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Le temps de la réinvention

14 juin 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

Une semaine de déferlante d?arguments et de prises de position autour du budget 2008?2009. Et les débats vont se poursuivre autant au Parlement que dans les rues et les salons. Entre ce qui est dit et les objectifs que se fixe le gouvernement avec ce budget, il y a forcément un hiatus. Mais le fait demeure qu?il existe un sentiment général que l?épreuve à laquelle s?est soumis le ministre des Finances n?est pas qu?un simple exercice comptable. Il y a du neuf dans ce budget. A la fin de l?année financière, on s?assoira pour savoir si les intentions annoncées et les dispositions prises auront été réalisées. Dans l?immédiat, il est réconfortant de voir que l?île Maurice est appelée, une nouvelle fois, à faire sa petite révolution.

Une révolution qui commence, et ça c?est quelque chose de nouveau, avec un grand dessein national d?une île durable. De gré ou de force, nous n?avions certes pas le choix. Mais il fallait bien commencer quelque part. Il ne s?agit plus ici de seules causes écologiques à défendre. Ce n?est pas la même antienne de défense de l?environnement. Les ambitions sont plus grandes. S?il y a, d?autre part, un mérite dans ce qui est annoncé, c?est le fait que le projet global recoupe autant d?intérêts économiques que d?enjeux participant de la nécessité de recourir aux énergies renouvelables. Le fond et la forme se rejoignent. L?effort sera matériel et physique.

La finalité a trait à une aspiration de vie différente. Le Premier ministre dresse, à cet effet, avec ce budget, les contours de ce que pourrait être une île Maurice verte. Il indique la voie, propose une philosophie générale et donne même quelques moyens.

C?est un pari. Reste désormais à savoir si la population sera prête à relever le défi. Ce qui n?est pas gagné d?avance. Tant pour une fois, on appelle vraiment les Mauriciens à changer de mentalité, à effectuer un bond conceptuel au plan de leurs habitudes de vie et à inventer d?autres horizons que ceux qu?ils connaissent habituellement.

Dans un contexte mondial de crises énergétique et alimentaire, les réformettes et les demi-mesures ne serviront que de palliatifs. Il fallait une intervention abrupte au risque de faire mal et de bousculer les modes de vie établis. L?île Maurice s?est réveillée ces dernières années en prenant conscience que le nouvel ordre, certains diront le nouveau désordre, n?allait pas l?épargner. Et cela ne relève pas des seuls déterminismes économiques ou des calculs géopolitiques. La planète Terre, elle-même, s?essouffle. C?est dire l?urgence de changements radicaux et d?une transformation inconditionnelle des structures économiques et sociales. C?est d?ailleurs la raison pour laquelle aujourd?hui, tous les observateurs et analystes avertis des sociétés s?accordent à dire que, sans l?imagination au pouvoir, il n?y a point de salut.

A Maurice, la créativité n?a pas vraiment été notre point fort. A cause d?un certain système éducatif, d?une propension de calquer l?activité cérébrale sur des modèles qui ont réussi et de pratiquer le prêt-à-penser. Mais la pression d?un monde impitoyable nous pousse vers une inventivité même si nous n?en avons pas les prédispositions.

En inscrivant le projet d?une Maurice île durable comme l?une de ses priorités, l?Etat se veut ainsi ingénieux. Il offre la possibilité d?un renouvellement à tout un pays. Le concept «durable» a certes été galvaudé ces derniers temps. Cependant, c?est un concept qui prend tout son sens à un moment où on est inscrit dans des cycles finis. En effet, le temps de la permanence des choses est menacé.

Sans faire preuve d?aucun esprit ombrageux, il est un fait que plus personne ne sait de quoi demain sera fait. On sait, par contre, que ce n?est pas le seul péril cyclonique qui nous menace. Ou encore que la pénurie alimentaire ne soit que ponctuel. Les dangers sont multiples. Ils augurent une ère de vulnérabilité et un sentiment d?impermanence. C?est peut-être aussi l?occasion d?une réinvention. Et cela se fait toujours à travers l?effort et le travail.

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