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Pour les consommateurs contre l?industrie locale
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Pour les consommateurs contre l?industrie locale
Les tarifs douaniers étaient, voici quelques années, encore assez élevés. On notait ainsi jusqu?à 80 % de frais de douane pour certains produits alors qu?il n?y avait pas de frais pour les matières premières. Au fil des ans, ces tarifs ont été baissés, le maximum passant de 80 % à 30 %. Avec le Budget 2008-2009, pour un certain nombre de produits, ils ont été ramenés à 15 % voire, dans certains cas, à zéro.
Alors que les détracteurs du ministre des Finances persistent à dire que Maurice n?a pas d?autre choix puisqu?elle s?est engagée auprès de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à un rabattement des frais (voir encadré), d?autres observateurs maintiennent que cette décision relève du gouvernement. «Le choix de baisser les frais est une décision unilatérale du gouvernement, quel qu?il soit. Ce n?est pas par rapport à l?OMC. C?est, entre autres, une manière de contraindre les industries locales à moins dépendre de la protection. L?OMC, elle, ne vous oblige pas à réduire la taxe à zéro pour cent. Mais elle délimite un seuil qu?on ne peut dépasser», explique, en ce sens, Rooma Narainen, manager de Trade Division à la Chambre de commerce et d?industrie (CCI).
L?année dernière, les industries locales ont bénéficié d?un répit puisque le taux de la taxe douanière était maintenu à 30 %. Pour cette année, il a été ramené à zéro pour cent surtout pour des produits de consommation courante. «Il y a cependant un certain nombre de produits, il faudrait maintenir les droits de douane. Cela afin de protéger des produits spécifiquement locaux et même si on bouge vers une île hors taxes», affirme Rooma Narainen.
Dans son discours du Budget, le ministre des Finances rappelait que le gouvernement avait effectivement accordé une année de répit aux producteurs locaux. Le gouvernement reconnaissait que le secteur manufacturier avait besoin d?une année supplémentaire pour se restructurer afin de faire face à la compétition. «Outre une année de répit accordé au secteur manufacturier local, j?avais fourni des ressources financières pour aider les entreprises et, cette année, le gouvernement étend son aide à travers le Manufacturing Adjustment and SME Fund. Cela me donne la marge de man?uvre afin d?accroître le pouvoir d?achat de la population en réduisant les droits de douane. J?abolis ainsi les tarifs douaniers sur la plupart des denrées alimentaires? Ces réductions en droits de douane augmenteront le pouvoir d?achat de la population de Rs 1,8 milliard, soit l?équivalent d?une baisse de la TVA par un point et demi», précisait le ministre des Finances.
«Le choix de baisser les frais est une décision unilatérale du gouvernement, quel qu?il soit. Ce n?est pas par rapport à l?OMC.»</I>
Pour le président de la commission économique du Mouvement militant mauricien (MMM), Vishnu Lutchmeenaraidoo, la détaxation a été faite surtout sur des «produits inessentiels pour les Mauriciens.» Cela dit, il estime qu?une politique généralisée de détaxation n?est pas souhaitable. «Nous sommes en train de subir les diktats de l?OMC et des pays riches dont l?objectif est que leurs produits puissent pénétrer nos marchés. Nous avons pu constater qu?en 2007, le déficit de la balance commerciale était passé à Rs 57 milliards à cause de cette politique. C?est ce type de situation qui nous avait poussés entre les bras du Fonds monétaire international . C?est la raison pour laquelle, je suis contre le démantèlement des tarifs douaniers au nom d?une ouverture des marchés. Cela se fait aussi au détriment des petites et moyennes entreprises locales», soutient Vishnu Lutchmeenaraidoo.
Ce dernier estime également que l?abattement des droits de douane visant à faire de Maurice une île hors taxes ne sert pas les intérêts des Mauriciens. «Pour une île aussi éloignée que Maurice, les touristes ne se déplaceront pas pour acheter des téléviseurs ou des réfrigérateurs. Par contre, c?est la consommation locale qui aura tendance à augmenter. Déjà l?endettement des ménages a atteint un taux record», prévient Vishnu Lutchmeenaraidoo. Pour lui, il faut donc résister à la pression de l?OMC pour un démantèlement des tarifs douaniers.
L?économiste Kee Chong Li Kwong Wing, pour sa part, se pose d?abord la question de savoir quelle est la fonction de la taxe ? «Elle a une fonction de redistribution. Il y a un élément d?équité dans la taxe. Le système de la fiscalité doit être progressiste dans sa globalité. Or aujourd?hui lorsqu?on se soumet à l?OMC et à d?autres institutions internationales et qu?on réduit les droits de douane, on réduit sa marge de man?uvre. Qu?est-ce qui nous reste comme leviers d?action ? La TVA et la taxe directe ? Elle ne vont qu?appauvrir davantage les pauvres», souligne notre interlocuteur.
Entre la nécessité de s?inscrire dans une politique d?ouverture et celle de protéger son industrie locale, les gouvernements se succèdent en tentant de trouver des solutions intermédiaires. Pas toujours avec le succès attendu?
<B> Historique</B>
■ C?est le 30 octobre 1947 que 23 pays signent l?Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le «General Agreement on Tariffs and Trade» (GATT). L?objectif est d?harmoniser les politiques douanières et d?en faire profiter les consommateurs. Depuis, c?est une série de négociations sur différents thèmes liés au commerce mondial qui auront eu lieu, aboutissant à la création de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Dès le début avec GATT, il s?agissait, entre autres, de faire baisser les droits de douane. Le principe repose sur le fait que la liberté des échanges amène plus de compétition. Huit cycles de négociations ont ponctué le GATT qui, entre 1947 et 1994, passera de 23 pays signataires à 120 pays membres. Pour les pays en développement, c?est le cycle de Doha, débuté en 2001, qui constitue un tournant puisqu?il y sera question de leur accès aux marchés des pays développés. Dans son rapport «Perspectives économiques en Afrique 2005-2006», l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne que Maurice s?est engagée dans un processus de libéralisation des droits de douane.
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