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Comment en profiter
IMPORTATION : PREMIER MAILLON DE LA CHAINE
C?est lors de l?importation que tout se joue. Ainsi, lorsqu?un produit arrive au port, il a déjà un coût. À cela s?ajoute le montant de la police d?assurance qui couvre tous les risques liés à son transport, et le coût du fret qui varie en fonction du prix du baril du pétrole.
Avant que notre produit n?arrive dans l?assiette du consommateur, son prix va augmenter avec l?ajout de plusieurs frais, de taxes, sans parler de la marge de profit que prélèvent les grossistes et les détaillants. Mais ce sera différent pour les quelque 200 catégories de produits qui connaissent désormais une baisse de 15 % à 30 % sur les droits de douane. De quoi, pour le consommateur, pousser un « ouf » de soulagement après avoir été terrassé depuis plusieurs mois par des prix qui n?arrêtent pas de prendre l?ascenseur.
Mais en dehors d?une baisse des droits de douane, quels autres facteurs peuvent influer sur le prix du produit ? Lorsque, par exemple, la roupie s?apprécie, peut-on s?attendre à bénéficier d?une seconde « ristourne » ? Théoriquement oui. Une roupie qui a le vent en poupe signifie des importations qui reviennent moins cher, et subséquemment, une baisse des prix pour les consommateurs. Ces derniers s?attendent légitimement à ce que l?effet de l?appréciation de la roupie se manifeste au niveau d?une baisse des prix à la consommation. Mais ce n?est pas toujours automatique.
Ainsi, la Chambre de commerce et d?industrie de Maurice explique que les hausses de prix sur le marché international, notamment celui du fret, ne sont en fait qu?atténuées par une appréciation éventuelle de la roupie. Comme cela a été le cas au début de cette année. « En d?autres termes, si la roupie s?apprécie, cela aura très peu d?impact sur le panier de la ménagère, car les produits de grande consommation sont presque tous pris dans une série de hausses très conséquentes », souligne Ismael Rajah, de Rabroco Import & Export Ltd.
Même réaction de la part des entrepreneurs en construction. Une roupie forte ne modifiera en rien la facture du client, en raison des hausses constantes des frais. « Nous prévoyons que même la baisse de 15 % des droits de douane sur certains produits de finition n?aura pas un grand impact sur la cotation finale, en raison de la hausse constante du fret », explique le porte-parole de l?Association des Ti-contracteurs, Clarel Bauluck.
Il prend l?exemple du carrelage où la taxe de 15 % a été enlevée. « Pour que le consommateur puisse réellement en profiter, il aurait fallu réduire la taxe sur les autres composants nécessaires à la pose du carrelage tels que le ciment adhésif, les produits d?étanchéité et les « croûtes » pour les joints qui connaissent des hausses constantes. » Mosadeq Sahebdin, de l?Institut pour la protection des consommateurs, estime que ce vieux débat ne connaîtra de fin que lorsque les autorités exigeront aux importateurs de soumettre leurs factures (invoice). « Vu qu?il y a un risque que les importateurs perçoivent des profits exagérés, il faut qu?il y ait un minimum de contrôle des prix à la base », dit-il. Amer, il trouve inadmissible que lorsque la roupie perd de sa valeur vis-à-vis des devises, les importateurs ne perdent pas de temps pour répercuter la hausse des prix sur les consommateurs.
LES PRIX : UNE QUESTION DE VOLONTE
Il faut savoir qu?une baisse dans les taxes douanières ne signifie pas une même répercussion sur le prix final du produit. Du débarquement au placement sur les rayons, en passant par le stockage des conteneurs, les frais se rajoutent constamment au prix du produit. Pour illustrer cela, prenons l?exemple d?un paquet de chocolat importé. L?importateur en question a identifié comme fournisseur un fabricant sud-africain. Avec le cours de la roupie, en passant par les frais CIF (coût, assurance, fret) le produit arrive à Maurice en coûtant environ Rs 100 à l?importateur. Avec 30 % de frais de douanes, c?est Rs 130 à l?unité que doit débourser l?importateur pour sortir ses paquets de chocolat du port. Mais avant de les revendre à une grande chaîne de supermarchés ? ayant son propre réseau de distribution ? l?importateur fait majorer le prix en y rajoutant sa marge de profit : 15 %. Le prix du chocolat à l?unité est désormais de Rs 149,50. Mais ce n?est toujours pas le prix final.
Car la chaîne de supermarchés locale y applique, à nouveau, une marge de 5 %. Au final, le prix proposé est d?environ Rs 157. Ainsi, de cette somme que paie le consommateur, l?État n?a perçu comme taxe ? sans compter la TVA ? que Rs 30, soit 19 % du prix que paiera le consommateur.
Avec l?abolition des taxes douanières, le même paquet de chocolat coûtera Rs 100 à sa sortie de l?entrepôt, Rs 115 après les 15 % de profit de l?importateur, et, dans l?idéal, Rs 120,75 après les 5 % de bénéfice du supermarché.
Cette diminution du prix ne sera effective que si l?importateur et la chaîne de distribution maintiennent leur marge de 15 % et 5 % respectivement. Cependant, la réalité peut être autre. Attendre que le prix du paquet de chocolat passe de Rs 157 à Rs 120,75 peut prendre plusieurs semaines dans certains cas. « Il faut attendre l?écoulement de l?ancien stock frappé par les 30 % de frais de douane », affirment certains commerçants.
Mais les mauvaises langues ne manqueront pas de dire que ces mêmes commerçants n?observent pas de délai d?écoulement lorsqu?il s?agit des hausses. Ces dernières sont censées être appliquées le lendemain même du discours budgétaire, mais sur les produits entrant à Maurice et non ceux déjà présents sur les rayons. Cette baisse pourra soulager légèrement la corbeille ménagère de nombre de familles mauriciennes, à condition toutefois que les commerçants jouent le jeu.
Seront-ils nombreux à en profiter ?
Biscuits, jus de fruits, chocolats, maquillages? Ce ne sont pas des produits que l?on trouve habituellement dans la tente ration des Mauriciens de condition modeste. « Nous listons surtout des articles alimentaires de base pour calculer la hausse des prix des commodités chaque trimestre », souligne Mosadeq Sahebdin de l?Institut pour la protection des consommateurs. Mais toute baisse est bonne à prendre. Ainsi, ces produits seront accessibles à ceux qui n?avaient pas l?habitude de les acheter, et un chef de famille dont le revenu mensuel atteint Rs 6 500 pourra se permettre d?acheter deux briques de jus de fruits en plus de l?habituel concentré de jus de fruits.
Nicolas Kan Wah, directeur de la chaîne de supermarchés Way, abonde dans le même sens. « Cette baisse va bénéficier à tous car elle concerne des produits de consommation courante. Et plus le produit est cher, plus la baisse sera conséquente », constate-t-il. Et les grandes surfaces s?attendent à un changement du mode de consommation, dans certains cas, dès à présent, car une grande partie des prix a été revue à la baisse. « Depuis jeudi, nous avons revu le prix de 300 à 400 commodités. Dans une à deux semaines, cette opération sera terminée à 90 %. Les 10 % des produits restants, concerneront les nouveaux stocks », explique Nicolas Kan Wah.
PRODUITS PHARMACEUTIQUES :
Entre confusion et attentes
La suppression de la TVA sur les produits pharmaceutiques suscite la confusion chez les consommateurs.
La semaine dernière, lors de son allocution, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a annoncé : « I?m zero rating pharmaceutical products for VAT purpose. » Cependant, lesdits produits ont toujours été exemptés.
« Il n?y a jamais eu de taxes sur les produits pharmaceutiques importés », mentionne ainsi Vijay Chummun, président de l?Association des pharmaciens. Par conséquent, on se demande quels sont les articles qui bénéficient de cette mesure et comment elle va se répercuter sur le consommateur. C?est simple, la suppression de la TVA concerne la matière première importée qui sert à la fabrication de médicaments. En d?autres termes, cette baisse concerne avant tout les fabricants locaux : « Ces matières premières sont soumises à la TVA. Toutefois, depuis l?annonce du ministre des Finances, nous pouvons réclamer le remboursement de la TVA, chose qui n?était pas possible avant », explique un responsable de Mascareignes Pharmaceutical. Si la mesure est annoncée par le gouvernement, le calcul est assuré par les fabricants. « À présent, nous allons devoir refaire nos calculs, voir s?il sera possible d?en faire bénéficier le consommateur. Si tel est le cas, cette baisse se répercutera sur tous nos produits », assure-t-on chez le fabricant pharmaceutique. Mais plusieurs facteurs entrent en jeu, telle la hausse du prix des matières premières, ou encore le taux de change. Ces derniers, s?ils sont défavorables, risqueraient de ne pas permettre aux fabricants de réduire les tarifs sur leurs produits. Il faudra alors patienter jusqu?à la fin du mois pour avoir la réponse.
« Satisfaite de constater que les importateurs jouent le jeu »
Comment se déroule le réajustement des prix des produits ayant subi une baisse des droits de douane ?
Nous sommes satisfaits de constater qu?une bonne partie des importateurs nous a déjà fait parvenir la nouvelle liste de prix. Lors de la réunion que le Price Monitoring Committee a eue cette semaine, nous avons demandé la collaboration de tout le monde. Et nous sommes contents de constater que les différents partenaires jouent le jeu.
Quel est votre constat sur le terrain ?
Nous nous assurons que les consommateurs profitent vraiment de la baisse des prix. Les quelque 25 officiers de la Consumer Protection Unit sont sur le terrain tous les jours pour s?en assurer. Et les baisses sont effectives dans de nombreux commerces. Les membres de la Shop Owners?Association nous ont toutefois demandé un délai de trois semaines pour réajuster leurs prix parce qu?ils ont toujours leur ancien stock.
À quelles sanctions doivent s?attendre les contrevenants ?
Nous sommes dans un marché libéralisé, et donc les prix de ces produits ne sont pas contrôlés. Nous ne pourrons pas sanctionner, en tant que tel, ceux qui ne répercutent pas vraiment cette baisse de droits de douane sur les produits identifiés. Or, comme je vous l?ai dit, la plupart des importateurs et des commerçants ont revu leurs produits à la baisse. Mais ceux qui persistent à ne pas réduire les prix ne pourront pas prétendre indéfiniment qu?ils sont toujours à vendre leur ancien stock.
Et d?ailleurs, ce n?est nullement dans l?intérêt d?un commerçant de pratiquer des prix à la hausse quand son concurrent a baissé les siens. Le consommateur se rendra compte tôt ou tard où se situe son avantage. Il ira là où les articles sont à meilleur marché. D?ailleurs, nous entamerons bientôt une campagne agressive pour que le public soit informé de ses droits.
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