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Pétillante existence
Pan ! Et s?échappent de la bouteille les effluves de sa vie. Dont les trois quarts ont été au service du champagne. Il est né avec Nicolas Feuillatte, et Nicolas Feuillatte est né avec lui. C?est comme cela que Jean-Pierre Vincent décrit sa relation avec ctte maison. Discours légitime. Jean-Pierre Vincent est chef de cave des champagnes Nicolas Feuillatte depuis 29 ans. Il élabore les vins, prépare les assemblages et les contrôle de manière à en faire le meilleur des vins. À 57 ans, il a «toujours fait le même boulot». C?est sa plus grande fierté. Ainsi que d?être «toujours avec la même femme. Par les temps qui courent, ce n?est pas facile».
Quand il rejoint le producteur de champagne il y a 32 ans, il n?était pas encore connu sous le nom Nicolas Feuillatte. Aucune bouteille n?avait été encore vendue. Ils étaient 12 salariés. Ils sont maintenant 250.
Le hasard aura bien fait les choses pour Jean-Pierre Vincent. Il voulait d?abord être ingénieur des zones et forêts. Mais, il abandonne en cours de route car «en fac, ça n?allait pas bien». Il se dit que l?école d??nologie lui irait mieux. Détail géographique. Les écoles d??nologie se trouvent à Dijon, Bordeaux et Montpellier. Lui qui vient de Fontenay-sous-Bois à Paris, mourrait d?envie d?aller dans le sud de la France. Mais, son épouse, infirmière à Reims, lui signale que «l??nologie se fait aussi à Reims». Pour le sud, il faudra repasser. Son épouse aura gagné «le premier combat», raconte-t-il, en riant.
À la fin de ses études d??nologie, il doit faire un stage obligatoire en entreprise. C?est ainsi qu?il débarque au Centre vinicole de la Champagne, connu aujourd?hui comme Nicolas Feuillatte. Il est responsable des vins rouges. Un soir, en prenant l?apéritif avec le patron du centre, celui-ci lui demande quels sont ses projets d?avenir. Jean-Pierre répond. «C?est évident que je vais rester ici. Vous allez m?embaucher.» Sur le moment, le patron ne lui dira rien. Il reviendra sur le sujet à la fin du stage de Jean-Pierre. «Si vous me ditesaue vous restez, je vous embauche.»Jean-Pierre est enthousiasmé. Mais le hic, c?est qu?il doit faire l?armée. «Dès lors,il lui fallait tout faire pour ne pas faire le service militaire.» Il va voir un chef dans l?armée, qui lui dit qu?il faudra entamer des démarches légales pour ne serait-ce qu?espérer reporter son départ. Il se trouve que l?épouse de Jean-Pierre est enceinte. C?est sa veine. Il peut ainsi demander un report d?incorporation. On lui fait savoir aussi qu?une fois son enfant né, il peut faire une demande de soutien de famille. «Cela m?a fait rigoler. Car, à l?époque je n?avais rien à soutenir. Puisque c?était ma femme qui travaillait. Moi, j?étais en stage.» À cause de ces arrangements, son patron ne l?embauche pas, mais le garde un an de plus.
En 1978, sa demande de soutien de famille est acceptée. Heureux comme tout, il téléphone à son patron sur le champ. Ce dernier demande au chef de cave de l?époque si Jean-Pierre peut devenir son adjoint. Ce dernier réplique qu?il n?en a pas besoin.
«Une semaine chez vous équivaut à un mois de vacances ailleurs. Maurice n?a qu?un défaut. Vous êtes trop gentils. Vous placez la barre trop haut. Quand on va ailleurs, on est déçu par la différence.»</I>
Que faire de Jean-Pierre ? «Un jour, je vois la responsable du laboratoire en pleurs. Qu?est-ce qui se passe, lui dis-je. Vous devriez le savoir, rétorque-t-elle ? » C?est par ce cocasse incident que Jean-Pierre apprend qu?il a été nommé responsable du laboratoire. Ce travail ne lui convient pas. Mais il le fait quand même.
En 1979, juste avant les vendanges, le chef de cave se casse une jambe. Le patron vient voir Jean-Pierre pour lui dire s?il peut s?occuper de tout en l?absence du chef de cave. Il s?en occupe. «C?était la première fois que les vendanges étaient aussi bonnes.» Au retour du chef de cave, le patron lui demande une nouvelle fois de prendre Jean-Pierre comme adjoint. Il réplique une deuxième fois qu?il n?a pas besoin d?adjoint. «C?est marrant, parce que tu n?en auras pas besoin.» Puisque c?est lui qui deviendra l?adjoint de Jean-Pierre.
Au monde, le champagne Nicolas Feuillatte est quatrième. Il a été troisième pendant une année. À Maurice, il est au premier rang. Qu?il n?aura aucune peine à garder avec «l?hôtellerie qui monte en gamme à Maurice». Qui plus est, «ici vous avez un savoir-manger, un savoir-boire et un savoir-vivre». Il est content de son troisième passage à Maurice. «Une semaine chez vous équivaut à un mois de vacances ailleurs. Maurice n?a qu?un seul défaut. Vous êtes trop gentils. Vous placez la barre trop haut. De sorte que quand on va ailleurs, on est déçu par la différence. Pas une seule personne ne m?a déplu ici.». À cause de cela,- c?est à Maurice qu?il compte passer sa retraite.
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