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La menace de l?or noir

22 juin 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le secteur touristique, moteur de croissance économique, sera affecté par la crise sévère que traverse le transport aérien avec la flambée du prix du pétrole. L?or noir devient une sérieuse menace pour notre industrie touristique. L?heure n?est pas à l?euphorie si on veut assurer un développement touristique durable.

Le cours du prix du pétrole est source de graves inquiétudes. Dès janvier 2002, les prix pétroliers se sont mis à flamber, poussés notamment par un excédent de demande de la part des pays émergents, et ils n?ont peut-être pas encore atteint leur point culminant. Entre 1998 et 2007, le prix du baril est passé de 12,7 US $ à 71,5 US $ en moyenne annuelle pour atteindre un nouveau record 139,89 US $ le baril à quelques jours d?une réunion au sommet entre pays consommateurs et producteurs destinée à étudier les causes de l?envolée du prix de l?or noir. Plusieurs spécialistes pensent que cette flambée va continuer même si d?autres pensent à une stabilisation. Le secteur du transport aérien est en train de vivre une crise sans précédent avec la hausse du prix du carburant.

L?« International Air Transport Association » (IATA) a révisé ses prévisions financières pour l?année 2008 à la baisse, soit une perte de 2,3 milliards US $. Et ce sur la base du prix du baril à 106 US $. Si le prix du baril pour le reste de l?année 2008 se maintient à 135 US $, la perte sera de plus de 6,1 milliards US $. Concrètement, cela se traduit par la faillite de compagnies aériennes ? 24 au cours des six derniers mois ?, des suppressions de vols et d?emplois pour de grandes compagnies. Aujourd?hui, la facture du pétrole représente plus de 30 % des coûts pour les compagnies et 40 % sur les vols long-courriers alors qu?elle représentait 13 % en 2002.

Parmi les mesures que prennent les compagnies aériennes il y a l?augmentation des surcharges carburant qui ont plus que doublé sur un an, dépassant les 200 euros pour un billet aller-retour pour les vols long-courriers. Ainsi pour « British Airways », la surcharge sur les vols long-courriers augmente de 30 livres par trajet, passant de 79 à 109 livres (158 à 218 livres par l?aller-retour). Air France augmente la surcharge fuel de 10 et 20 euros respectivement par tronçon sur ses vols long-courriers et sur ses vols très long-courriers. Les conséquences pour les voyageurs sont des billets plus chers et moins de flexibilité sur les dates pour les voyages long-courriers avec les suppressions de vols.

La nature ouverte de l?économie mauricienne avec sa forte dépendance des marchés éloignés nous rend particulièrement vulnérable à la crise énergétique. C?est le cas notamment du secteur touristique. En 2007, 67 % des 906 971 touristes qui ont visité le pays étaient des touristes long-courriers. Et ce n?est pas demain qu?on changera le profil de nos marchés touristiques. Douze des seize compagnies aériennes desservant Maurice font du long-courrier. Toutes ces compagnies sont et seront affectées par le prix du carburant et les mesures qu?elles prennent ou prendront pour y faire face auront un impact sur les arrivées touristiques.

Après avoir fait des profits de Rs 723 millions pour l?année financière 2007-2008, « Air Mauritius » s?attend à une baisse des profits pour l?année financière 2008-2009, soit Rs 176 millions attendues. Associée au développement du tourisme, la compagnie nationale a vu le poids du carburant atteindre 45 % des coûts opérationnels et a déjà arrêté un premier plan de réduction de 3 % de ses vols, soit 80 vols. Et ce à un moment où l?objectif de croissance pour atteindre 2 millions de touristes en 2015 passe par une augmentation moyenne annuelle de 10 % dans les arrivées touristiques, donc davantage de vols. Au-delà de la réduction des vols, c?est l?impact de l?augmentation du billet d?avion sur les vols long-courriers qui devient inquiétant. Très inquiétant.

Xavier-Luc Duval a récemment rappelé la contribution du tourisme dans le « bumper crop » qu?évoque Rama Sithanen et son importance grandissante dans l?économie nationale. En effet, de 2004 à 2007, les recettes touristiques sont passées de Rs 23 milliards à Rs 41 milliards, soit une augmentation de 73 %. Et on s?attend à des recettes de Rs 48 milliards cette année. Cette excellente performance est due à plusieurs facteurs : la synergie entre les autorités, les hôteliers, les tour-opérateurs et la MTPA ; la contribution de tous les travailleurs de l?industrie et la politique d?ouverture du ciel mauricien aux compagnies aériennes étrangères. L?euphorie n?est pas de mise cependant car la flambée de l?or noir vient changer sérieusement la donne.

Le ministre du Tourisme a aussi évoqué les difficultés auxquelles l?industrie touristique est confrontée : la flambée des prix pétroliers, une récession économique qui se profile et la morosité sur le marché touristique mondial. La basse saison mauricienne de cette année inquiète. La tendance pour le dernier trimestre 2008, fondée sur la visibilité à ce jour, préoccupe les opérateurs. Méfions-nous de la mentalité « bef dan disab sakenn guette so lizye ». Soyons proactifs en ayant une écoute active des marchés. Que tous les partenaires de l?industrie se mettent rapidement au travail pour arrêter la stratégie commune nécessaire pour prévenir une crise éventuelle. La sensibilité du vacancier au coût du prix du billet d?avion devrait logiquement être un axe central du « strategic master plan » pour le tourisme qui sera prêt en octobre. Et nous revenons à une problématique fondamentale : le tourisme durable à Maurice rime-t-il avec une clientèle bas de gamme ?

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