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Les «gents» préfèrent l?Asie à la City
Des anciennes possessions de la Couronne défient leur ex-colonisateur sur son terrain : la finance. A en croire une presse britannique alarmiste, les places boursières des économies émergentes, en particulier Dubaï, Mumbai et Singapour, débauchent à tour de bras des professionnels londoniens.
Les «gents» se verraient offrir des salaires mirobolants, jusqu?à quatre fois leurs rémunérations londoniennes, des avantages fiscaux et en nature colossaux, ainsi qu?un cadre de vie agréable. S?ajoutent l?absence de contraintes réglementaires, des relations privilégiées avec un marché intérieur en plein boom, l?utilisation de l?anglais et l?esprit d?aventure. «Les places émergentes disposent de toute l?infrastructure nécessaire, notamment des télécommunications et des liaisons aériennes nécessaires à l?exercice du métier de banquier. Et, quand les individus décampent, les banques suivent», souligne Ralf Silva, analyste auprès du TowerGroup, à propos du récent transfert par Goldman Sachs et Merrill Lynch d?équipes entières de la City «à l?est de Suez».
Peter Hahn, de la Cass Business School, partage ce diagnostic : «Alors que Londres souffre de la crise du crédit, ces places peuvent tirer profit du boom des transactions. Par ailleurs, en ces périodes de vaches maigres, le coût exorbitant des loyers et du train professionnel ainsi que l?aggravation de la pression fiscale sur les expatriés pénalisent la City.»
Enfin, le quartier financier connaît une montée de la délinquance et des comportements antisociaux, étant considéré avec hostilité comme un repaire de nantis par nombre des sujets de Sa Majesté. L?utilisation de la cocaïne et l?ivresse d?une minorité de jeunes banquiers stressés défrayent la chronique de la presse populaire.
Alors... «Mumbai, Dubaï, Shanghaï... Goodbye», comme l?a joliment énoncé un journal britannique adepte des bouts rimés ? «Cette nouvelle concurrence concerne toutes les places financières occidentales. Il s?agit d?un défi à long terme» : sans sous-estimer cette menace, Tony Halmos, directeur de la communication de la Corporation of London, le lobby de la haute finance, reste confiant. Il y a l?avantage des fuseaux horaires : Londres commence après la fermeture de Tokyo et avant l?ouverture de New York, ce qui permet de jouer. Le droit qualifié de jurisprudentiel et le système judiciaire anglais rassurent. Et, à l?instar de Wall Street, sa rivale historique, la City dispose d?un formidable réseau de bureaux d?avocats, de cabinets d?audit et d?entreprises de relations publiques aux méthodes rodées.
Enfin, à l?ombre de la Banque d?Angleterre, la règle du jeu financier ne change pas selon les vicissitudes politiques, comme c?est trop souvent le cas dans le Golfe ou dans le sous-continent indien.
Dans sa campagne de promotion, Dubai souligne que les Porsche coûtent deux fois moins cher dans l?émirat que dans la City. «C?est bien la preuve que ceux qui partent sont des flambeurs cupides, le genre d?adepte du clinquant dont on n?a pas besoin», souligne un responsable d?une banque étrangère. «Tellement «non-U» (non upper class, mal vu) Dubaï», aurait murmuré la romancière snob Nancy Mitford...
Marc ROCHE
© Le Monde 2007
Distribué par The New York Times Syndicate
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