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Le c?ur du budget
Le budget 2008-2009 a, entre autres mérites, de mettre à l?agenda national la lutte contre la pauvreté extrême. Il lui dote des moyens nécessaires. Pour éradiquer la pauvreté, il faut une politique foncièrement volontariste et une mobilisation intelligente de tous les « stakeholders ». Avec Rs 1 milliard pour 2008-2009, dont des mesures touchant 5 000 enfants, c?est tout le programme « Eradication of Absolute Poverty » (EAP) qui peut démarrer pour donner des résultats dans les meilleurs délais. L?EAP est un chantier étalé sur dix ans et qui nécessitera autour de Rs 10 milliards. Nous sommes condamnés à réussir l?EAP, car c?est la pérennité du développement national qui est en jeu.
Les données sont les suivantes : il y a 7 157 ménages qui vivent dans la pauvreté extrême. Ces ménages ont un revenu mensuel inférieur à Rs 4 000. Ils sont repartis dans 229 poches de pauvreté à travers tout le pays, tant dans les villes que dans les régions rurales. Les maux affectant ces poches sont connus : manque de logement, d?eau, d?électricité et de facilités sanitaires, illettrisme, faible niveau d?éducation, familles brisées, chômage, absence d?opportunités d?emploi dans la région. Les initiatives pour combattre ces maux peuvent être regroupées en trois catégories : travaux d?infrastructure, éducation et formations spécialisées, accompagnement pour les segments gagnés par la désespérance.
Au-delà des moyens financiers, il convient d?imaginer les mécanismes et de disposer de compétences diverses pour la mise en place et la mise en ?uvre de l?EAP, dont la finalité est d?en finir avec cette plaie sociale qu?est la pauvreté extrême. Nous avons ici dans ces colonnes plaidé pour une synergie État-Entreprises-Société civile pour réussir l?ambitieux « Empowerment Programme » (EP). Et ce, à travers une articulation et les « plug ins » correspondants entre les initiatives de l?Etat, des entreprises et des ONG. Le bon sens veut que la réussite de tout projet-programme passe par des « drivers » et des « doers ». Deux ans après sa mise en place, l?EP a revu ses structures et son mode de fonctionnement pour améliorer son efficacité. Il y a des leçons à tirer des deux premières années de l?EP pour ceux qui auront la responsabilité de piloter l?EAP.
Dans ses précédents budgets, Rama Sithanen a sollicité les entreprises pour qu?elles assument leur responsabilité sociale et citoyenne et contribuent au « community development ». Dans le budget 2007-2008, en sus de 1 % des profits à être consacrés au CSR, il a imposé 6 000 dollars par villa IRS pour financer des projets sociaux dans les régions d?implantation. Avec 1 % des profits des « 100 Top Companies » cela fait près de Rs 300 millions par an. À 2 % ? pourquoi pas ? ? c?est Rs 600 millions. À cela s?ajoute la somme provenant du « levy » sur la vente des villas IRS. Rama Sithanen demande aux entreprises de consacrer 30 % de leur budget CSR à la lutte contre la pauvreté extrême. Ceci ne devrait pas poser de problème. Le véritable défi reste la synergie à développer.
C?est au niveau de l?expérience acquise sur le terrain, du savoir-faire et des compétences qu?il convient de développer le partenariat État-Entreprises-ONG avec comme relais le « Trust Fund », les fondations et autres entités tant des entreprises que de la société civile.
Le concept de CSR gagne du terrain à Maurice. Il s?agit d?imaginer comment réaliser tout le potentiel qu?il recèle dans le cadre d?un partenariat qui commence à prendre forme. Il faut certes s?interroger sur la pertinence des politiques des CSR en cours ou annoncées. Mais de grâce, gardons-nous de l?amalgame facile, des procès d?intention et des critiques non fondées à l?égard des politiques que mènent et que projettent de mener plusieurs entreprises.
Tous ceux qui comme R.A.J voudraient que le CSR ne soit pas un « massive con job » mais du « philanthropy in action », devraient trouver du temps pour mieux connaître la philosophie qui sous-tend la politique CSR de certaines entreprises mauriciennes. Ils se rendront compte qu?il y a une réflexion en profondeur derrière les initiatives et qu?il y a un souci dans la mise en ?uvre afin d?atteindre les objectifs fixés. Les résultats sont déjà tangibles. Et ça va plus loin que la philanthropie ! Il s?agit de démultiplier les initiatives de ce genre. Pour cela, il importe de résoudre le déficit de compétences dans le champ de l?action sociale.
En effet, il y a un sérieux manque de compétences dans le domaine du CSR et de l?action-transformation sociale. Pour que les entreprises puissent réellement contribuer de manière active à la lutte contre la pauvreté extrême selon le principe d?adoption des poches de pauvreté, il faudrait qu?elles disposent d?une véritable armée d?entrepreneurs sociaux. Des femmes et des hommes formés aux méthodes et techniques pour intervenir de manière efficace sur les différents volets du processus de l?action-transformation sociale touchant les populations concernées. D?où l?urgence d?un institut de formation d?entrepreneurs sociaux, qu?il faut concevoir, lancer et développer.
Une société humaine digne de ce nom doit assurer à tous ses membres les besoins de base. La lutte pour éradiquer la pauvreté extrême obéit à un impératif moral. Mais elle est aussi une composante essentielle du développement durable. Sinon, aux 4 Fusils potentiels provenant des 4 F du CPE viendront s?ajouter d?autres bombes
à retardement pour la cohésion sociale et le développement. Voyons tous un peu plus loin « ki nu boute nene » ! En s?engageant résolument pour réussir l?EAP, nous ferons la démonstration que notre société n?est pas atteinte d?une autre forme de pauvreté : celle de l?esprit !
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