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« Le plus gros problème de la santé est l?attitude du personnel hospitalier »

21 juin 2008, 00:00

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Un « Regional Health Director » transféré à la suite d?un problème de molletons dans un hôpital, c?est un peu extrême, non ?

Non, je ne le pense pas. Il est inacceptable que les journaux publient une nouvelle en disant que les patients à l?hôpital n?ont pas de molletons en plein hiver et que l?affaire est soulevée au Parlement quand, au fait, il y a un stock de 4 500 molletons. Le médecin concerné reconnaît qu?il y a eu un manquement et qu?alors que des molletons sont disponibles, des patients ont dû faire sans.

Deuxièmement, c?est au RHD de s?assurer que tous les wards sont adéquatement équipés en termes de consumables. Lui est responsable, moi je dois rendre des comptes. Donc, je ne pense pas que la sanction soit démesurée car j?estime qu?il faut envoyer un signal fort à tous les autres RHD ; il y a un travail à faire et il faut le faire bien. S?il y a manquement, je prendrai des sanctions.

Selon certaines rumeurs, ce transfert serait punitif parce que le Dr Ahad Abdool aurait refusé d?accepter une proche d?un député comme interne à l?hôpital Jeetoo. Y a-t-il du vrai là-dedans ?</B>

Cela n?a rien à voir. D?ailleurs le médecin a reconnu avoir fauté dans sa lettre. C?est une décision administrative prise selon les règlements de le PSC.

Après trois ans à la tête du ministère de la Santé, quel serait le plus gros problème du secteur ?</B>

Il y a plusieurs problèmes mais je pense que les maladies non-transmissibles sont notre plus gros défi. Malheureusement, il n?y a eu aucun programme national pour sensibiliser la population à ce problème. Et c?est grave ? presque 20 % de la population à partir de 30 ans et presque 50 % des plus de 50 ans sont diabétiques. Presque 20 % de la population est atteinte d?hypertension. Cela entraîne des problèmes de vue, de reins et cardio-vasculaires. Et nous devons les traiter. Mais il faudrait, à la base, prévenir ; ce n?est pas si difficile que cela puisque nous savons que ces maladies sont dues principalement au mode de vie : la nutrition et le manque d?exercice.

Un problème de mode de vie qui coûte très cher à l?État !?</B>

Exactement parce que nous attendons que la personne tombe malade pour la traiter. Alors pourquoi ne pas prévenir ? Nous avons donc développé un plan multi sectoriel parce que chacun doit jouer son rôle.

Ne pensez-vous pas qu?une partie du problème serait aussi la santé gratuite ? On tombe malade mais ce n?est pas grave puisque le traitement est gratuit ?</B>

Non je ne le pense pas. Peut-être que c?est une infime partie du problème. Je dis toujours dans mes discours qu?au lieu de raconter des histoires, il faut faire visiter les medical wards pour que les gens voient le nombre de malades qui ont été amputés à cause du diabète. Mais je ne pense pas qu?une personne choisisse de tomber malade parce que les soins sont gratuits. J?admets que quelque part cela peut jouer dans le sens où on ne responsabilise pas le futur patient en lui donnant tout gratuitement.

Puisque vous êtes aussi responsable du secteur qui s?occupe des gens après qu?ils sont tombés malades, il y le problème de panne du MRI scan ? le seul du service public ? le manque de médicaments, etc. Le fardeau de la santé gratuite ne serait-il pas trop lourd pour l?état ?</B>

Non parce que le problème n?est pas financier.

Donc, c?est un problème de mauvaise gestion ?</B>

Oui dans certains cas. Prenons le MRI par exemple. La machine a été achetée mais il n?y avait aucun contrat de maintenance après l?expiration de garantie. Vous parlez de mauvaise gestion, je dis oui mais c?est celle de l?ancien régime.

Très commode !

(Rires?) Oui très commode pour moi. Quand on a réalisé qu?il n?y avait aucun arrangement pour la maintenance, nous avons fait des démarches mais le fournisseur a refusé parce que les prix ont augmenté. Mais je voudrais faire ressortir un point très important ? l?appareil est en panne mais les patients n?en souffrent pas parce que nous les envoyons dans les cliniques équipées en MRI scan et avec qui nous avons fait des arrangements.

Mais cela coûte plus cher, non ?

Mais ce n?est pas gratuit dans le secteur public non plus.

Bien sûr mais là vous payez les cliniques pour l?utilisation de leurs machines !

Même dans les hôpitaux où le service est gratuit, l?État paie pour les frais.

Oui mais clairement l?État paie plus quand il envoie les patients dans des cliniques !

Pas nécessairement. Il n?y a jamais eu d?évaluation mais je pense que c?est une idée fausse. C?est un peu comme le transport. Il est gratuit pour les gens mais l?état paie.

Vous dites donc que les coûts de l?état pour un scan ? fait à l?hôpital ou en clinique ? sont les mêmes ?

Cela se pourrait bien. Je prends l?analogie de la dialyse. L?état le fait mais parce nos capacités sont limitées, nous envoyons aussi nos patients dans des cliniques. Les coûts reviennent au même. Peut-être que l?analogie n?est pas la bonne mais l?outsourcing ne revient pas à aussi cher qu?on le croit.

Mais il ne s?agit pas que de MRI ? il y a tant d?autres équipements en panne, de médicaments indisponibles, etc.

Il y aura toujours des problèmes. C?est une question de gestion mais je crois que nous faisons de notre mieux. Je crois cependant qu?il faut un changement dans les mentalités des usagers comme du personnel.

Nous entendons souvent cet argument. Alors, parce que le service est gratuit, l?usager doit se contenter d?un service de qualité inférieure ?

Je pense que parce que c?est gratuit, les gens sont plus exigeants. Je prends les Area Health Centres. Nous avons apporté les services de santé à la porte des gens mais ils viennent quand même à l?hôpital de peur de ne pas recevoir le service qu?il faut. Et dès qu?il y a un petit problème, les gens appellent les radios, écrivent au président de la République et au Premier ministre !

Mais le personnel de l?hôpital a souvent cette attitude dédaigneuse avec les gens parce que le service est gratuit.

Oui et je condamne cette attitude. C?est la raison pour laquelle nous mettons beaucoup d?accent sur l?attitude. En fait le plus gros problème du secteur, n?est pas le manque d?équipements ou de médicaments, etc. mais bien un problème d?attitude du personnel. Et pour cela, il n?y a pas de vaccin. Nous avons commencé un programme de formation pour le personnel. Le problème de service clientèle est un problème de culture qui existe dans tout le pays. S?il existe même le privé, imaginez maintenant dans le service public.

<I>« Il faudrait, à la base, prévenir ; ce n?est pas si difficile puisque nous savons que ces maladies sont dues surtout au mode de vie : la nutrition et le manque d?exercice.»</I>

Et la file d?attente dans les hôpitaux ?

Ecoutez, partout où vous allez il faut faire la queue, c?est normal pour les accidents et autres maladies comme pour les urgences. Les cas d?urgence sont désormais traités séparément des accidents à l?hôpital.

L?arrestation des deux médecins est une bonne chose dans le sens où l?on voit que des sanctions sont prises mais devrait-on se faire du souci par rapport à la qualité - et l?intégrité - des médecins que l?État recrute ?

Pas vraiment. Il faut se dire qu?il n?y aura jamais de système d?éducation du même niveau à travers le monde ? il y aura toujours une certaine disparité. Mais ce qui importe c?est ce qui se passe après ; nous avons décidé qu?au lieu d?une année d?internat, les nouveaux médecins devront faire deux ans d?internat. Mais il y a des brebis galeuses dans tous les métiers.

C?est une question d?expérience et pas de formation ?

De formation et d?intégrité. Et un manque d?intégrité de la part des médecins ne sera jamais toléré. Pour les jeunes médecins, je suis persuadé que l?expérience qu?ils auront pendant ces deux ans va les aider puisqu?ils apprennent de chaque patient.

Et si vous tombez malade, vous irez à l?hôpital ou dans une clinique privée ?

Je suis toujours allé à l?hôpital. Même en tant que ministre, je me ferai soigner à l?hôpital.

Le raisonnement ne devrait-il pas être que ceux qui ont les moyens aillent dans le privé pour alléger le fardeau de l?État ?

Le système est hybride. Il y a plus d?argent qui circule dans le privé que dans le public. Ce qui veut dire que le privé génère beaucoup d?argent puisque les services sont chers - je suis en train de parler d?un ratio de 60-40 en termes de revenus et pourtant 90 % de la population utilise le service public. J?ajoute que beaucoup de gens qui vont en clinique se rendent éventuellement à l?hôpital quand leur santé se détériore. Les cliniques sont bonnes quand une personne se porte bien mais quand on a besoin de soins intensifs, on va à l?hôpital. C?est un fait?

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