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Elégie Césairienne

16 juin 2008, 00:00

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Négritude. Bien plus que créolité. C?est ce terme qui est attaché à l??uvre d?Aimé Césaire, le doyen martiniquais qui nous a quittés le 17 avril dernier. Pourquoi cet éloge, cet honneur, à un homme qui n?a jamais foulé notre sol ? Parce qu?il est «notre cousin par-delà les mers» insiste Robert Furlong. Il n?empêche que Césaire connaissait Maurice par procuration. À travers Edouard Maunick, son ami. Ce dernier lui avait d?ailleurs dédié un long poème, Italiques pour Aimé Césaire, dans lequel les identités nègres, métisses et insulaires étaient mises à l?honneur. À la municipalité de Port-Louis, jeudi dernier, Césaire a donc été déclamé. Ses vers ont résonné. Claqué, portés par la force d?un verbe sulfureux.

«Si vous voulez comprendre ma politique, vous devez comprendre ma poésie». Homme de lettres et homme politique, Césaire est de ceux qui gardent cette constance, ne transigent pas. Ces deux activités sont imbriquées. Là est le génie de ces chantres de la négritude, Senghor, Damas et Césaire. La vision de l?homme, dans les mots, par les mots, s?inscrit en filigrane dans les actes politiques. Les intervenants se sont abstenus de juger la carrière politique, brillante et d?une longévité remarquable, du poète-politique.

Il n?empêche, certains de ses actes portent le sceau de la revendication identitaire et de la politique. Car finalement, la politique de Césaire est de celle qui s?ingénie à s?intéresser aux racines de la culture, à effacer les larmes du passé pour mener une nouvelle réflexion, positive et valorisante. Les revues Tropiques, Présence Africaine et son discours engagé sur le colonialisme sont de ces actes d?importance qui auréolent une politique aride de la faconde poétique. Car «le culturel prime sur le politique» disait-il.

Négritude et universel

Si l?Homme nègre est au centre de sa réflexion, c?est d?abord parce qu?il l?est. Qu?il l?affirme. Avec verve. Force. Fierté. Mais c?est dans l?universel qu?il replace cet homme noir, qui se tient bel et bien debout. La négritude avant tout. Si à Maurice c?est davantage la thématique créole qui nous interpelle, Césaire répond : «S?il n?y a pas de nègre en premier, il n?y a pas de créole en second.»

Fred Constant, conseiller culturel à l?Ambassade de France, prenant timidement la parole, rappelle cependant une chose essentielle. «La négritude est une allégorie de l?humanité.» Ou même une métonymie serait-on tenté de dire. Une partie de cette humanité justement, mise en avant, valorisée, à laquelle on redonne une place de choix. Pour au final, non pas se borner à chanter l?homme nègre stricto sensu. Le chant de l?homme nègre dans la ronde des humanités plutôt. De l?universel.

Le public, il faut l?avouer, relativement peu nombreux, a été invité à lire Césaire. L?animateur de la soirée poésie, notre confrère Sedley Assone, a dû forcer quelque peu la main à l?auditoire pour se lancer. Déclamer des vers n?est pas entreprise aisée. Et une telle soirée de pâtir d?un défaut d?interactivité. Timidement, les vers s?enchaînent. Les mots n?en restent pas moins dans l?air. Sur fond d?Afrique. Sur fond de rage. Car la poésie de Césaire est volcanique. Tumultueuse et revendicatrice. Elle s?inscrit dans les identités. Elle inscrit surtout l?identité de l?homme noir. Pour lui redonner sa place dans l?humanité. Pour le rédimer par la poésie.

Aimé Césaire n?est donc pas seulement l?auteur du cahier d?un retour au pays natal. Il n?est pas seulement le fer de lance insulaire de la négritude. Il n?est pas seulement nègre en somme. Il est avant tout poète. Chantre d?une poiêsis, d?une création au service de l?homme. «L?homme n?est pas seulement homme. Il est animal, il est végétal, il est Univers.» Cette poésie nègre est donc bien celle de l?humain.

CITOYEN D?HONNEUR

La municipalité de Port Louis inaugure là une série de soirées littéraires qui se tiendront tous les trois mois environ. Jean-Claude Caroopen, conseiller à la municipalité, souhaite que ce type de rencontre pousse la réflexion des jeunes notamment, et surtout favorise le débat. Lors de cette première soirée, consacrée à Aimé Césaire, Robert Furlong a appelé la municipalité à honorer la mémoire de l?auteur de Tempête, en lui conférant la citoyenneté d?honneur de la ville de Port Louis à titre posthume. Appel qui a reçu les applaudissements de l?auditoire. Le Lord-maire, Fritz Thomas, a convenu de se pencher très sérieusement sur la question. Le Conseiller culturel de l?Ambassade de France, Fred Constant, a profité de la soirée pour remettre au Lord-maire quelques ouvrages de Césaire au profit de la bibliothèque municipale.

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