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La vie après un viol
Quinze cas de viols depuis le début de l?année, dont deux depuis le début du mois. Le nombre de victimes d?agression sexuelle à Maurice est en recrudescence. Or, les structures pouvant accueillir et aider les victimes à se reconstruire après le drame sont quasi inexistantes dans le pays. Par ailleurs, les auteurs de crimes sexuels ne bénéficient pas d?un suivi ou d?une thérapie obligatoire. S?ils veulent se faire soigner, ils devront eux-mêmes se porter volontaires pour suivre une thérapie. Le viol, une réalité si répandue, mais si mal reconnue.
« Les victimes de viol n?osent pas toujours porter plainte. Elles mettent souvent beaucoup de temps pour réaliser qu?elles ont subi un viol, la souffrance qui y est associée est trop difficile à supporter, c?est le déni », explique Sabrina Puddoo-Boolauky, psychologue clinicienne.
Lorsqu?une personne est victime de viol, dénoncer s?avère très difficile. En effet, on estime que 75 % des viols dans le monde ne sont pas rapportés. La culpabilité empêche de parler, les victimes pensent que ce qui leur est arrivé est de leur faute. Elles pensent qu?elles auraient pu éviter de subir ce drame, et résister. « Elles ont honte, peur de ne pas être crues, peur du regard des autres. Elles oscillent entre le mépris d?elles-mêmes et celui de leur abuseur. Tous ces éléments enferment les femmes dans le silence. Or, en parler peut avoir des vertus thérapeutiques », ajoute-t-elle.
Une thérapie très difficile à entreprendre à Maurice, qui est, quelque part, liée au manque d?organisation venant en aide aux victimes de viol. Il existe des associations, à l?image de Victim Support (voir encadré), qui apportent un soutien aux victimes de toutes sortes d?agressions. « Il n?y a pas de structures idéales, il est vrai qu?il faudrait revoir le système. De notre côté, à Victim Support, nous opérons bénévolement, mais nous n?avons pas toutes les capacités nécessaires à notre disposition, nous avons nos limites. Actuellement, nous pouvons assister les victimes, mais pour combien de temps ? », se demande Raj Moothoosamy, président de Victim Support.
Un contrôle continu du côté des agresseurs
De son côté, la ministre de la Femme, Indira Seebun, se défend en expliquant avoir pris des dispositions pouvant aider les victimes lors de leur déposition. « Auparavant, lorsqu?il y avait un cas de viol, la victime devait attendre pendant des heures avant d?être examinée par un médecin. En août 2005, le ministère a signé un protocole avec des médecins, qui stipule que dorénavant dès qu?une victime se présente à la police pour rapporter un cas de viol, cette dernière est emmenée à l?hôpital et on lui apporte les premiers soins. Et à la suite des analyses médicales, l?enquête débute. Le ministère met aussi à la disposition des victimes, un psychologue pour le suivi à long terme. »
Toutefois, la ministre reconnaît qu?il n?y a pas suffisamment d?organisations pour aider les victimes de viol à Maurice. « Il faudrait plus d?associations, un cercle pour que ces personnes puissent parler et s?entraider », suggère-t-elle. En effet, la prise en charge d?une victime est importante. Pour la victime elle-même, mais aussi pour l?enquête. Ce qui n?est malheureusement pas toujours le cas à Maurice. « Le processus de prise en charge se fait à plusieurs niveaux. Il y a le dépôt de la plainte, les examens médicaux, les psychothérapies, mais tous les intervenants doivent être formés. Or, ce n?est malheureusement pas encore le cas actuellement. Trop de victimes sont mises sur le banc des accusés et de ce fait, refusent d?aller de l?avant pour porter plainte », explique Sabrina Puddoo-Boolauky.
Outre le manque de suivi au niveau des victimes, les professionnels dénoncent aussi une absence de contrôle continu du côté des agresseurs. « Il n?existe pas de thérapies adéquates. C?est par l?intermédiaire d?une association que je suis rentrée en contact avec des détenus dans les prisons », mentionne Juliette François, psychologue ayant travaillé auprès d?agresseurs sexuels.
En d?autres termes, un travail auprès de la personne incarcérée est aussi nécessaire. Il ne suffit pas d?emprisonner un délinquant sexuel pendant plusieurs années et espérer qu?il en ressorte assagi. « La loi peut être aussi sévère qu?elle le veut, on ne naît pas violeur, on le devient. L?agresseur sexuel est affecté par la société et l?environnement familial dans lequel il a évolué. C?est pour cela qu?il faut faire un travail sur ces individus. Renforcer les lois, bien sûr, mais cela doit se faire avec un encadrement », ajoute-t-elle.
Prévenir avant de guérir
Mais avant de guérir, il faudrait prévenir. Mis à part quelques campagnes de sensibilisation menées par des associations comme Victim Support, rien n?est effectué pour informer la population. « Il y a des choses à faire au sein même de notre société. Il faut accentuer les préventions pour réduire les risques. Malheureusement, l?éducation sexuelle est un sujet tabou dans notre pays et ça fait défaut. Maurice est un pays qui s?est ouvert très, voire trop vite sur le monde. On a accès à la pornographie facilement, on reçoit beaucoup d?information certes, mais il n?existe aucune cellule permettant de s?exprimer librement sur la chose », s?indigne la psychologue.
En attendant que la société admette son malaise et lève un nouveau tabou, les victimes devront continuer à subir un autre calvaire, celui de la reconstruction. Recrudescence d?agressions sexuelles et manque de structures venant en aide aux victimes : deux choses que le gouvernement devra régler au plus vite?
Victim Support, créée en octobre 2002, est une association qui vient en aide aux victimes de viol, d?inceste, mais aussi d?harcèlement, d?agression physique, verbale ou encore de violence domestique. Composée de 60 membres, tous volontaires, l?association assure un suivi psychologique, émotionnel et légal aux victimes. « Bien souvent les victimes ne savent pas où aller. Au sein de l?association, nous les assistons, dans un premier temps, avant de les encourager à dénoncer les cas de crime. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec un psychologue et un conseiller légal », souligne Raj Moothoosamy (photo), président de l?association.
Affiliée aux associations de Victim Support de l?Angleterre, de l?Ecosse et de l?Irlande, l?ONG a déjà assisté une centaine de personnes depuis sa création. Parallèlement à l?aide apportée aux victimes, c?est assistés d?officiers de police, que les membres de l?association assurent des campagnes de prévention contre le crime sur le terrain. Toutefois, Raj Moothoosamy reconnaît que le travail de l?association est loin d?être suffisant. « Nous ne sommes pas des magiciens, nous ne disons pas aux victimes d?oublier ce qu?elles ont vécu, mais nous essayons de leur enseigner comment vivre avec le passé », conclut-il.
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