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Après la souveraineté,un développement raisonné
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Après la souveraineté,un développement raisonné
Tromelin et les Chagos sous les lambris du Parlement. Une fois n?est pas coutume. Le leader de l?opposition, Paul Bérenger, met toujours un point d?honneur à porter cette question à l?avant-plan lorsque des rencontres entre les chefs d?Etat français ou britannique et mauricien ont eu lieu. La souveraineté de Maurice sur ces îles ne peut, selon Paul Bérenger, diviser la classe politique. Cette question transcende les clivages. Mais que faire de Tromelin et des Chagos ? Si dans le deuxième cas, la souveraineté se double de considérations humanitaires très nettes, du retour des déracinés chagossiens, dans le cas de Tromelin, on est en droit de s?interroger. Quelle plus-value pour le pays ? Quelles perspectives de développement ?
Jugdish Seebaruth, ancien Resident Manager à Agaléga, croit dans les possibilités de développement tant à Tromelin qu?aux Chagos. «Je pense que ces îles sont économiquement viables mais il y a beaucoup de réflexions à mener en amont. Il y a aussi de nombreux aménagements à faire car ces îles sont pour l?instant à l?abandon. En plus de beaucoup d?imagination, on devra peut-être compter sur l?aide des pays amis.» La question de la cogestion est, à ce titre, «très intéressante sans remettre en cause l?évidence de notre souveraineté», poursuit Jugdish Seebaruth.
Pour Maurice qui souhaite s?ériger, depuis plusieurs années maintenant, en seafood hub, Tromelin représente une opportunité non-négligeable. Ce sont des ressources additionnelles dont Maurice ne peut faire l?économie. Or, on se souviendra que la marine française avait arraisonné deux palangriers japonais dans les eaux de Tromelin alors que ces navires avaient obtenu un permis de pêche de Port-Louis.
«Les eaux territoriales sont très riches en poissons et végétaux marins, peut-être même en minéraux comme le manganèse et en hydrocarbures, selon des scientifiques indiens. Nous importons des algues déjà, les eaux territoriales d?Agaléga abondent en végétaux marins comme l?agar-agar. Il y a donc un potentiel de production au lieu d?en importer. C?est très certainement vrai pour les Chagos aussi», estime Jugdish Seebaruth.
Pour Hemraj Ghina, directeur de Sea Lord Fishing Ltd, «le potentiel de Tromelin est très important et ce serait une bonne chose que nous puissions y pêcher librement». Cette entreprise dispose d?une flotte de trois bateaux pour le moment et d?un quota de 1 000 tonnes de poissons qu?elle n?atteint pas. Les perspectives qu?offre Tromelin sont donc d?autant plus intéressantes pour Hemraj Ghina.
Ecosystèmes fragiles</B>
Comme Tromelin, l?archipel des Chagos jouit d?eaux poissonneuses et surtout d?une zone économique exclusive de 600 000 km2. Les perspectives sont donc les mêmes, voire supérieures. Cela dit, «la pêche ne peut se faire qu?essentiellement en hiver», note Hemraj Ghida. Mais d?autres perspectives existent. La filière coprah peut notamment être remise sur pied. N?oublions pas que le coprah était, depuis la fin du XVIIIe siècle, exploité dans l?archipel.
Mais pour cela, «il sera nécessaire de moderniser les procédés de production et surtout de se pencher sur les conditions de stockage et d?acheminement vers Maurice, surtout pour la production d?huile de coprah», avance l?ancien Resident Manager d?Agaléga. Il faut dire que la filière coprah végète pour le moment à Agaléga, compte tenu d?un manque de matériel suffisamment moderne. En plus de ces produits de base, les cocoteraies recèlent d?autres richesses, notamment la fabrication de cordages à partir des fibres de coco. Plus important encore est le potentiel de développement de la filière, si l?huile de coco est utilisée dans les mélanges de carburants.
Et le tourisme ? Les plages et les fonds marins préservés, les lagons turquoise et surtout le cachet «Robinson Crusoë» constituent des avantages incontestables. Cette idée ne plaît pas à Jugdish Seebaruth. «Les Chagos, Tromelin comme Agaléga, sont de petites îles et les écosystèmes y sont très fragiles.» C?est dans ce sens qu?il s?élève contre d?éventuels projets touristiques d?envergure dans ces îles, comme c?est le cas à Agaléga. «Il y a des vestiges de l?esclavage qui devraient être remis en valeur et si on doit envisager des développements touristiques, cela ne pourra être que l?écotourisme.» Développant les contraintes écologiques de ces îles, notamment les Chagos, Jugdish Seebaruth s?interroge sur les ressources en eau, la gestion des déchets, l?assainissement.
<B>Potentiel économique</B>
L?eau est un enjeu crucial sur les petites îles telles que celles des Chagos. En effet, ces îles disposent de réserves d?eau douce limitées et très fragiles. Il s?agit des lentilles de Ghyben-Herzberg. Ces lentilles d?eau douce se trouvent au-dessus d?une nappe d?eau saumâtre ou salée, compte tenu de la différence de densité. Mais une exploitation non-raisonnée et surtout trop importante l?altère définitivement. Elle est, du reste, très vulnérable aux épanchements de fertilisants ou autres pesticides en surface. Le développement touristique ne peut donc être envisagé à la légère aux Chagos, comme c?est le cas à Agaléga.
Tant que la question de souveraineté reste en attente, le potentiel économique de Tromelin et des Chagos continue de sommeiller. Les perspectives sont réelles. Surtout pour le secteur de la pêche. La destination Maurice pourrait aussi élargir l?éventail de son offre, mais tout développement dans ce secteur doit être mûrement réfléchi. Enfin, le coprah peut devenir le pendant de la canne mauricienne. Une filière en transition qui, non contente de produire de l?huile ou des cordages, serait susceptible de produire du biodiesel.
Souveraineté : des motivations différentes</B>
■ Dans le cas de Tromelin, les revendications tiennent principalement aux possibilités économiques des eaux territoriales. L?idée de cogestion a été évoquée pour la première fois lors du sommet de la Commission de l?océan Indien (COI) à Madagascar en 1999. Mais elle a été battue en brèche lorsque Tromelin a été rattachée aux Terres australes et antarctiques françaises (TAFF), devenant, de fait, un sanctuaire biologique et scientifique protégé par la législation française. Néanmoins, la dernière entrevue de Navin Ramgoolam avec le Président français, Nicolas Sarkozy, relance l?idée de cogestion et devrait décrisper ce dossier. Le litige franco-mauricien tient pour beaucoup à une affaire de traduction et de sémantique du Traité de Paris de 1814, dans lequel on peut lire que seront rendues à la France les îles lui ayant appartenu «sauf Maurice et ses dépendances, nommément Rodrigues et les Seychelles». Or dans la version anglaise, à laquelle se réfère le gouvernement mauricien, c?est le terme «especially» ? soit notamment ? qui est utilisé. Entre l?adverbe restrictif «nommément» et celui plus ouvert «notamment», le débat est lancé. Dans le cas des Chagos, le litige anglo-mauricien a deux dimensions. La première humaine, les Chagossiens ayant été déportés illégalement vers Maurice à la fin des années 60, bafouant le droit des peuples à disposer d?eux-mêmes et de vivre sur leur territoire. Et la seconde, légale, le Royaume-Uni n?ayant pas respecté une résolution de l?ONU de 1965 qui interdit le démembrement d?un territoire appelé à devenir indépendant. Le droit coutumier international a, dans ce cas, été très clairement violé.
<B> Surveillance et pêche illégale</B>
■ La zone économique exclusive (ZEE) de Tromelin est sa seule richesse. Celle-ci couvre une superficie de 280 000 km2 pour une surface de l?îlot d?un kilomètre carré seulement. Le rapport surface de l?île ? superficie de la ZEE explique très clairement l?intérêt économique de Tromelin. Les eaux de la région sont réputées riches en ressources halieutiques. Ce sont surtout les grands pélagiques migrateurs, à commencer par les thons, qui font l?objet d?une exploitation. La Commission de l?océan Indien, au travers de la Commission Thonière de l?océan Indien basée aux Seychelles, travaille sur un projet visant une gestion raisonnée de cette ressource. Les stocks de thon qui évoluent dans les eaux du sud-ouest de l?océan Indien sont marqués. Il s?agit de suivre l?évolution des stocks de thon et les migrations. Mieux connaître la ressource permet de mieux la préserver et de la gérer de manière durable. Car la surpêche et la pêche illégale sont des plaies pour ce secteur. Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie, avait rappelé, au début de cette année, que la pêche illégale représente un manque à gagner pour le secteur de Rs 64 milliards. Pour contrer cela, les pays de la région tentent de coordonner leurs forces pour surveiller plus efficacement des ZEE très vastes. Dans le cas de Maurice, il faut avouer que la «National Coast Guard» ne dispose pas de moyens suffisants pour couvrir la ZEE mauricienne.
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