfonce, plus la folie du vieux dictateur s'accentue. Il se livre alors à des exactions sanglantes et saigne à blanc l?économie de son pays. Ce qui force des millions de Zimbabwéens à fuir leur pays natal pour se réfugier dans des pays voisins.
Le plus grand danger auquel font face les pays frontaliers du Zimbabwe demeure un flux de réfugiés en cas de guerre civile. Desmond Tutu a d?ailleurs prévenu contre la menace d?un nouveau Rwanda où presque un million de personnes ont été tuées dans le génocide de 1994. «Le Rwanda s?est produit malgré tous les signaux reçus par la communauté internationale. Elle a manqué d?agir et nous regrettons aujourd?hui de ne pas avoir agi promptement», s?est indigné l?archevêque.
Maurice, pays phare de la SADC, dotée d?une gouvernance «world class», reste muette au cours de ce débat qui agite la région et le monde entier. Avons-nous choisi la voie de la diplomatie silencieuse et invisible ?
Publicité
Publicité
Les plus récents