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Paysages intérieurs

22 juin 2008, 20:00

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Il se sentait enfermé. «Dans un ghetto.» Alors, Roger Charoux a senti le besoin d?aller vers les «terres supérieures». Celles de l?abstrait, du cubisme.

C?est ce tournant que le peintre nous propose de négocier avec lui, du 26 au 30 juin à la galerie du Moulin Cassé à Péreybère.

Surtout n?allez pas le classer parmi les «Anciens». Roger Charoux ne veut pas en entendre parler. Et si au cours de son existence ? son âge sans complexe : 78 ans ? il se souvient parfaitement de ses déjeuners avec Malcolm de Chazal à La Flore. Que sa première exposition a été inaugurée en 1949, à l?hôtel de ville de Curepipe par Robert Edward Hart. Qu?il a eu l?occasion d?exposer en collectif avec Hervé Masson, Charoux est bien vivant. Alerte. Refusant d?être enterré dans une catégorie. « Je me suis libéré de ce carcan», affirme-t-il. « C?est arrivé comme ça, j?ai toujours envie de faire quelque chose de plus poussé .»

Bien sûr, il ne délaisse pas pour autant le style de paysages qui a fait sa réputation. «Vous savez c?est un peu automatique, un peu comme la bicyclette. Une fois que vous avez appris, vous n?oubliez jamais.» Ce qui ne l?empêche pas de réaliser un petit collage sur «Dry Dock». Le ventre énorme d?un bateau déborde presque du cadre. Un homme fourmi y travaille. Contraste voulu entre la taille de l?humain et celle de la machine.

Le peintre est aussi revenu avec des images de Madagascar, où il s?est rendu en août 2007, pour un atelier d?une quinzaine de jours à Tana. Il ramène notamment des scènes d?une forme de corrida qui y est pratiquée, sauf qu?il n?y a pas de mise à mort. Le but de ce sport : rester accroché au taureau le plus longtemps possible.

Roger Charoux montrera aussi son «ancienne tendance, des tableaux comme ?j?en ai toujours peint ?». On y retrouve ses lieux de prédilection, dont Port-Louis. La rue Royale, la rue Farquhar. Une capitale qu?il explore toujours avec « le groupe » les samedis après-midi. C?est-à-dire Jocelyn Thomasse, David Constantin, Monique Raffray, Maryse Hardy, Monique de La Vallée Poussin, etc...

Dans le cadre, des scènes de rue : le marchand de boulettes, la panne, le marché central, la place d?Armes avec Mahé de Labourdonnais vu de dos, comme pour profiter de la vue qu?il a du port. Une ville que Roger Charoux a beaucoup peinte durant sa carrière, à la recherche de «l?ombre et de la lumière, des masses et des gens ».

Des instantanés d?un monde plus beau que dans la réalité, plus coloré, plus harmonieux, fruit de l?interprétation du regard, puis des constructions du peintre. «C?est ce que je ressens sur le moment.» Emotion à part égale avec la technique, celle «d?établir des plans » au préalable pour éviter ces « tableaux vide que l?on voit quelquefois, qui n?ont aucun sens».

Car le peintre dit noter combien «on va plus vers l?installation. L?imagination, c?est très bien mais on aurait voulu voir comment ces gens-là dessinent».

Soigner le trait. Roger Charoux est de cette école-là. Lui qui a été formé à la Central School of Arts and Design à Londres. Ecole qui vous fait planter votre chevalet dans le décor, au bord d?une route, d?une rivière, dans un champ de canne, une ruelle...Y rester debout trois, quatre heures d?affilée. Terminer sur place ce que vous avez commencé.

Car peindre c?est sérieux pour Roger Charoux. Tout sauf un passe-temps, «cela prend tout mon temps et fait passer le temps», explique-t-il.

Durant l?exposition, il montrera aussi plusieurs pièces ayant pour sujet le port, source inépuisable de points de vue. Ce qui, au gré de la promenade picturale permet à Charoux de partager son dépit, «il m?a fallu une permission pour peindre ce remorqueur, depuis que le port est clôturé, on ne voit plus rien».

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